‹ Les Idées Politiques de ChâteaubriandChapitre 26 sur 91 · SE. LS PC · texte numérisé non relu

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franco-espagnole. L’armée française serait appelée à inslaurer ces nouveaux Bourbons d'Amérique après avoir restauré chez eux les anciens Bourbons d’Espagne? Nous concevons les frayeurs de VILLÈLE devant un plan aussi grandiose et que Louis XVIII n’ait attendu que la première occasion pour se débarrasser d’un ministre aussi aventureux.

CHATEAUBRIAND n'eut pas reculé devant une guerre avec PAngleterre: c'était même son secret. désir. L’Angleterre n'était-elle pas le premier obstacle à notre extension vers le Rhin? : |

« Le désir de rendre à la France ses frontières ne nous quittait plus. L'empereur de Russie nous écoutait; nous pouvions braver l’Angleterre ; une guerre avec celle-ci ne nous eut point effravé ; nous aurions voulu faner les lauriers de Waterloo ».

Ainsi CHATEAUBRIAND prévoyait la rivalité anglo-russe ct il songeait à s’en servir. Il semble que la Russie ait été la carte maîtresse de son jeu. Il avait approché ALEXANDRE au Congrès de Vérone: cherchant à séduire et séduit tour à tour il avait subit ce charme auquel s’était pris Napoléon ct sans doute le grand écrivain à la suite du grand capitaine sut frapper l'esprit impressionnable du tsar.

Il en resta dans le cœur de CHATEAUBRIAND un secret penchant pour la Russie. Pensa-t-il enrôler le tsar dans une croisade libérale? On peut le supposer (19 et 20). ALExAN-

(19) Je voudrais vivre assez pour voir l’empereur Alexandre accomplir avec nous de grandes choses: la réunion des églises grecque et latine, l’affranchissement de la Grèce, la création de monarchies bourbonniennes dans le nouveau ronde et le juste accroissement de nos frontières ». Congrès de Vérone, tome Il, page 272.

(20) « La Russie doit désirer l’existence d’une France forte qui serve de boulevard naturel à l’Europe contre la puissance anglaise. Notre vraie politique est la politique russe par laquelle nous contrebalançons deux ennemis décidés : l'Autriche et l'Angleterre ».

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DRE Le n’était-il pas le despote le plus éclairé de l'univers ? Le souverain le plus apte à entendre les propositions chevaleresques? Mais surtout n’était-il pas en rivalité avec lAutriche vers les Karpates et la Mer Noire? Après avoir employé la force russe contre l'Angleterre, pour établir les monarchies bourboniennes dans l'Amérique du Sud on pourrait l’entraîner contre {a tyrannie de Vienne au service de toutes les libertés.

CHATEAUBRIAND si doué pour percevoir les plus secrètes vibrations de la planète devinait-il les grands mouvements de liberté qui se préparaient sur le pourtour de l’Empire austro-hongrois et jusque dans son sein? Il pressentait l’ampleur des révolutions qui fermentaient en Allemagne et en Italie: songeait-il qu'après l’Italie, la Hongrie et la Bohème pourraient secouer le joug de la monarchie danubienne ? Et alors pensait-il qu'à la faveur de ce soulèvement des peuples opprimés, la France pourrait regagner la rive gauche du Rhin? En s’alliant à la liberté elle retrouverait les frontières de l’Ancienne Gaule; la Russie aideraïit ses ambitions, heureuse de soutenir à nos côtés la cause de la liberté sur l’ancien continent après avoir servi le principe monarchique avec nous dans le nouveau monde.

Immenses projets, d’abord suggérés plutôt qu’affirmés dans l'esprit de CHATEAUBRIAND et qu’il se garda bien de dévoiler tout entiers du premier coup, idées vagues qui n’arriveront jamais dans ses écrits à ce degré de précision, hypothèses peut-être formulées dans son for interne, — ils se manifestent dès le début de sa carrière politique sous forme de tendances qui iront s’accusant, jusqu’à la fin de sa vie. On peut déjà les déduire de certaines phrases du Congrès de Vérone. Il est vrai que le Congrès de Vérone a été écrit après 1830 et l’auteur pouvait ajouter à la simple relation

DR de son rôle diplomatique des idées dont il n'avait pas le soupçon en 1824.

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