II. — SA VALEUR MONARCHIQUE
Ce n’est pas à la légère et pour le seul effet oratoire que CHATEAUBRIAND a dit de la religion qu’elle était « la pierre angulaire de la Légitimité ». En effet il n’est pas de droit qui ne soit divin. Or, le trait essentiel de la monarchie historique c’est d’être un régime de droit; elle se règle sur des « lois fondamentales » telles que la loi salique, auxquelles le roi lui-même ne peut rien puisque c’est par elles qu’il est roi. Et si elles sont au-dessus du souverain, d’où viennentelles? De la nature des choses, de l'utilité publique, sans doute. Mais qui les sanctionnera ? Qui peut leur donner force obligatoire ? n°
A l’aube des légitimités comme dans tous les régimes
qui se créent, dans toutes les dictatures nouvelles, et aussi, dans les démocraties qui sont une perpétuelle et illimitée création il n’y a rien au-dessus du souverain. Le « prince nouveau », l'assemblée populaire font la loi; ils créent selon - leur plaisir non seulement les lois du pays mais encore et | surtout les lois de leur propre pouvoir. La suprématie de - la constitution est un mot qui n’empêchera jamais une démocratie de réviser et de bouleverser à sa guise -les lois * constitutionnelles : ce que la volonté du peuple a fait la
même volonté peut le défaire.
Mais dans là monarchie de droit divin le roi ne peut faire ni défaire les lois organiques de la couronne car ces lois ne, sont pas l’œuvre d’une volonté, même royale. L'intelligence humaine peut les trouver bonnes; elle ne les a pas créées; les a-t-elle seulement découvertes? Tout son pouvoir est de les reconnaître sans y rien changer. Si ces lois sont utiles, cela ne vient pas de la prudence de l’homme, de la sagesse d'une assemblée, c’est qu’elles sont l'œuvre de Dieu. Et si
Iles sont obligatoires ce n’est pas qu’un homme ou un peu-
ple les a voulués (obligeraient-elles cet homme ou ce pet: ple?), mais Dieu même.
Et je ne sais si CHATEAUBRIAND a développé tout au long ce raisonnement mais tout suppose qu’il y aurait souscrit. Il a nettement saisi le principe de stabilité qui est propre à la monarchie légitime et le caractère divin de ce principe. Il a dit que « si la politique n’est pas une religion, elle n’est rien » (55). De toutes les façons dont ce mot peut s’entendre, peut être est-il possible de faire la synthèse. Car si l’on traduit dès l’abord la parole de CHATEAUBRIAND en disant que la monarchie ne tient que par la fidélité, il faut ajouter aussitôt que cette fidélité n’est sûre que par la religion. Le fondement de la fidélité est divin et, cela étant, il suffit d’expliciter quelque peu la pensée de CHATEAUBRIAND pour reconnaître que le véritable objet de cette fidélité comme lauthentique auteur de cette monarchie, est Dieu.
En effet dans la monarchie légitime ce n’est pas à la personne que va le loyalisme des sujets puisqu'il ne s'éteint pas à la mort du monarque. Antérieur et postérieur à la fois, réflètant en quelque sorte l’immortalité de l'Etat, il s'adresse nécessairement à une chose supérieure aux chefs dynastiques qui se succèdent: il s'attache à la loi même de cette succession, au Législateur de cette loi, à Dieu.