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voisins l’exercice du régime parlementaire: d’une part la lenteur du tempérament national, et de l’autre, la structure aristocratique de la société. Quant à la critique du parlementarisme français, pour sommaire qu’elle soit, elle vise l'essentiel et ne laisse rien après elle; le régime est exécuté en deux lignes d’une concision mordante qui font songer à RIVAROL. Après cela on attend une proposition de clôture des Chambres suivie de leur ajournement « sine die ». Mais lorsque Charles X décrètera seulement la dissolution du Parlement, CHATEAUBRIAND s’insurgera.
La logique de CHATEAUBRIAND est bien décevante. Néanmoins, rendons lui justice, il a compris que la politique extérieure de la France doit échapper autant que possible aux compétitions des partis et à l’instabilité gouvernementale. C’est dans le calme et la permanence d’un pouvoir assuré que peuvent se tramer les longs desseins de la diplomatie et de la guerre. |
Son passage au ministère de l'extérieur lui aura du moins . ouvert les yeux sur cette part essentielle des intérêts de PEtat. Il considère vraiment les affaires étrangères comme - incompatibles avec les points de vue partisans et les goûts . individuels, absolument impraticables si elles sont livrées “au public et exposées aux hasards des luttes parlementaires.
Il désire qu’elles soient soustraites à la discussion, qu’elles soient seulement la chose du roi, le secret de son cabinet et le souci de son avenir. Même il admet qu’en pareille matière la liberté de la presse reçoive des atteintes: les affaires étrangères sont affaires du Roi. Sur ce point en vérité il reconnaît à la couronne une mission positive.
IV. — UNE AUTORITE SANS RACINE EST TYRANNIQUE. Toutefois la grande raison d’être de la monarchie est ail-
leurs: l’exercice du pouvoir reste un point de vue secondai-
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re dans l’esprit de CHATEAUBRIAND, presque accidentel : il n’y occupe guère plus de place qu’il n’en eût dans sa carrière politique. Le premier devoir de l'Etat n’est pas d'assurer le bien commun: CHATEAUBRIAND n’a pas une idée très nette de la chose: et il emploie très peu cette expression. Peut être le bien commun se confondait-il à ses veux avec la li-. berté ? En tout cas, c’est bien la Liberté qui est la première mission de l'Etat. Elle est aussi l'argument fondamental en faveur de l'autorité.
En effet, tant que les peuples ne sont pas mûrs pour la République, tant que la transformation des esprits n’est pas faite; tant que le corps social a besoin d’une autorité, la liberté n’a d’autre refuge que la monarchie. Il n’y a que la légitimité pour gcuverner sans opprimer. « Il n’y avait qu’une vieille souche profondément enracinée dans le passé qui put être battue impunément des vents de la liberté de la presse » (26) et de toutes les autres libertés. |
Il faut inscrire cette idée en marge du discours aux Pairs où il développe avec tant de force les avantages de l’hérédité. La stahilité, l'assurance que donne au monarque la tranquiile possession héréditaire, lui enlèvent toute inquiétude sur son propre compte et toute idée de tyrannie. La sécurité que confère à l'Etat cette paisible dévolution, ce roulemeni ininterrompu, le respect et la fidélité qu’il tire d’une antique tradition, la force qu’il en reçoit, tous ces avantages en définitive ne sont pas pour lui mais pour la Liberté. Sans eux en effet il serait tout de suite tyrannique.
C’est une des idées mères de CHATEAUBRIAND et la clef de son Jégitimisme. Le dictateur, l’usurpateur, s’il veut durer
(26) De la Restauration ei de la Monarchie élective, page 483 et 484. |
est obligé de tyranniser; l’homme qui arrive au pouvoir par sa propre force doit redouter autour de lui tout ce qui est fort, tout ce qui est grand; il doit niveler. Il craint le génie : il voit partout des concurrents et des rivaux; et il ne peut supporter l’opposition. Car ce n’est pas seulement ses actes ou ses ministres qui sont visés par la critique, c’est lui-même, c'est son pouvoir. Discuter les actes d’un roi légitime, cc n’est pas discuter son trône; mais douter des œuvres d’un dictateur c’est douter de sa dictature, puisque sans ces œuvres il n’est rien. Etre fils de ses œuvres c’est peut être plus beau d’un point de vue éthique ou esthétique mais cela ne va pas sans danger en politique; cela comporte de la dureté, un effort qui en l’occurence ne pèse pas seulement sur un homme mais sur tout l'Etat qui lui est soumis.
Pour assurer sa puissance « le prince nouveau » (27) devra dépenser sans compter; le pays sera mis en « coupe réglée » (28) ; il donnera son sang, son argent, sa liberté. Le dictateur a besoin de gloire, il en achètera par le sang; il a besoin de partisans, d’amis qui lui soient obligés; il s’en fera par l’argent, par les places, par la bureaucratie (29); il faut qu’il obtienne le consentement national et s’il n’est pas en mesure de le payer il le force; il supprime la liberté. Mais le prince héréditaire repose sur la fidélité de ses sujets: il n’a pas de partisans. Sa gloire est celle de sa dynastie; elle est dans le passé et dans avenir de la nation : il n’a
(27) Machiavel désigne par là le dictateur.
(28) Cf.: « De Buonaparte et des Bourbons », page 18: « Les générations de France étaient mises en coupe réglée comme les arbres d’une forêt ».
(29) Cf.: « De Buonaparte et des Bourbons », page 16: « Des armées de douaniers et de receveurs dévoraient les impôts qu’ils étaient chargés de lever »,
pas besoin de victoires inutiles. Son trône a traversé les frondes et les guerres civiles: que. craindrait-il de la liberté?
A cet égard CHATEAUBRIAND n'hésite pas à mettre la légitimité à côté de la République et sur le même pied; encore. que la République, si elle s’instaure avant l'heure, sans pré-. paration, sans une transformation suffisante des esprits, dégénère aussitôt en tyrannie et la pire des tyrannies (30). Une république qui ne serait pas fortement ancrée dans les esprits et dans les mœurs, est dans la même situation qu’une monarchie qui n’aurait derrière elle aucun capital de tra dition et de fidélité ; trop faible en elle-même, elle cherchera à s'imposer par la guillotine; et ce sera la tyrannie d’un parti, la plus redoutable de toutes.