SA SUBSISTANCE MATERIELLE
Mais à vouloir trop protéger la liberté, on l’étouffe. Ses véritables garanties sont intérieures, et le devoir individuel ne saurait trouver dans l’ordre politique que sa sanction; son vrai ressort est ailleurs. Ce qui le plus sûrement oblige l'homme, tout en sauvegardant le plus largement sa liberté, c’est la conscience. D’où l’importance de la religion; d’où la nécessité d’une politique religieuse. Quand on a posé que Dieu est le fondement de la loi et la religion, le ciment de l'ordre social, on ne peut pas admettre l’athéisme de l'Etat, pas même, sa neutralité: comment serait-il indifférent à ce qui fait sa vie ou sa mort ? x
Mais si l'Etat se prononce pour l'Eglise, s’il l’aide dans la mesure efficace, plus encore il doit veiller à ne rien faire qui nuise à son indépendance ou même qui semblât l’amoindrir; car l'indépendance du clergé est la première condiion de son ministère.
« Tant que la religion catholique sera une religion soldée.. tant qu’elle continuera d’être gênée dans ses mouvements, entravéc dans ses assemblées particulières ou géné-
rales, contaminée dans ses chaires et dans ses écoles par argent du fise, en un mot tant qu’elle ne retournera pas au pied et à la liberté de la croix, elle languira dégénérée (50) »
La pauvreté absolue des premiers temps, la mendicité de Saint-François seraient sans doute le plus sûr moyen d’aftranchir l'Eglise de l'argent: CHATEAUBRIAND n'ose préconiser pareille révolution. Il se borne à réclamer que les biens matériels nécessaires à la vie de l'Eglise lui appartiennent en propre, de façon qu’elle ne soit pas à la merci du pouvoir temporel ni des puissances d’argent. Une richesse bien établie lui semble le meilleur gage d'indépendance. Au lieu de quoi il voit une pension alimentaire comptée par le pouvoir civil et qui réduit les membres du clergé à létat de fonctionnaires: le prêtre y perd la considération des fidèles et l'Etat y laisse tout ce que le prêtre y perd.
Sans doute, tant que le clergé n’aura pas de richesses fixes proportionées à ses besoins, le budget des cultes est une nécessité mais il faut d’ores et déjà s’efforcer de diminuer le poids de la chaîne qui rive le spirituel au temporel; il faut que la loi favorise de tout son pouvoir l’accession des églises à la propriété, qu’elle leur donne un patrimoine (51), qu’elle encourage les donations, les fondations, et que, dès l’abord, elle leur restitue ceux des domaines spoliés qui n’ont pas été vendus. Et si ce dernier projet inquièie quelques acquéreurs de biens nationaux, au moins il ras-
surera les consciences et raffermira d'immenses biens mo- TAUX. A
(50) Etudes historiques, préface.
(51) Monarchie selon la Charte, chapitre L, page 231. Pour tout ce qui concerne la sécurité matérielle du clergé: Cf. Chapitre XLIV CE ae) La k LE
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Enfin pour que l'indépendance matérielle du-clergé soit complète il ne suffit pas de le mettre à abri du pouvoir Jaïc, il faut encore le prémunir contre sa propre hiérarchie. D'autant que le récent concordat a resserré l'emprise de la G papauté sur le clergé d’une façon ne aux libertés de l'Eglise gallicane:
« Il est survenu de graves changements dans l'Eglise de France. Le concordat ayant étendu en deçà des Alpes, l’action immédiate du Saint-Siège, les libertés de l'Eglise gallicane sont plus exposées et le clergé plus nécessairement placé sous l'influence d’une autorité temporelle étrangère » (52).
N'oublions pas que nous sommes encore en un temps où le Souverain Pontife de Rome est ostensiblement « une autorité temporelle », une puissance politique, et que la diplomatie du Saint-Siège, de Boniface VIII à Pie VIT, n'avait pas ioujours été propice à la France. Odieux à la liberté, s’il est sous la dépendance de l'Etat, le clergé serait suspect au . patriotisme s’il était sans défense contre les abus temporels des Papes. Sans une solide indépendance matérielle il ne + peut inspirer au peuple la pleine confiance dont il a besoin pour accomplir sa mission. CHATEAUBRIAND ne cesse de réclamer l’affranchissement complet des cultes.