Encycl., art. Conduite, XIV
car «il est un phénomène constant dans la nature, c’est que les âmes fortes sont rares, que la nature ne fait presque que des êtres communs » ! ; maisau moins les autres, ceux en qui la nature a mis une énergie non commune, ceux-là seront à même de la déployer toute ; celui qui apporte au monde des passions fortes, violentes, pourra leur donner libre cours, et par elles sentir fortement et agir énergiquement, sans être retenu par les conséquences possibles de ses actions, sans avoir à se demander s’il est poussé à de grandes folies ou à de grands héroïsmes.
J'ai de tout temps été l’apologiste des passions fortes ; elles seules m'émeuvent. Qu’elles m'inspirent de l’admiration ‘ou de l'effroi, je sens fortement. Les arts de génie naissent et s’éteignent avec elles : ce sont elles qui font Le scélérat et l’enthousiaste qui le peint de ses vraies couleurs. S1 les actions atroces qui déshonorent notre nature sont commises par elles, c’est par elles aussi qu'on est porté aux tentatives merveilleuses qui la relèvent. L'homme médiocre vit et meurt comme la brute. 2 ;
Diderot a une vraie haine pour ces âmes molles et ordinaires «dont il faut dire qu'il n’y a pas assez d’étoffe pour en faire d'honnêtes gens ou des fripons » ?. Et il rappelle qu’ « äl est écrit dans l'Évangile : Malheur aux tièdes, parce que le Seigneur les vomira ! » 4 Pauvres êtres qui ne vivent que de la vie diminuée des ombres !
Au contraire, à l’homme de génie qui « est un dans la multitude » 5, il pardonne tout le mal qu'il a pu faire parce qu'il réalise en sa personne une plus forte image de l’homme. Voilà Racine :
S'il faut opter entre Racine méchant époux, méchant père, ami faux et poète sublime, et Racine bon père, bon époux, bon ami et plat honnête homme, je m'en tiens au premier. De Racine méchant