‹ Les idées morales de DiderotChapitre 93 sur 234 · Neveu de Rameau, p · texte numérisé non relu

Neveu de Rameau, p

Are LES IDÉES MORALES DE DIDEROT

que reste-t-il ? Rien. De Racine homme de génie ? l'ouvrage est éternel #0 |

Cela vaut mieux que s’il eût été un brave homme bien ordinaire, accomplissant en conscience sa tâche quotidienne, modèle accompli de toutes les vertus bourgeoises, « identifié avec son comptoir, comme Briasson, ou avec son aune, comme Barbier, faisant régulièrement tous les ans un enfant légitime à sa femme, bon mari, bon père, bon oncle, bon voisin, honnête commerçant, mais rien de plus... » ? Et voici de même Bacon, qui, dit-on, ne fut pas trop bon : il est préférable pourtant qu'il ait existé, plutôt que s’il ne fût jamais né : «il semble qu'il soit plus permis aux grands hommes d’être méchants ». ?

Autant que ces passions fortes, actives, qui donnent à la volonté sa pleine vigueur et lui font briser toutes les résistances, Diderot exalte les grandes sensibilités, sources des grandes actions. Certes, c’est un « fatal présent » de nature que la sensibilité, et les grandes âmes passionnées seront forcément malheureuses dans une société comme la nôtre ; pourtant elles ne voudraient pas échanger les tourments de leur destinée contre «un bonheur très calme et très bourgeois » :

Il ne faut pas faire de poésie dans la vie. Les héros, les amants romanesques, les grands patriotes, les magistrats inflexibles, les apôtres de la religion, les philosophes à toute outrance, tous ces rares et divins insensés font de la poésie dans la vie, de là leur malheur... Il est

d'expérience que la nature condamne au malheur celui à qui elle a départi le génie 4. Je faisais en moi-même l’éloge de la médiocrité qui

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