‹ Les idées morales de Victor HugoChapitre 2 sur 3 · O INTRODUCTION · texte numérisé non relu

O INTRODUCTION

surtout à la fin (il était, du reste, de bonne foi) de mettre dans sa vie morale une unité un peu factice, en antidatant ses changements ; c'est ainsi que, eu 1868, il écrit, de Hauteville-House, ceci : « C'était en 1823 : Lamennais, qui avait été mon confesseur (lequel de nous deux a perverti l'autre?) entre chez moi un matin, etc. (1). » Celui qui conclurait de ce texte que Victor Hugo ne croyait plus dès 1823 ni même avant, que Lamennais n'était plus croyant à cette date, qu'il n'avait plus d'influence religieuse sur Victor Hugo, celui-là se tromperait absolument.

Les dates sont très importantes, en matière d'évolution des croyances : nous sommes obligés de nous défier de celles que le poète nous donne. Pour le livre capital de cette étude, les Contemplations, nous savons, depuis la dernière édition donnée avec tant de bonne foi par Paul Meurice (2), ce qu'il faut penser des dates de l'édition ne varietur. Par exemple, la pièce datée de novembre 1834, et qui permettrait d'affirmer que dès cette époque Hugo prisait

Voltaire..., grand homme et peu voltairien (3),

est en réalité du 17 novembre 1854. J'aurai donc grand soin de ne tenir compte des morceaux significatifs des Contemplations qu'à leur date vraie, celle du manuscrit.

Malgré cet effort de précision, il nous sera encore fort difficile d'établir pour les doctrines de Hugo des cadres rigides: un poète n'est pas un philosophe: il y a chez lui des retours brusques d'anciennes croyances ; il se laisse aller, plus que les grands constructeurs de systèmes, à la fluctuation de ses idées ; il accueille volontierstoutes les vibrations, malgré leur incohérence, pourvu qu'il puisse transformer en beaux vers une émotion d'autrefois qui traverse à nouveau le champ de ses représentations.

Certains livres m'ont aidé dans mon enquête ; je les ai cités toutes les fois que j'ai emprunté des idées à autrui. Pour les premiers troubles de la foi chez Hugo, aucun ouvrage ne m'a été plus utile que l'étude, si bien documentée, si pénétrante, de M. Christian Maréchal sur Lamennais et Victor Hugo. Grâce à ce livre, et aussi à tous les renseignements que j'ai pu rassembler, je puis établir, à peu près certainement, que le catholicisme de Victor Hugo finit vers 1829 (4) ; que son christianisme va

(1) Correspondance, t. II. p. 320. — (2) Ed. Ollendorff, p. 401 et suiv. — (3) Contemplations, I, 10Ô. — (4) C. Maréchal, p. 118 et suiv.

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