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3. Témoin ce passage d’une lettre à Mile Volland, 31 oct. 1760 : « Ils prétendirent que, puisqu'il est impossible de rendre les hommes bons, il fallait au moins les forcer à le paraître. Je pensai, moi, que c'était anéantir la franchise et rendre une nation hypocrite. Cette question vaut bien la peine d’être creusée, et n’est pas aussi facile qu’elle le paraît d’abord » (XVIII, 533). Et encore ce que D. dit du Neveu de Rameau (p. 36) : « J'étais confondu... d’une perversité si generale de sentiments, d’une turpitude si complète, et d’une franchise si peu commune ». — Cf. ce que lui dit Mme le Breton (XIX, 59-60) : « Quand je suis réservée, sérieuse, composée, c’est que je ne suis pas moi. J'ai un air d'église, un air du monde, un air de comptoir, un air de maîtresse, voilà ma vie grimacière ; ma vie réelle, mon vrai visage, mon allure naturelle, je la
D'autre part, cette appréciation purement esthétique, — prenons-là comme telle, — elle n’est vraiment de mise, selon Diderot, que dans cette société idéale et anarchique où, nous l’avons vu, il n’y a «ni vices ni vertus ». L'homme dans cet état n'ayant point de fin morale, — puisque, nous le verrons, toute fin morale est sociale, — on ne peut juger sa conduite que d’un point de vue purement formel. Mais, dès qu’on posera l'existence de la société et qu’on affirmera le devoir de la conserver, alors les choses chan-
geront de caractère ; cette unité sera toujours bonne, mais seule-
ment en tant que condition virtuelle d’une conduite morale : elle ne suffira pas à elle seule à fonder un jugement de valeur. C'est alors que Diderot écrira :
Si les actions sont conséquentes, la conduite est bonne ; si elles ne sont pas conséquentes, la conduite est mauvaise. II est évident qu'il ne s’agit que d’une bonté ou d’une méchanceté virtuelle, et non morale. Pour que la conduite soit moralement bonne ou mauvaise, 1l faut que le but soit bon et honnête, ou déshonnête et mauvais : d'où
il s'ensuit que la conduite virtuelle peut être mauvaise, quoique le
but soit bon, et bonne, quoique le but soit mauvais ?.
Aïnsi, dans l’état d’anarchie, la conduite reste purement
« virtuelle », et on ne la peut juger qu’au point de vue de son unité interne.
Originalité ; unité ; et enfin, énergie. Dans cette société où chacun laisse croître librement les germes qui sont en lui, qui sont lui-même, assurément il y aura encore beaucoup de médiocres ;
prends rarement, mais c’est autre chose... Quand je suis moi avec les autres, il est rare que je ne m'en repente pas à l’église. Avec tout cela, les gens que j'aime le mieux, ce sont ceux avec qui je suis le plus sujette à revenir à ma malhonnêteté de nature ». — Besoin de sincérité là encore, avec les autres et avec soi-même, que la vie courante né satisfait pas : Diderot à dû prêter pas mal de lui-même à celle qu'il fait parler.
Remarquons la liaison de ses idées : il condamne là l'individu qui détruit en soi l’unité de caractère en étouffant ce qu’il y a d’individuel dans sa nature ; de même il blâmera le stoïcien qui, lui, voudrait détruire ce qu'il y a de général dans la nature humaine, et ainsi en ruine encore l'unité (Enc., art. Cyniques, XIV, 257).