‹ Les Idées Politiques de ChâteaubriandChapitre 59 sur 91 · HI. — IMPORTANCE DE « LA MONARCHIE SELON LA CHARTE · texte numérisé non relu

HI. — IMPORTANCE DE « LA MONARCHIE SELON LA CHARTE

On hésita beaucoup il est vrai avant de s’avancer sur cette voie. Louis XVIII, le premier, était beaucoup trop habile

Ë pour être logique. Il avait eu la sagesse de rester dans le . vague et de choisir des formules qui ménageaient toutes les

opinions; il tenait à garder le bénéfice du doute. Il avait cependant ébauché le régime parlementaire en adoptant

- par la proclamation de Cambrai le principe de l’unité de

ministère. Que les ministres soient responsables les uns des autres, c’est la première condition de leur responsabilité devant les Chambres. Par la solidarité ministérielle, le jeu parlementaire devenait possible.

En dissolvant la Chambre introuvable le roi avait fait un pas de plus dans le même sens. S'il renvoyait une majorité dont le grand tort était de contredire les ministres, il suppo-

sait du même coup que les ministres avaient besoin de l: majorité. Le principe de l’accord de la représentation parle mentaire avec le Gouvernement, principe sur lequel devai tomber le trône de Charles X, était posé par les mains de son prédécesseur. On peut se demander si Louis XVIII com. prit la portée de son acte et s’il ne céda pas à la satisfactior d'exercer son autorité à peu de risques sur le dos de ses fi dèles. L'opposition de la Chambre introuvable ne menaçail pas l'existence de son Gouvernement; les revendications des Ultras respectaient malgré tout la prérogative royale et ils n’osèrent refuser le vote du budget aux ministres qu’ils exécraient. Tant il est vrai que le principe parlementaire était encore dans les limbes. ;

Ce fut un beau tumulte lorsqu’éclata, deux ans après « De Buonaparte et des Bourbons, la Monarchie selon la Charte. Saisi par la police au sortir de la presse, ce livre néanmoins fit le tour de ia France; il condensait toutes les revendications, toutes les angoisses et toutes les rancœurs des Ultras. Et c’est peut-être par là qu’il émut le plus vivement opinion. Mais le retentissement de ce livre eut été de courte durée s’il s'était contenté d’amplifier les passions du moment et s’il ne contenait un chapitre de droit constitutionnel qui fera date dans l’histoire. En expliquant à ses contemporains le mécanisme du régime parlementaire, CHaA- TEAUBRIAND $’assurait une autre influence: il pouvait écrire de la Monarchie selon la Charte : « Elle m’a fait prendre rang parmi les publicistes et elle a servi à fixer l'opinion sur la nature de notre Gouvernement » (10). |

Ce livre ne marque pas seulement dans sa vie comme l’acte de courage qui devait lui enlever sa pension de ministre

(10) Monarchie selon la Charte, préface page IV.

d'Etat et l’obliger à vendre avec sa bibliothèque, son ermitage de la Vallée aux loups; il est un événement dans le siècle: la première synthèse du Gouvernement parlementaire qui ait vu le jour sous la monarchie restaurée.

A ce titre elle est œuvre de lucidité. La Charte y est frappée d’un jour crû qui en dévoile les lacunes et les inconséquences. Une logique implacable développe tout ce qui était en germe, brise tout ce qui résistait à l'épanouissement des institutions. Il faut « vouloir ce que l’on a » (11). « Le Gouvernement établi par la Charte se compose de quatre éléments: de la royauté ou de la prérogative royale, de la Chambre des Pairs, de la Chambre des Députés et du ministère (12) ». Ces quatre éléments doivent concourir à la marche de l'Etat.

Non moins que le Roi, les Chambres ne peuvent se réduire à un rôle de figurant. II faut qu’elles aient la pleine liberté de leur mouvement, et cela, tout en respectant la prérogative royale, sans blesser jamais la dignité du trône. Voilà le . problème qu’affronte CHATEAUBRIAND.

(1) Page 18, Chapitre VII; Monarchie selon la Charte. : (12) Chapitre III, page 9, Monarchie selon la Charte.

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