‹ Les idées morales de DiderotChapitre 82 sur 234 · Salon de 1765, X · texte numérisé non relu

Salon de 1765, X

château d'Isle le « philosophe » envoie à Mlle Volland, le 23 août 1759 :

Voyez, lui dit-il, ce que peut sur moi le séjour des champs : je suis content de ce que j'écris ; ou plutôt j'écris et je suis content ; et je sens qu'à la ville, au lieu de me hivrer aux charmes de la nature, je m occuperais de la nuance subtile qui distingue les expressions : hypocrisie, fausseté.

Oui bien! mais tournons la page; nous l’apercevons qui se hâte vers Paris, « Paris qui, malgré tout le mal que j’en pense et que j'en dis, est pourtant le séjour du bonheur pour MODE

Odi et amo : en dépit de toutes les querelles qu'il lui fait, il aime la société de son temps, jusque dans ses raffinements qu’il goûte avec délices ; il aime le bien-être, les commodités qui font ressentir plus délicatement la douceur de vivre. Et il part de là . pour opposer, avec une verve humoristique et un peu caricaturale, l'évidence de ses goûts à ce qu’il feint d’être la doctrine de Rousseau :

Je n’aimerais le gland, ni les tanières, n1 le creux des chênes. Il me faudrait un carrosse, un appartement commode, du linge fin, une fille parfumée, et je m’accommoderais volontiers de tout le reste des malédictions de notre état civilisé ?.

Il va même jusqu’à dire, cette fois avec un accent passionné qui nous le fait soupçonner de dépasser sa vraie pensée :

Oui! Monsieur Rousseau, j'aime mieux le vice raffiné sous un habit de soie que la stupidité féroce sous une peau de bête. J'aime mieux la volupté entre les lambris dorés et sur la mollesse des coussins d'un palais, que la misère pâle, sale et hideuse étendue sur la terre humide et malsaine et recélée avec la frayeur dans le fond d’un antre sauvage Ÿ.

. 1. XVIII, 388-9. Le contexte prouve que ce n’est pas là une simple formule de politesse.

Page 1