‹ Les idées morales de DiderotChapitre 45 sur 234 · DO + © D · texte numérisé non relu

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comparaison, et que l'habitude est une seconde nature, la liberté dont ils jouissent est pour eux un grand dédommagement des commodités dont ils sont privés... {Il y a des mendiants heureux]. Or les sauvages le-sont encore plus réellement ; premièrement parce qu'ils croyent l'être ; en second lieu, parce qu'ils sont dans la possession paisible du plus précieux de tous les dons de la Nature (la liberté), enfin parce qu'ils ignorent parfaitement et n'ont pas même envie de connaître ces faux biens que nous estimons tant ; que nous achetons au prix des véritables et que nous goûtons si peu. Effectivement, en quoi ils sont plus estimables et doivent être regardés comme de vrais philosophes, c’est que la vue de nos commodités, de nos richesses, de nos magnificences, les ont peu touchés et qu'ils se savent bon gré de pouvoir s’en passer Î.

Mais leur grande, leur inestimable supériorité, — nous l’avons déjà pu noter au passage, — c’est d’être libres. Ils «sont parfaitement convaincus que l’homme est né libre, qu'aucune puissance sur la terre n’a droit d'attenter à sa liberté, et que rien ne pourrait le dédommager de sa perte » ?. C’est cet esprit de liberté qui anime toute leur vie politique :

On croirait d’abord qu'ils n’ont aucune forme de gouvernement, qu'ils ne connaissent ni lois, ni subordination, et que, vivant dans une indépendance entière, ils se laissent uniquement conduire au caprice le plus indompté ; cependant ils jouissent de presque tous les avantages qu'une autorité bien réglée peut procurer aux nations les plus policées. Nés libres et indépendants, ils ont en horreur jusqu’à l'ombre du pouvoir despotique, mais ils s’écartent rarement de certains principes, et de certains usages fondés sur le bon sens, qui leur tiennent lieu de lois et qui suppléent en quelque façon à l'autorité légitime. Toute contrainte les révolte, mais la raison toute seule les retient dans une espèce de subordination qui, pour être volontaire, n'en atteint pas moins au but qu’ils se sont proposé ÿ.

Ainsi voilà une société, — non pas purement anarchique, comme le voulait La Hontan, — mais toute pénétrée de liberté

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