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pour le royaume; et dans les périodes troublées si l'on vit les libertés se pousser jusqu’au trône il suffisait qu’elles fussent conduites par le prévôt des Marchands (2) pour qu’elles prissent conscience de leur excès et se condamnassent ellesmêmes à rentrer dans l’ordre.
Comment eût-elle aspiré à régner cette liberté morcelée entre une infinité de groupes sociaux, attachée à de petits intérêts de paroisse ou de profession, enserrée dans de vieux cadres étriqués ? Elle se trouve à mi-chemin de Findividu et de l'Etat, aussi incapable de soulever l’un que de dominer l'autre, mais constituant entre les deux antagonistes une série de freins qui peuvent jouer aussi bien contre celui-ci que contre celui-là. Elle représente autant de barrières aux empiètements de l’autorité qu'aux usurpations de l'individu.
Sans doute, elle est une protection pour l’homme ; mais par cela même elle lui est supérieure; elle ne lui appartient pas tout à fait; elle fait partie d’une armature sociale et non de sa volonté individuelle. Car les libertés de l’ancienne France ne sont pas les « Droits de l’homme »: elles n’ont rien de métaphysique, ni d’abstrait; elles sont des choses. Comme des biens patrimoniaux elles se conservent dans les families professionnelles, municipales, provinciales qui les ont acquises par leurs travaux, qui les ont payées de leur sueur de leur sang ou de leur argent (3). Comme des biens patrimoniaux elles peuvent être dilapidées par leurs déten-
(2) Sous Jean le Bon, et durant la captivité du souverain en Angleterre, le prévôt des Marchands, Etienne Marcel, est à la tête d’une sédition.
(3) L'origine des Etats comme de la plupart des assemblées provinciales se trouve dans un secours d’argent: de chaque impôt nouveau naît une liberté. Plus tard, quand les libertés seront menacées par la centralisation un don gratuit sera le moyen de les conserver (par exemple: Edit, de 1692),
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ie teurs et parfois, confisquées par l'Etat (4); comme eux, elles sont le fruit de l'effort humain, un héritage, et qui ne se maintient que par un perpétuel effort; elles ont des for-
tunes diverses: elles naissent et prospèrent au Moyen Age mais elles déclinent et souvent disparaissent au temps de
la centralisation monarchique. Dans leur métier, dans leur
cité, dans leur classe et à leur rang les PAUDIS n’ont que les libertés qu’ils méritent.
Si elles sont une conquête de lhomme, c’est de l'homme social et non de l'homme ‘individuel, de l’homme groupé dans un corps d'Etat et soumis à l'ordre de ce corps. Elles sont le fruit d’une discipline ‘et supposent la subordination comme l’état primitif de la Société. Il faut d’abord conformer son industrie aux règles de la profession si on veut l'exercer en toute indépendance vis-à-vis de l'Etat; et si on veut élire souverainement les chefs de son métier il faut commencer par se soumettre à sa loi. Sous l'Ancien Régime la liberté est de droit social, de droit acquis; le dix-huitième siècle la proclamera de droit individuel, « de droit naturel ».