‹ Les idées morales de DiderotChapitre 84 sur 234 · Leçons de clavecin, XII · texte numérisé non relu

Leçons de clavecin, XII

évidemment de ce que nous avons cité déjà, — il aime cette société parce qu'il n'aime pas, ou qu'il n'aime plus Rousseau. Toutes ses déclarations pour la société sont des déclarations contre Rousseau, qui vit seul ét veut que les hommes vivent seuls ? ; c'est pour diminuer Rousseau qu’il affirme « que la préférence de l’état sauvage sur l’état civilisé n’est qu’une vieille querelle réchaufiée, qu’on avait fait cent fois avant lui l’apologie de l'ignorance, contre le progrès des sciences et des arts » Z et c'est encore contre Rousseau qu’il conclut quand il écrit :

Quoi qu'en disent J.-J. Rousseau et les fanatiques ennemis des progrès de l’esprit humain, il est difficile de liré l’histoire des siècles barbares de quelque peuple que ce soit, sans se féliciter d’être né dans un siècle éclairé et chez une nation: policée *.

Cet amour sincère, profond, que Diderot éprouve malgré tout pour la société de son temps, nous permettra d'expliquer les conclusions modérées où ‘aboutit sa critique, pourtant sévère, de l'institution sociale.

Mais auparavant il nous faut voir ce que serait l'individu dans l’état idéal que Diderot nous a décrit.

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Dans cet état social à la fois et anarchique, « où il n’y aurait ni roi, ni magistrat, ni prêtres, ni loïs, ni vices, ni vertus »f, quelle serait la loi de développement de l'individu ? quelle différence — et quelle supériorité sans doute — cette société idéale offrirait-elle sur les sociétés où nous vivons ?

r. Claude et Néron, III, 216 ; et sa sortie contre Timon le misanthrope, Enc., art. Socratique, XVII, 166 : « Cet homme crut qu'il fuyait la société de’ses semblables parce qu'ils étaient méchants ; il se trompait ; c'est que lui-même n’était pas bon... Timon..… va, le cœur rempli d’orgueil, d’ennui et de fiel, s’enfoncer dans une forêt ».

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