Ibid
en 17490, lors de la fameuse visite que lui fit Rousseau à Vincennes; l'éloge du primitif n’était à ses yeux qu’ «un mauvais paradoxe », « un jeu d'esprit » 1 Mais quelle vérité cache ce paradoxe, et quel précepte le conte veut-il faire passer ? Ce n'est pas, même sous forme fantaisiste, l'expression de son idéal, la révélation d’une forme de société que nous devrions espérer et souhaïter de voir se réaliser, ce n’est point cela que Diderot nous apporte. Maïs ce que nous pouvons saisir là, traduite surtout dans les oppositions qui les heurtent l’une à l’autre, c'est la réaction de la sensibilité et de l’âme entière du « philosophe » au contact de la société de son temps. | | État d'âme complexe où se mêlent la sympathie et l’aversion. |
Ce qu'éprouve Diderot, c’est d’abord une lassitude, physique en quelque sorte, de la vie urbaine où étouffe sa robuste nature de fils du forgeron langrois ; il aspire alors à une existence plus aérée et plus champêtre. C’est aussi le dégoût des nulle conyentions, sociales et mondaines, qui compliquent la vie et auxquelles les moralistes autorisés ? semblent attacher même importance, même valeur qu'aux prescriptions les plus impérieuses de la conscience. Et le plébéien qu'est Diderot, qu'il veut être, songe avec regret à la jeune simplicité de la vie primitive : « la vie sauvage est si simple, et nos sociétés sont des machines si compliquées ! » % Il semble qu'il y ait un aveu dans ce qu’il nous dit quelque part, et qu'il ait éprouvé à quelque degré le sentiment qu'il exprime :
Il est des âmes au fond desquelles il reste je ne sais quoi de sauvage, un goût pour l’oisiveté, la franchise et l'indépendance de la vie primitive. [ls se sentent toujours étrangers dans les villes ; ils y promènent un secret dégoût qui cesse par intervalles, maïs qui ne tarde pas à
z. II, 285, Réfut. de l Homme.
2. C'est surtout frappant chez les moralistes de la 1re moitié du siècle : Toussaint, Mœurs, 1748 ; Duclos, 1751 ; — Moncrif, Essai sur La nécess. et les moyens de plaire ; Mme de Puisieux, Caractères,