LES LIBERTES DE L'ANCIEN REGIME
Funck BRENTANO a dit que sous l’Ancien Régime la Fran-
ce était « hérissée de libertés ». Il y avait les libertés de l'Eglise Gallicane, les libertés des Parlements, les libertés des Pays d'Etat, les franchises des Communes, les immunités des biens du Clergé, les privilèges des Corporations: chaque classe sociale avait sa liberté particulière: celle du noble était de ne pas payer l’impôt, celle du rôturier, de ne pas porter les armes; et tout comme ces Bretons qui protestaient, l'épée au poing, contre une majoration d'impôt d’un sou par tête, chacun se serait fait tuer pour défendre sa liberté. Mais on ignorait la Liberté (1).
Etre libre ne signifiait pas être roi, mais seulement, maitre chez soi; on se dressait parfois contre le souverain, on ne le renversait pas; on ne songeait pas à prendre sa place. Comme l’autorité dont elle posait les limites, chaque liberté avait un pouvoir réduit, une compétence restreinte à son objet: les jurés d’une corporation ne pensaient à légiférer
(1) Nous employons une majuscule pour désigner la Liberté dans le sens du Contrat Social et des principes révolutionnaires.