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LA POLITIQUE DU « MOUVEMENT

Seulement CHATEAUBRIAND se souciait beaucoup plus d’obtenir de nouveaux honneurs que d’arrêter les frais. Cette jeune gioire dont il avait rehaussé le drapeau blanc lui semblait la promesse d’une gloire nouvelle. 11 se tourne vers les Français si épris de panache et d'honneur ; il sait qu’on aura toujours leur suffrage avec des victoires; il rêve de chausser les bottes de l’empereur. Ce parallèle entre sa destinée et celle de Napoléon auquel il s’est complu dans ses Mémoires s’imposait à son imagination au premier coup de canon de la Bidassoa; et voilà que la victoire volait avec nos armes jusqu’à l’extrémité de la péninsule, sur les murs du Trocadéro. Comment s’arrêter en si beau chemin ?

Ici CHATEAUBRIAND abandonnait les prudences et les calculs de l’homme d'Etat, ou plutôt il changeait de point de vue: il n'obéissait plus aux intérêts de la France; il suivait l'humeur des Français. Ivresse du succès? Goût de plaire, besoin d’être admiré, et de séduire autour de lui? Il s’évade des frontières de la France et de la raison; il s'émancipe de l'intérêt national; il songe à une conflagration universelle sans penser que comme à Waterloo la France s’y trouverait seule en face de l'Europe; il imagine, n’en doutons pas; notre armée à la tête de la Liberté des Peuples, délivrant la Nation Allemande, la Nation Italienne de leurs entraves héréditaires, relevant tout ce qui plie sous le joug autrichien. Déjà il pressent les erreurs de son siècle et il les partage; il oublie seulement de prévoir BIsMaRK, et CAVOUR, et Sedan. La revanche contre les traités de 1815 (17) qui hantent les

(17) « Les provinces rhénanes étouffaient leur joie en silence et croyaient que le canon de la Bidassoa avait résonné pour leur délivrance. Par ces distinctions et par ces aveux les rois ont jugé du moins que nous avions rendu un important service à la société mo-

Des

jeunes Français et dont rêvent aussi les conspirateurs d'AIfemagne et d'Italie, s'ouvre pour CHATEAUBRIAND à la prise du Trocadéro: il se voit à la tête de la grande poussée que les forces de la jeune Europe exercent contre le vieil équilibre des monarchies. Il y voit la France: « La guerre d'Espagne doit être le signal et le premier acte de notre résurrection; après il nous faudra la Rive Gauche du Rhin aussi loin qu’elle peut s'étendre » (18).

Si VILLÈLE avait connu la secrète pensée de (CHATEAU- BRIAND il eut été effrayé de sa victoire. Mais déjà il y avait de quoi l’inquiéter: non content de braver l’Empire Britannique dans une expédition où nous avions toute l’Europe avec nous CHATEAUBRIAND persistait à s’opposer à lui dans une question où la Sainte-Alliance avait manifesté qu’elle ne pouvait nous suivre: il s’agissait de l'Amérique du Sud.

Au début du siècle les colonies espagnoles, du détroit de Magellan à la Californie, s'étaient soulevées contre la mère patrie et avaient proclamé leur indépendance. Le commerce anglais s’accoinmodait fort bien de cette indépendance qui assurait la liberté de ses opérations dans les ports américains et le cabinet de Londres n’attendait que la cunsolidation du nouvel état de chose pour le reconnaître officiellement. Mais dans l’esprit de CHATEAUBRIAND le réglement des colonies espagnoles était le corollaire de notre intervention dans la Métropole : l'installation des monarchies bourboniennes dans l'Amérique du Sud satisferait à la fois le désir d'indépendance des Américains et les sentiments monarchiques de l’Europe; de plus elle sauvegarderait l'influence

narchique; mais s’ils avaient connu notre dernière pensée loin de nous bénir, ils nous auraient maudit ». Congrès de Vérone, tome IH, page 5.

(18) MaRcELLUS. — Chateaubriand et son temps.

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