Ibid
. De la poésie dramatique, VII, 372.
Voilà la vraie vie, le vrai séjour de l’homme ! Tous les prestiges de la société ne pourront jamais en éteindre le goût. Enchaînés, dans l’enceinte étroite des villes, par des occupations ennuyeuses et de tristes devoirs, si nous ne pouvons retourner dans les forêts, notre premier asile, nous sacrifions une portion de notre opulence à appeler les forêts autour de nos demeures. Là nous allons contrefaire un moment le rôle du sauvage, ; esclaves des usages, des passions, jouer la pantomime de l’homme de la Nature 1.
Remarquons-le déjà : alors même qu'il instruit le procès de la société où il vit, et qu’il aspire à s’en échapper, Diderot ne fait que traduire de façon plus consciente et plus analysée, plus exclusive aussi et plus absolue, des désirs de vie simple et de vie plus libre qui étaient ceux de plus d’un homme en son temps. Et en effet son état de nature n’est point un état de dispersion, où tous les hommes seraient comme autant de Robinsons isolés les uns des autres ; c'est un éfat social, il le dit expressément, différent seulement en complication, non en essence, des sociétés où nous vivons.
Mais cette société même qu'il critique, Diderot fait mieux que de se résigner à y vivre ; il l’aime, et profondément.
«Ah ! Monsieur, qu'on est heureux dans la société ! » écrivaitil, prisonnier à Vincennes, avec un désir qui s’avive de ne pouvoir se satisfaire ?. Et on peut lui appliquer, avec plus de justesse encore peut-être, ce qu'il dit joliment de Rousseau :
Il a beau fermer la fenêtre de son ermitage qui regarde la capitale, c'est le seul endroit du monde qu'il voie. Au fond de sa forêt, il est ailleurs, il est à Paris à.
Ces contradictions du sentiment, on les observe, parfois, qui se manifestent en pleine lumière; ainsi, dans la lettre que du
r. Salon de 1767, XI, 112.
2. Requête à Berryer, dans Bonnefon, Diderot prisom ier à Vincennes, Revue d’hist. litt., 1909, p. 215.