Shaftesbury, Znquiry, Works, II, 88-9 (éd
« This may well be allow'd true in all other respects, since even Religion itself, considered as a Passion, not of the selfish but nobler kind, may in some characters be strained beyond its natural proportion, and be said also to be in too high a degree. [For as the end of religion is to render us more perfect and accomplished in all moral Duties and Performances], if by the height of devout extasy and contemplation we are rather disabled in this respect, and rendered more unapt to the [real] duties and offices of civil Life, it may be said that Religion indeed is then too strong in us. For how, possibly, can we call this Superstition, whilst the object of the Devotion is acknowledged just, and the Faith orthodox ? Tis only the excess of zeal, which in this case, ïs so transporting, as to render the devout person more remiss in secular affairs, and less concerned for the inferiour and temporal interests of mankind ».
Essai sur le Mérite, 17e éd., p.
153 Sq :
« On peut avouer sans crainte ces principes dans toute leur étendue ; puisque la Religion même, considérée comme une passion, mais de l’espèce héroïque, peut être poussée trop loin et troubler par son excès toute l’économie des inclinahons sociales. Oui la Religion, 7'ose le dire, serait trop énergique en celui qu’une contemplation immodérée des choses célestes, qu’une intempérance d’extase, refroidirait sur les offices de la vie civile et les devoirs de la société. Cependant « si l’objet de la dévotion est. raisonnable, et si la croyance est orthodoxe, quelle que soit la dévotion, pourra-t-on dire encore ; il est dur de la traiter de superstition ? Car enfin s1 la Créature laisse aller ses affaires domestiques à l'abandon et néglige les intérêts temporels de son prochain et les siens, c’est l'excès d’un zèle sain dans son origine qui produit ces effets. » Je rébonds à cela que la vraie Religion ne commande pas une abnégation totale des soins d'ici-bas : ce qu’elle exige, c'est la préférence du cœur.
l'original était d’une hardiesse, à son gré, «excessive » (et encore dans un des cas prend-il soin d’avertir le lecteur) — ces corrections n'affectent point le fond de la pensée 1. Nous avons bien là, en somme, une traduction, mais une « traduction libre » ?.
On ne peut donc vraiment tirer du texte même aucune conclu-
Id., TI, 94-5 :
« And of all the other creatures, man is in this sense the most formidable, since if he thinks it just and exemplary, he may, possibly in his own or in his country ’s cause, revenge an injury in anyone living and by throwing, away his own life (if he be resolute to that degree) is almost certain master of another’s, however strongly guarded.
Examples of this nature have often served to restrain those in power from using it to the utmost extent, and urging their inferiors to extremity. »
Elle veut qu'on rende à Dieu, aux autres et à soi-même, tout ce qu'on leur doit, sans remplir une de ces obligations au préjudice d'une autre.
Elle sait les concilier entre elles par une subordination sage et mesurée ».
Id., p. 162 :
« De tous les êtres vivants, l’homme est le plus formidable en ce sens. Lorsqu'il s'agira de sa propre cause ou. de celle de son pays, 1l n’y a personne dont il ne puisse tirer une vengeance, qu'il regardera comme équitable et exemplaire, et s’il estassezintrépide pour sacrifier $a vie, il est maître de celle d’un autre quelque bien gardé qu'il puisse être. Dans ces Républiques de l'Antiquité, où les peuples nés libres ont élé quelquefois subjugués par l'ambition d'un citoyen, on a vu des exemples de ce courage, et des conspirateurs punis, malgré leur vigilance, des cruautés qu'ils avaient exercées ; on a vu des hommes généreux tromper toutes les précautions possibles, et assurer par la mort des tyrans le salut et la liberté de leur patrie ».
Cfinote}p- 1763:
1. M. Jean Morel, Ann. ].-]. Rousseau, 1909, p. 129, citant ce passage de l’Essai.… [Assézat, I, 70] : « Toute action de l’animal considéré comme animal, part d’une affection, d’un penchant, ou d’une passion qui le meut ; telles que seraient par exemple l’amour, la crainte ou la haine », — ajoute : « Ce passage est une des rares additions faites par Diderot au texte même de l’auteur. » Or ce n’est que la traduction de Shaftesbury, éd. citée, II, 86 : « Whatsoever therefore is done or acted by any animal as such, is done only through some affection or passion, of fear, love or hatred, moving him ».