‹ Les idées morales de Madame de StaëlChapitre 6 sur 11 · CHAPITRE II sous LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE II sous LA RÉVOLUTION

§ 1. — Réflexions sur le Procès de la Reine.

M™® de Staël prépare les brochures retentissantes qui se succéderont pendant la Terreur : elle s'entraîne en quelque sorte par sa correspondance privée. Elle juge, au jour le jour, les hommes et les choses ; elle pense sans doute que la hauteur de l'inteUigence peut suppléer au recul du temps ; elle croit surtout que l'esprit mûrit vite au soleil de Messidor : « Il y a, écrit-elle à Nils, le 16 septembre 1791, une vie entière de réflexions sur le spectacle qu'ont donné ces deux années, et j'ai besoin de lire mon extrait de baptême pour savoir que je n'ai que vingt- quatre ans (1). «Pourtant elle garde dans cette tourmente un beau sang-froid, car elle n'oublie pas de se rajeunir d'un an et demi. Du reste, elle se contente d'abord de marquer les coups, de compter les fautes des joueurs : dans la même lettre, elle remarque que, en toutes ces affaires, personne ne semble agir par calcul ; qu'un grand courant entraîne ces deux mondes qui se heurtent : « Le malheur de ce pays a été que rien de raisonnable n'est entré la veille dans la tête de personne ; pas une action n'a été faite par prévoyance ; roi, nobles et démocrates, tout a obéi aux circonstan-

(1) Reoue Bleue, p. 675.

ces (1). » Les efforts tentés pour établir une constitution viable, et originale, ne lui inspirent pas de confiance ; en bonne anglomane qu'elle est, elle écrit à Nils : « Je trouve la constitution de France détestable : elle n'établit aucun équilibre ; si le Roi a la majorité dans la seule Chambre qui existe, il peut tout ; s'il ne l'a pas, il ne peut rien. Que la constitution d'Angleterre est plus habilement combinée, et quelles misérables têtes que celles de nos Français, qui ont pensé qu'il était audessous d'eux de l'imiter, et qu'une constitution avait besoin, comme un pt^ème épique, du mérite de l'invention (2). » On ne sait ce qu'il faut admirer le plus : ou les erreurs de ses critiques, ou la profondeur de ses jugements ; dans cette même lettre les deux éléments se mêlent : elle semble d'abord juger la Révolution avec un vrai don de prévision, parce qu'elle calcule avec exactitude la portée lointaine des causes ; elle explique par exemple comment ce bouleversement social facilitera l'établissement du despotisme napoléonien, auquel personne ne pense alors, parce qu'elle voit la Révolution raser tout ce qui pourrait faire résistance à un pouvoir centrahsé : « Je cruis, écrit -elle à Nils, le 16 septembre 1791, <|ue cette révolution est bien plus dirigée contre la noblesse que contre la royauté; dans le combat de l'aristocratie cuntrp la démocratie, la monarchie peut très facilement lirer son épingle du jeu, et si cela arrive la destruction d< s corps intermédiaires servira la puissance royale (H). » A côté de ces réflexions profondes se trouvent des erreurs d'observation psychologique sur les foules qu'elle vuit agir. En étrangère qu'elle est au fond.

(1) Reçue Bleue, \i. h75.

(2) Repue Bleue p 67 i.

(3) Reçue Bleue, \k b74.

elle ne paraît pas très bien comprendre la foule parisienne : « Le peuple se croit heureux et met de la vanité à le paraître en présence de ses ennemis. Il n'y a pourtant rien de bien prospère à manquer d'argent et de tra\ail, mais ce nouveau régime l'amuse ; les uniformes, les évolutions militaires, les événements continuels, le tirent de l'uniformité de sa vie, et je crois quelquefois qu'il ne tient à ce nouvel ordre que parce qu'il l'arrache à l'ennui de ses occupations habituelles (1). » Comme l'a remarqué un de ceux qui l'ont le mieux jugée, elle n'a pas su deviner que, des deux objets essentiels de la Révolution, réforme de la société et réforme de l'Etat, celui qui passionnaitM^-de Staël, à savoir la liberté politique^ n'était qu'au second plan pour un peuple qui préférait à tout la liberté civile (2). Combien Napoléon comprend mieux la Révolution ! Pour garder les réformes sociales, le pays lui sacrifiera allègrement la Kberté politique. Mais M™® de Staél est une « idéologue » compliquée. Je crois que Lamartine l'a bien définie : une girondine aristocrate ('3).

C'est bien l'aristocrate, et un peu la parvenue, qui forcée de quitter Paris, le 2 septembre 1792, part en berline à six chevaux, avec laquais en grande livrée, ameutant les passants, surtout les femmes ; conduite à la section, puis à l'Hôtel de Ville, avec un gendarme pour escorte, elle manque d'y être assassinée : a Comme je montais l'escalier, un homme dirigea contre moi sa pique. Mon gendarme m'en garantit avec son sabre ; si j'étais tombée dans cet instant, c'en était fait de ma vie : car il est de la nature du peuple de respecter ce

(1) Revue Bleue, p. 075.

(2) All.ert Soîœl. M" de Staël, p. 38.

(3) Souvenirs et poriruiti, I, 231.

qui est encore debout ; mais quand la victime est déjà tombée, il Tachève (1). »

Cette première épreuve ne suffit pas à l'assagir, ni à la prémunir contre les coups de tête ; au désespoir de son père, à peine arrivée à Coppet, elle médite et exécute une fugue en Angleterre : Necker écrit à Meister, le 19 décembre 1792 : « Ma fille va nous quitter pour aller passer quelques mois dans la campagne d'Angleterre, où plusieurs de ses amis se sont réunis. Ce n'est pas à vous, Monsieur, que j'aime et qui nous aime, que je cacherai combien ce voyage nous attriste. J'ai fait tous les effurts imaginables pour Tempôcher, mais inutilement. Il faut se résigner à ce qu'on ne peut empêcher, mais on est sous tous les rapports bien malheureux dans ce temps-ci (2). »

Enfin elle revient, toujours fiévreuse. Le calme même dont elle jouit en Suisse ne peut apaiser l'orage intérieur qui l'agite ; ce contraste au contraire la surexcite jusqu'au lyrisme, et elle s'écrie :

Souvent les yeux fixés sur ce beau paysage Dont le lac avec pompe agrandit les tableaux, Je contemplais ces monts qui, formant son rivage, Peignent leur cime auguste au milieu de ses eaux : Quoi 1 disais-je, ce calme, où se plaît la nature. Ne peut-il pénétrer dans mon cœur agité (3) ?

C'est presque la mélancolie lamartinienne, et comme un pressentiment du Lac :

On n'entendait au loin sur l'onde et sous les deux Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence Tes flots harmonieux.

(1) Œuvres, III, 168.

(2) Lettres inédite!^, p. SS-bQ.

(3) Œucres, Ul, 304.

Mais ni la passion ne peut remplir tout son cœur, ni l'égoïste morale de Lucrèce ne peut lui faire savourer la joie d'être au rivage et au port. Elle tend toujours Toreille vers Paris, et, comme l'a dit Sainte-Beuve, avec une rare éloquence, elle entend de loin, « aussi sourds et pressés qu'un bruit de rames sur le lac, les coups réguliers de la machine sur l'échafaud (1). »

Au mois d'août 1793, paraissent, sans nom d'auteur, ses Réflexions sur le procès de la Reine. Si nous devions discuter cette brochure au nom de la froide histoire politique, il nous faudrait être assez sévère ; mais l'histoire des idées morales peut être plus indulgente, et pardonner à l'exagération d'un plaidoyer pour n'en admirer que la générosité. Avec cette profondeur de vue que nous donne souvent un retour sur nous-mêmes, M'"^ de Staël, frappée en France presque de la même suspicion que Marie-Antoinette, devine qu'une des causes les plus certaines de l'impopularité croissante de la Reine, c'est qu'on la sait, qu'on la sent étrangère : « Qu'a-t-on fait pour détacher les Français de cet aimable objet, si fait pour leur plaire ? On leur a dit que Marie-Antoinette détestait la France, qu'elle était autrichienne ; et c'est par ce nom que dans leur fureur ses ennemis l'ont toujours appelée, certains de frapper ainsi l'esprit du peuple, qu'un mot égare, qu'un mot rallie, et qui ne se passionne jamais que pour les idées exprimées par un seul mot. » On a ameuté contre la Reine l'opinion populaire par tous les moyens, et M'"® de Staël, dans un élan superbe, s'écrie que l'inculpé seul a droit de faire appel aux passions : « Pour exciter la multitude, on n'a cessé de répéter que

(1) Portraits de femmes : M-"' de Staël.

la Reine était Tennemie des Français, et l'on a donné à cette inculpation les formes les plus féroces. Je ne sais riende plus coupable que de s'adresser au peuple avec des mouvements passionnés ; on peut les pardonner à l'accusé, mais dans l'accusateur l'éloquence est un assassinat. » Le plaidoyer de M"^« de Staël ne pouvait sauver la Reine, mais il faisait honneur à l'éloquence de l'avocat, et à son cœur ; il y avait du courage à écrire ceci : « Pourquoi, me diront les philosophes de ce temps, pourquoi votre cœur est-il plus ému pour la Reine que pour tant d'autres infortunées que le cours de la révolution a fait périr ? Seriez-vous du nombre de ceux qui plaignent un roi plus qu'un autre homme f » Oui, je suis de ce nombre ; mais ce n'est point par la superstition de la royauté, c'est par le culte sacré du malheur. Je sais que la douleur est une sensation relative, qu'elle se compose des habitudes, des souvenirs, des contrastes, du caractère enfin, résultat de ces diverses circonstances ; et quand la plus heureuse des femmes tombe dans l'infortune, quand une princesse illustre est livrée à l'outrage, je mesure la chute et je souffre de chaque degré. Enfin, la reine serait coupable, l'univers entier ne s'intéresserait pas à sa destinée, qu'après l'année qu'elle vient de souffrir, nul homme, nulle association d'hommes n'a le droit de lui donner la mort. Cette longue suite de souffrances pénètre d'un sombre respect; la reine devait périr mille fois sous tant de coups redoublés : la nature, le ciel, en la sauvant, l'ont déclarée sacrée (1) ».

En résumé, même si ces Béjteœions n'étaient pas une belle œuvre, ce serait toujours une bonne action.

(1) Œuvres. I, 31.

§ 2. — Réflexions sur la Paix.

Cette nature vigoureuse, combative, réagissant contre les impressions, et surtout contre les oppressions, subit pourtant en 1793, dans le calme relatif de la Suisse, une crise d'atonie intellectuelle. M'"^ de Staël, dans la préface de ses Réflexions sur la paix, parues en 1794, avoue qu'elle n'a pas pu dominer ses émotions : « Moi-même, pendant le règne sanglant de Robespierre, lorsque chaque jour apportait l'effroyable liste des victimes dévouées, je ne savais que désirer la mort, qu'aspirer à la fin du monde et de cette race humaine, témoin ou complice de tant d'horreurs ; je me serais reproché jusqu'à la pensée, comme trop indépendante de la douleur. »

Sans se soucier de mettre dans ses jugements sur la Révolution une suite, une logique que les excès de la Terreur viennent chaque jour déranger, elle se contredit, et prétend du reste ne pas se contredire, ce qui est très féminin, ou même assez humain ; elle écrit àNils, le 20 mars 1794 : a Je ne pense point que j'aie changé d'opinion en ayant en horreur aujourd'hui la Révolution de France ; c'est comme despotisme qu'elle me révolte, et plus j'aimais la liberté, plus je me crois obligé de haïr ces hommes qui, à Faide de son nom, n'ont cessé de faire des découvertes dans la carrièrede la tyrannie (1). » Elle souffre des événements non pas à proportion de leur gravité réelle, mais en raison de leurs rapports avec sa propre sensibihté ! Un des contre-coups de la Révolution les plus émouvants pour elle, c'est les ennuis, les contrariétés que peuvent en ressentir ses amis.

H) Revue Bleue, p. 700.

Certes elle est sensible à la mort de Marie-Antoiaette, mais elle est très émue par la conduite « in-amicale » du ministère anglais pour Talleyraad ; elle écrit à Meister : « J'ai vu dans la Gazette de Schaffouse que l'évêque d'Autun avait été renvoyé d'Angleterre. Ce bruit m'a tellement bouleversé que je puis à peine tenir ma plume, à cause du tremblement que j'ai depuis cet instant (1) ». Elle sent, à cette époque, plus qu'elle ne pense ou qu'elle ne juge. L'éloquence avec laquelle M™^ de Staël parle de la Révolution n'est pas exempte de rhétorique ou d'emphase, même dans ses lettres particulières ; elle dira à Nils : « Depuis la mort de Robespierre, il n'y a plus en France que des crimes communs à la nature humaine. Pendant six mois ce monstre avait reculé les bornes connues de la scélératesse et de l'atrocité (2) î » C'est dans cet état d'esprit qu'elle a conçu et publié ses Réflexions sur la paix.

Visiblement M™^ de Staël se travaille à juger objectivement les faits. Elle essaye d'analyser la Révolution, d'en voirie fort et le faible, surtout de faire la psychologie du révolutionnaire, et Ton ne peut nier la puissance de cette analyse, comme ici, par exemple : « A-t-on jamais pensé qu'on détruisît une religion par le martyre ? Eh bien, ce chimérique système d'égalité est une religion politique dont le temps et le repos peuvent seuls affaiblir le redoutable fanatisme. Il réunit l'enthousiasme exalté qu'inspirent les abstractions métaphysiques aux fureurs trop réelles que les intérêts de fortune et d'ambition font naître chez tous les hommes ; c'est du dogme et du pillage^ du principe et de l'orgueil (3). » Il faut

(1) Lettres inédites, p. 101.

(2) Becue Bleue, p. 707.

(3) Œuvres, I, 31.

tâcher de comprendre la Révolution, surtout si l'on veut traiter avec elle. M"^® de Staël s'efforce d'expliquer 93 à l'Europe. Dans la partie adressée à Pittet surtout à l'opinion européenne, elle se demande quel est l'intérêt général, et elle répond qu'il faut que la France soit en équilibre, dans ses limites naturelles : les Pyrénées, les Alpes et le Rhin. La Révolution, vue du dehors, semble un chaos ; M'"^ de Staël essaye d'y distinguer un germe fécond : « Il y a dans la Révolution de France des principes de vie — et de destruction, des pansées régénératrices — et des systèmes désorganisateurs. Les spectateurs qui veulent se hvrerà un sentiment décidé sont nécessairement injustes. Les uns excusent des crimes qui font frémir l'humanité, les autres repoussent des idées dont l'équité est évidente. Qu'ils seront dignes de gloire, ceux qui prononceront l'époque actuelle en faveur de l'ordre et de la vertu, et nous sauveront de tous les extrêmes renaissants les uns des autres (1). »

C'est aux Français eux-mêmes que M™^ de Staël dédie la seconde partie de sa brochure ; elle veut discerner avec eux leur véritable intérêt, en leur révélant le secret de leur force actuelle. Une des plus belles choses qu'ait écrites M"^® de Staël, c'est évidemment le passage où, avec cette apparente divination qui n'est au fond que logique géniale, elle montre comment les guerres de la Révolution prépareront l'instruction mihtaire de l'Europe, et rendront fatale la défaite finale de l'Empire : « La France n'a point d'intérêt à aguerrir les nations voisines, à les rendre belliqueuses comme elle, en y portant le même esprit. Ce qui fait son grand avantage dans cette guerre, c'est qu'elle oppose toute

(1) Œuvres, I, 41.

sa milice aux troupes réglées des autres pays ; si elle y introduit une révolution semblable à la sienne, loin d'être assurée d'un grand avantage dans toutes les guerres, elle se trouvera avec ses voisins dans les mêmes relations de forces, dont ses nouveaux moyens de recrutement l'avaient absolument fait sortir (1). » D'où vient la puissance de cette vue? Du fait que l'épreuve a mûri M"^® de Staël ; en lui faisant entrevoir de quel côté était vraiment sa patrie, la Révolution a précisé les sentiments de M"'® de Staël, et du même coup, aiguisé son esprit. C'est en Suisse que M'"® de Staël s'aperçoit que décidément elle est française ; ses i?e- Jlexions sur la paix se terminent par un hosannah en l'honneur de son pays d'adoption : « Cette France si étendue, si puissante, si favorisée de tous les dons de la nature, semble tenir dans les empires le même rang que les rois parmi les hommes (2). »

§ 3. — Réflexions sur la paix intérieure.

Le 6 mai 1794, M'"^ Necker meurt. M'"^ de Staël reste à Coppet surtout pour consoler son père ; sa propre douleur est plutôt médiocre. Et puis Benjamin Constant pénètre dans son intimité, remplissant pour quelque temps son cœur, surtout modifiant ses opinions ; autrefois monarchiste avec Narbonne, elle va, dit Albert Sorel, devenir républicaine avec Constant (3). La remarque est juste, à condition de ne pas forcer la note. Sa philosophie politique devient libérale, mais ses habitudesd'esprit restent autoritaires. Ainsi M°^^de Staël

(1) Œuvres, I, 42.

(2) Œuvres, I, 44.

^3) .V°" de Staël, p. 53.

est bien forcée maintenant d'admettre comme un dogme la liberté de la presse ; cela ne l'empêche pas d'essayer de faire suppri mer un j ourn al de Lausanne, la Quinzaine, simplement parce que cette feuille déplaît à Necker(l). Les conversions laissant en général subsister plus ou moins longtemps un certain nombre d'anciennes habitudes contraires aux convictions récentes, M™^ de Staël a besoin de s'habituer aux idées nouvelles que lui insuffle Benjamin Constant ; elle cherche des circonstances atténuantes à ce 93 qu'elle avait autrefois en horreur ; elle en cite à Nils, dans une lettre du 26 septembre 1795 : « l'excuse que peuvent donner les grandes passions d'un grand pays, le ressentiment du despotisme et de la féodalité de plusieurs siècles (2) ». C'est dans cet esprit nouveau qu'elle écrit à Meister : « Je vous confie un secret qui n'est pas même su de mon père, c'est cette brochure qui paraîtra bientôt. Si vous en êtes content, pourriez-vous la faire imprimer de vos côtés pour l'Allemagne (3) ? » Pourquoi toutes ces précautions? C'est qu'elle n'était pas bien sûre que son père approuverait sans réserve l'essai en question. En somme, quelle en est l'idée générale ? C'est que tous les partis en France doivent se rallier à la République (4).

Ces quelques pages sont écrites avec talent, avec une sorte d'allégresse intellectuelle. Il y a évidemment, à ce mornent-là, dans la vie de M"^^ de Staël, un fait nouveau, et, du même coup, dans son esprit, un renouvellement. Lamartine trouve dans cette brochure le

(1) Lettres inédites, p. 122.

(2) Revue Bleue, p. 707.

(3) Lettres inédites, y. 126.

(4) Œuvres, I, 15 ; cf. P. Gautier, Mathieu de Montmorency et M"' de Staël, p. 41-42.

style d'un grand publiciste. Il en explique de plus le succès d'une façon, je crois, fort exacte : « Les grandes voix de 89 et les grandes voix de la Gironde, Mirabeau, Barnave, M'"® Roland, Vergniaud, André Chénier, s'étaient éteintes dans la mort... M"^® de Staél restait seule de ces deux partis pour rendre une parole énergique à la liberté modérée (1). » La voix de M"*® de Staël retentissait très forte dans le silence de la tyrannie, et ne devait pas déplaire en somme aux oreilles des tyrans qu'elle ménageait. Au grand mécontentement de Necker, M""^ de Staël fleuretait avec le pouvoir, négociait son retour à Paris. Ce n'était pas seulement par égoïsme de père, que Necker voulait garder sa fille à Coppet, mais par souci de la réputation politique de M"^*^ de Staël ; il écrivait à Meister, en décembre 1796 : « Ma fille est de retour à Paris. Je lui avais témoigné que sa concession et celle de M. de Staël aux invitations pressantes du Comité de Salut public m'avaient parues entachées de faiblesse, et elle en convient (2). » Elle en convient, mais elle veut revoir le ruisseau de la rue du Bac, et jouer un rôle, et diriger la France î

(1) Souvenirs et portraits, I, 236.

(2) Lettres inédites, p. 133 .

Page 1