‹ Les idées morales de DiderotChapitre 43 sur 234 · COL · texte numérisé non relu

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savoir qu'ils ne savent rien, et c’est ce que les sauvages peuvent découvrir à la première réflexion !,

De même la civilisation nous a surchargés de vaines lois, douloureux et inutile fardeau. Au $ 141 de ce traité, qui s’intitule : La mullhitude des lois nuit plus qu'elle ne sert, on lit :

Touchant la jurisprudence, je vous dirai en deux mots que la politesse en a usé sur cela comme sur toute autre chose. A force de vouloir bien faire, elle a tout gâté. De quoi s’avisait-elle de donner des règles à la justice ? Ne pouvait-on laisser la justice telle qu’elle est naturellement dans l’âme de tous les hommes, et dans la pratique des sauvages ? Un coup d'œil leur fait voir qui a tort, et qui a raison de deux personnes qui sont en procès ; un moment le leur fait décider. Parmi nous des années entières ne suffisent pas à consulter un tas immenses d’arrêts, de déclarations, d’édits, de coutumes, de droit écrit et non écrit. Au milieu de tant de formalités, que devient cet avantage essentiel de la simple nature, qui gnseigne tout d’un coup ce qui est équitable, et qui oblige de rendre incessamment à chacun ce qui lui appartient, sans quoi la justice même, en se faisant trop attendre,

devient une injustice ?.

Bonheur du primitif, excès de la « politesse », de la civilisation dans les sciences et dans la législation, voilà donc des idées qui dès cette époque sont communément admises ; car le P. Bufñer, dont les ouvrages se lisent beaucoup, n’a rien d’un révolutionnaïre ; il se contente de mettre dans une claire lumière ces faiblesses, ces manques de nos sociétés, dont le sentiment s'éveillait chez le lecteur des récits de voyages.

L'ouvrage du P. de Charlevoix, Histoire et description générale de la Nouvelle France, par sa date (1744), déborde un peu la limite que nous avons fixée à cette revue ; toutefois nous en parlerons, parce qu’il marque avec netteté la direction où se

porte le courant que nous étudions ÿ.

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