‹ Les idées morales de DiderotChapitre 59 sur 234 · Promen. du sceptique, p · texte numérisé non relu

Promen. du sceptique, p

2. Sur son importance, voir par ex. le Mercure de France, avril 1746, DIT A

3 Œuvres tr RD A273!

pensée, ce qui, jusqu’à ce jour, frappe le philosophe, c’est surtout le changeant, le relatif des actes et des idées : Diderot n’a pas encore découvert la notion fondamentale, constante, sur laquelle fonder ce caractère d’universalité que nous l’avons vu reconnaître déjà implicitement à la morale.

Aussi, à l'époque où nous sommes, on ne saurait dire que Diderot soit en possession d’une doctrine arrêtée, qu'il n’eût eu, s 1l lui plaisait, qu'à développer de façon déductive : nous avons vu ! que, de son propre aveu, sa pensée n’a jamais atteint cette cohérence et cette fixité. Il a dit du Voltaire de soixante ans :

Le vieillard ne s'enrichit plus, il vit de son bien, sa récolte est faite, ses greniers sont pleins ?.

Cette remarque, si juste quand on la rapporte au patriarche de Ferney *, ne saurait s'appliquer aussi pertinemment à Diderot lui-même. Tandis qu'il Avancera en âge, les circonstances, les événements de sa vie, l'expérience des hommes offriront à son attention telle ou telle question morale : sa réaction sentimentale, ou l'effort de sa réflexion, l’amèneront à réviser, à approfondir ou à compléter en plus d’un point sa pensée, qui ne cessera ainsi de se mouvoir et de s'enrichir : « l’homme meurt, a-t-il écrit, lorsque son éducation est à peine achevée { », et il nous confesse que, le lisant à soixante-cinq ans, « à l’âge où l'on ne se corrige plus », il a encore profité dans Senèque ÿ.

C’est cette pensée complexe, et comme en perpétuelle élaboration — mais plus une peut-être qu’on ne le dit —, dont nous allons essayer de retracer l’image d'ensemble, d’après les vues fragmentaires que Diderot nous en a laissées.

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