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3. Cet idéal est aussi, au moins théoriquement, celui d’'Helvétius. Cf. notamment de l'Homme, section VIII, ch. 3.
4. Inconséquence dont il s’accuse avec bonne grâce dans une lettre à Sartine (cf. Revue du XVIIIe siècle, mars 1914).
5. Fragments échappés du portefeuille d'un philosophe, NI, 447.
6. Diderot a montré l'impossibilité de s'arrêter à mi-chemin sur la route de la civilisation : « Ces philosophes (Rousseau, etc.), apologistes de l'ignorance, devraient bien s'expliquer nettement. Nous veulent-ils brutes, stupides, sans aucune règle de mœurs, sans aucune loi ? Ils n’oseraient le dire. Permettent-ils quelque progrès à l'esprit humain ? En ce cas, qu'ils fassent donc des clauses, qu’ils nous marquent la limite de lumière compatible avec notre bonheur et qu’ils nous indiquent notamment le eee d’enrayer et de s’y fixer ».
7. I semble que Diderot se méprenne ici-sur le sens de la pensée de
nos sociétés quand on le pourrait ; mais je suis convaincu que l’industrie de l’homme est allée beaucoup trop loin et que, si elle se fût arrêtée beaucoup plus tôt et qu'il fût possible de simplifier son ouvrage, nous n'en serions pas beaucoup plus mal... Je crois qu’il y a un terme dans la civilisation, un terme plus conforme à la félicité de l’homme en général et bien moins éloigné de la condition sauvage qu’on ne l’imagine ; mais comment y revenir quand on s’en est écarté ? Comment y rester quand on y serait ? Je l’ignore. Hélas ! l’état social s’est peutêtre acheminé à cette perfection funeste dont nous jouissons, presque aussi nécessairement que les cheveux blancs nous couronnent dans la vieillesse 1.
Il semble que nous apercevions mieux maintenant la signification de cet « état de nature » que Diderot nous a décrit ; et que nous voyions comment il peut y montrer un état de bonheur parfait, et en même temps indiquer qu’il n’est point possible, et, en somme, guère désirable de rétrograder en ce sens. Peut-être trouvera-t-on sa pensée un peu flottante ; en tout cas on ne saurait expliquer cette incertitude en disant qu’elle ait évolué : presque tous les textes dont nous avons fait état sont à peu près contemporains et se placent vers 1772, époque où ces problèmes paraissent hanter l'esprit de Diderot ?.
C’est qu’au vrai Diderot, quand il nous peint l’état de nature, ne prétend pas nous donner autre chose qu’ wn beau paradoxe À, C’est sous cet aspect déjà, si on l’en croit, qu'il voyait les choses
Rousseau. Si pour lui la société n’est pas naturelle, c’est-à-dire si elle n'est pas impliquée dans la notion de l’homme, si elle ne dérive pas d’une nécessité intérieure à l'individu, elle ne fut pas moins rendue nécessaire par les circonstances. Aussi Rousseau refuse-t-il de détruire la société : « Quoi donc ! faut-il détruire les sociétés, anéantir le tien et le mien, et retourner vivre dans les forêts avec les ours ? Conséquence à ‘la manière de mes adversaires, que j'aime autant prévenir que de leur laisser la honte de la tirer. — Quant aux hommes semblables à moi... ils respecteront les sacrés liens des sociétés dont ils sont les membres... » Et l'idéal social de Rousseau, ce n’est pas l’état de nature, mais la vie simple de Rome et de Sparte (127 discours), des patriarches de la Bible ou des sauvages de l'Amérique {Discours sur l’Inégalité). Idéal assez proche en somme de celui de Diderot.