‹ Les idées morales de DiderotChapitre 61 sur 234 · SAONE TO), OI,NT 242 PEUT · texte numérisé non relu

SAONE TO), OI,NT 242 PEUT

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anglaise, et assez en faveur à l’époque, d’un instinct moral qui nous serait inné !. Il ne nie pas les faits où cette doctrine peut trouver une apparence de preuve, mais il en rend compte d’autre façon : par l'expérience, qui explique fort bien la genèse de ce prétendu sens moral.

Croire, avec Hutcheson, Smith et d’autres, que nous ayons un sens moral propre à discerner le bien et le beau, c’est une vision dont la poésie peut s’accommoder, mais que la philosophie rejette. Tout est expérimental en nous ?.

On discute la question au Grandval, et Diderot est amené à dire son avis :

On me demanda ce que j'en pensais. Je répondis que cesixième sens, que quelques métaphysiciens avaient accrédité en Angleterre, était une chimère ; que tout était expérimental en nous et que nous apprenions dès la plus tendre enfance ce qu’il était de notre intérêt de cacher ou de montrer. Lorsque les motifs de nos actions, de nos jugements, de nos démonstrations, nous sont présents, nous avons ce qu'on appelle la science ; quand ils ne sont pas présents à notre mémoire, nous n’avons que ce qu’on appelle goût, instinct et tact *,

Ainsi l'instinct moral, « le tact de la vertu » 4 n’est en réalité qu'un savoir dont l’origine, comme de tout savoir, est expérimentale : mais il se distingue de la science véritable en ce que les expériences dont il condense les résultats ne nous sont plus présentes. Diderot répète à plus d’une reprise cette explication, qui vaut également pour ce qu’on appelle le goût, le tact ou l’instinct esthétique ; — et qui nous découvre même la vraie nature du fameux démon de Socrate 5. Rien donc ne serait plus faux que de soutenir, comme faisait l'évêque d'Auxerre dans son mande-

I. Je ne vois aucun texte qui autorise à penser avec M. Cru [o. c., p. 134] que D. ait jamais fait sienne la théorie de l’innéité.

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