‹ Les idées morales de DiderotChapitre 83 sur 234 · Réfutation de l'Homme, XI · texte numérisé non relu

Réfutation de l'Homme, XI

A lire de tels passages, et sans songer à mettre en doute la sincérité de Diderot, — car être sincère n’est pas nécessairement être simple, c’est, pour une âme complexe, se révéler à nous dans la diversité de ses tendances, — on s'explique le mot peu compréhensif, mais raisonnable de Formey :

Ces Messieurs veulent fronder tous les usages de nos sociétés et jouir de tous leurs avantages 1.

Diderot aime l’exquise sociabilité de son temps, ces libres conversations, ces réunions de causeurs qui font pour lui l'attrait du Grandval ou de la Chevrette, — où il se livre tel qu'il est, en toute sincérité, à l’aise et sans plus de gêne que lorsqu'il est enveloppé de la vieille robe de chambre familière. Jamais 1l n’a éprouvé cette timidité inquiète qui tourmentait Jean-Jacques dans le monde parisien et qui fut sans doute à quelque degré une cause de sa misanthropie.

Il l’aime encore, cette société, parce qu'elle seule rend possible . le développement et l’existence même des « lumières », des sciences, des arts qui embellissent la vie.

Ah ! mon cher politique, écrit-il à John Wilkes, les sciences et les arts nous quittent ! Si leur naissance montre un peuple qui soit de la barbarie, leur progrès, un peuple qui s’achemine à la grandeur, leur splendeur un peuple éclairé, puissant et florissant, leur mépris, leur indigence et leur dégradation doivent marquer un peuple qui descend et qui s'en retourne à la stupidité et à la misère ?. |

Comme l'élève du maître de clavecin, il pense que, s’il fallait « déserter les villes », et « se disperser dans les forêts », ce serait un sacrifice bien dur que « de casser les instruments de musique, de brûler les tableaux, de briser les statues... 3»

Enfin, — motif accessoire peut-être, mais qui ressort assez

1. Nouvelles litiéraires de Berlin, art. de juillet-déc. 1773, sur la collec- * tion complète des œuvres philosophiques, littéraires et dramatiques de M. Diderot, cité par Tourneux, Diderot et Catherine II, p. 531.

2. 14 novembre 1771, dans Cru, Diderot as a disciple.…., p. 477.

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