‹ Les Idées Politiques de ChâteaubriandChapitre 29 sur 91 · PRES · texte numérisé non relu

PRES

de ces mêmes essais en 1826, CHATEAUBRIAND revient sur cette idée et la corrige: si les révolutions du monde semblent se recommencer sans cesse il n’y a là qu’un aspect de la réalité car « le Génie ne circule pas dans un cercle dont il ne peut sortir; au contraire, il trace des cercles concentriques qui vont s’élargissant et dont la circonférence s’accroitra sans cesse dans un espace infini » (23). Ainsi sans abandonner l’image primitive, l’amplifiant seulement, CHATEAU- BRIAND adopte en 1826 une conception opposée à celle de

Faut-il voir dans ce revirement l'influence des idées du temps? L’idée de progrès un moment éclipsée par la réaction napoléonienne réapparaissait en tête du libéralisme renaissant; Mme de STrAEL lui donnait tout son cœur et, lui prêtant l’éclat de sa plume, lui soumettait lhistoire; de la loi du progrès elle déduisait la supériorité des Romains sur les Grecs et des royaumes barbares sur l’Empire. En se ralliant à cette idée CHATEAUBRIAND sacrifiait-il à la mode de son temps? Mais n’avait-il pas des raisons plus solides ?

Entre 1798 et 1826 deux événements capitaux ont marqué sa vie: son retour à la religion en 1804, son entrée dans la politique en 1814. Il a découvert d’abord la vertu du Christianisme, ensuite la puissance de la presse; il voit dans ces deux forces toutes les virtualités d’une transformation géné- “ale. La religion changeant l’homme dans son âme, la presse ouvrant entre les hommes régénérés des communications universelles: telle lui apparaît la voie du progrès.

A la différence de Mme de STAEL il ne s’intéresse pas au progrès dans le passé; et sans doute reste-il sceptique au chapitre de la supériorité des Romains sur les Grecs. Le progrès lui apparaît comme une nouveauté: un effet des

(23) Essai sur les révolutions, page 614 (note de l’édition de 1826).

Page 1