VI
En tout cas, une chose est sûre : quel que soit le degré de civilisation de leurs membres, — « naturels » parfaitement dénués de culture, ou « policés » au dernier point du raffinement, — les divers ensembles humains détiennent à peu près la même quantité de bonheur. Ainsi, qu’il compare, pour la moralité ou - pour le bonheur, les hommes de l’état policé et ceux de l’état de nature « brute et sauvage ». Diderot n’aperçoit de part ni d'autre une supériorité bien évidente ; tout finit par s’équivaloir.
Quoique l’état de l'espèce humaine soit dans une vicissitude perpétuelle, sa bonté et sa méchanceté sont les mêmes, son bonheur et - son malheur circonscrits par des limites qu’elle ne peut franchir. Tous les avantages artificiels se compensent par des maux, tous les maux naturels par des biens !,
Diderot essayera cependant de mettre les deux états en parallèle à un dernier point de vue. Il s’agit de «trouver une commune mesure à ces deux conditions, et 1l y en a une ; c’est la durée » ? « La vie moyenne de l’homme sauvage est-elle plus ou moins longue que celle de l’homme policé ? » %. Diderot a répondu, et plus d’une fois, et toujours dans les mêmes termes :
La durée moyenne de la vie de l’homme policé excède la durée moyenne de la vie de l’homme sauvage. Tout est dit À.
A cet égard donc, c’est l’état civilisé qui nettement l'emporte. Mais cette supériorité est le seul avantage marqué que l’un des deux états présente sur l’autre ; et, sans en méconnaître la valeur aux yeux de qui pense que la vie présente est son objet à ellemême, on peut juger que Diderot n’a guère de raison bien
. Enc., art. Hobbisme, XV, 122-3.