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Or, ce mouvement est comme celui d’un pendule infaillible; il échappe à toute influence extérieure, à toute cause accidentelle. Voyez la Révolution: « elle ne vient pas de tel ou tel homme, de tel ou tel livre, elle vient des choses, elle était inévitable » (3). Elle ne vient pas davantage de l'usure de l’ancien régime, des excès de la centralisation monarchique, ni du déficit financier, ni de la faiblesse des Gouvernements: « elle provient surtout du progrès de la Société à la fois vers les lumières et vers la corruption ».
De même le pouvoir de Louis XIV fut « un fait progressif, naturel, venu à point dans son temps, dans son lieu, un résultat inévitable des opinions et des mœurs à cette époque, un anneau de la chaine qui servait à joindre le principe répudié de la liberté au principe non encore adopté de l’égalité » (3).
Ainsi c’est l’évolution des esprits qui détermine le cours de l’histoire; chaque époque est dominée par une idée de laquelle sont déduits tous les hauts faits, tous les grands hommes, tous les édifices, toutes les ruines.
Il. — TROIS IDEES-FORCES.
Par là CHATEAUBRIAND atteint à une simplification grandiose. Il considère l’évolution du monde comme le mouvement de quelques idées très générales dont les oppositions. les combinaisons, les phases successives produisent les guerres, les révolutions, les empires. A ce degré de généralisation l’histoire confine à la théologie; et la théorie des trois vérités nous ouvre des abîmes presque aussi redoutables que le mystère de la Sainte-Trinité. Trois Vérités se partagent le monde: « la Véité religieuse, la Vérité philosophique ou indépendance de l'esprit de l’homme, la Vérité politique ou
(3) Note de l’Essai, tome II.
(4) Analyse raisonnée de l'Histoire de France, page 333.
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la Liberté »: tous les faits historiques naissent du choc, de la division ou de l’alliance de ces trois vérités »….
Ici (il faut avouer notre sentiment) nous perdons pieds. A de telles hauteurs ces vérités qui se combattent nous étonnent à peine; dans ce duel mythologique on ne distingue plus ou on oublie les définitions ordinaires de la vérité et de l'erreur. D'ailleurs CHATEAUBRIAND lui-même semble nous inviter à les confondre.
Il est des esprits qui se soumettent à la critique, qui passent les idées au cribe d’une méthode, mettant d’un côté celle qui porte de bons fruits et de l’autre celle qui empoisonne, d’une part la vérité et de l’autre l’erreur. Cette opération est analogue à celle du marchand qui sépare ce qui est sain de ce qui est avarié avant de le livrer au commerce. Elle suppose que les idées sont en quelque manière comme les marchandises: qu’elles se colportent et se répandent, qu’elles se prohibent au besoin, qu’elles sont susceptibles d’un contrôle et qu’on peut arrêter le mensonge comme on arrête à la douane un stupéfiant. Si on distingue les idées bonnes des mauvaises cela suppose qu’on peut encourager les unes et arrêter les autres. Si on ne peut ni l’un ni autre le classement n’a pas de sens et l’on a travaillé dans le vide. Une classification ne vaut que par l’usage. CHATEAUBRIAND était parfaitement logique en s’abstenant de rien classer.
Il considère les idées comme des forces fatales; qu’importe alors qu’elles soient vraies ou fausses ; qu'importe qu’elles servent la vie ou donnent la mort. Elles dominent l’homme de trop haut. Rien ne peut les écarter: qui se mélerait de les classer, de les déclarer vraies ou fausses? Quel censeur oserait les marquer d’infamie? En somme pour CHATEAUBRIAND la vérité d’une idée c’est sa force; la seule classification réaliste il la base sur l'observation du dynamisme: l’idée vraie pour une époque donnée c’est celle qui a de la prise sur les esprits; ayant de la vigueur, de la jeu-