CHAPITRE PREMIER AVANT
§ 1. — La formation morale.
On aura expliqué la bonne moitié de la nature morale de M"'^ de Staël, quand on aura dit qu'elle était avant tout fille de Necker, et élève du salon de M'"^ Necker.
Necker est un faux grand homme ; c'est le type de ces « hommes d'Etat » surfaits, qui perdent l'Etat : personnellement modérés, ils semblent détenir le pouvoir uniquement pour frayer la route aux énergumènes. Quel a été le rôle de Necker ? Ayant la clef des portes de l'Etat, il les a ouvertes à la foule qui Ta acclamé en pénétrant, grâce à lui, dans l'enceinte, et qui l'a laissé dehors, abandonné, ahuri, ne comprenant plus ce qui se passait depuis que le peuple lui-même l'avait remercié. Sa fille, qui l'adore, ne peut le juger : Montgaillard l'a entendue rapporter, comme une vérité toute simple, cette outrecuidance de Necker : « Le salut de la France est dans mon portefeuille (Ij. »
M"'^ de Staël a pour sa mère une affection beaucoup plus froide. L'influence maternelle directe est infiniment moins forte que celle de Necker. Tout au plus pourrait-