‹ Les Idées Politiques de ChâteaubriandChapitre 17 sur 91 · ND · texte numérisé non relu

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science historique quand il écrit: « il n’est point arrivé de grands changements qui n’aient eu ses causes dans les siècles précédents ».

Cette idée de la suite des temps semble avoir frappé CHA- TEAUBRIAND ; mais elle a subi dans son esprit une singulière déformation. Il retient la conception de Bossuet; il la pousse même et l’exagère jusqu’au déterminisme le plus implacable: il l’exalte en termes magnifiques, comparant les époques de l’histoire tantôt aux anneaux d’une chaîne, tantôt au mouvement d’un fleuve; et en même temps, il la sépare de ses bases. Comme BossuET il pense que le présent est préparé, déterminé, bien mieux, qu'il est voulu et qu’il s’impose; mais les facteurs de ce déterminisme les mobiles de cette volonté, il ne les recherche pas dans le passé. On dirait même qu’il ne les recherche plus. Souvent il se contente d'affirmer ou de noyer toute explication dans une grande image. Ainsi pour l’avènement de Napoléon : « Quand les flots de l’anarchie se retièrent, Napoléon apparut à l'entrée d’un nouvel univers comme ces géants que l'histoire profane et sacrée nous peint au berceau de la Société et qui se montrèrent à la terre après le déluge » (2).

Et quand il interroge les événements, quand, non content de peindre les choses, il cherche à les expliquer, le précepteur du Grand Dauphin s'éloigne encore dans son esprit. Négligeant souverainement le jeu des causes particulières il ignore l'efficacité des institutions, l'influence des grands hommes, le pouvoir des circonstances. Et la place du hasard n’en est pas grandie; au contraire, elle disparaît presque. Une seule chose commande tout le reste, c’est le mouvement des esprits et des mœurs.

(2) Analyse raisonnée de l'Histoire de France, page 344,

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