IV. — SES BIENFAITS ET SES SERVITUDES
Le principe établi, il restait à CR ne d'en tirer quelques corollaires et de l’entourer des justifications convenables. C’est le but des chapitres XXIII et suivants.
Ils commencent par les louanges du régime parlementaire qui amène au pouvoir « les plus habiles »:
« Avec des chambres, un ministère faible ne peut se sou-
tenir. Ses fautes rappelées à la tribune, répétées dans les
journaux, livrées à l'opinion publique, amènent en peu de temps sa chute » (26).
C’est pourquoi dans là monarchie tienne il ne faut pas s'inquiéter des changements de ministères. Cette instabilité représente les efforts de la Chambre pour « faire sortir l’habileté des rangs où elle se tenait cachée » (26).
Le temps n’est pas encore venu où CHATEAUBRIAND ayant fait l'expérience du pouvoir déclarera qu’un « grand esprit de cabinet n’est jamais sûr de vivre dans ce pays-ci au delà d’une session » et que « la longueur d’une administration est presque toujours le signe de la médiocrité» (27). Pour le moment il est tout à l'apologie du parlementarisme. Cette succession rapide des ministères qui est le propre du système lui semble n’avoir d’autre but que de faire sortir les grands hommes de l’obseurité et de parvenir à l'harmonie parfaite
(26) Monarchie selon la Charte, XXIII, 57, 58. À rapprocher des réflexions politiques, chapitre XII, page 86. « Nous sommes à peu près sûrs que les hommes les plus distingués par leurs talents seront appelés au timon de l'Etat, car un homme absolument nul ne peut occuper longtemps une première place sous un gouv ernement représentatif ».
(27) Guerre d’Espagne, chapitre 953.
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entre les Chambres et le Gouvernement. Il ÿ voit la gestation du ministère idéal. |
Pour que l’union soit plus intime entre les Chambres et les ministres il lui paraît que « les ministres doivent être membres des Chambres » (28). En effet, ils en sont le fruit: ils tirent d’elles leur origine, leur perfection et en somme, leur subsistance, puisqu'ils ne vivent que par les votes de la majorité; ils ne sauront et ne pourront gouverner qu’en péuétrant « l’esprit des chambres » et en y adhérant pleinement, en s’unissant à elles si intimément que loin d’en être gênés ils se sentent portés par leur vœu. Pour comprendre les Chambres et être compris d’elles, il est très utile qu’i's en fassent partie.
D'accord avec les Chambres, le ministère a fortiori doit se trouver d'accord avec lüi-même. Il « doit être un (29) ». CHATEAUBRIAND ne reo;usse pas l’idée d’un Gouvernement de « coalition » où seraient i-présentés les partis de la minorité; il n’exclue pas l'hypothèse d’un Gouveraement de
majorité qui s’adjoindrait des hommes d’opinion politique différente. Mais ces mélanges ne lui semblent permis qu’à
la condition de donner un résultat pur et dans le cas unique où les divers membres du Cabinet, sacrifiant leurs divergences, se mettent loyalement d'accord sur un programme commun. Encore pareil ministère risque-t-il d’être gêné par les divergences latentes qui se réveillent, par la nécessité de ne choquer aucun des partis fédérés dans son sein, par des restes de méfiance. CHATEAUBRIAND garde sa préférence pour le ministère de majorité, plus léger, plus rapide parce qu’il dispose d’une confiance plus entière.
(28) Monarchie selon la Charte, XXIV, 59.
(29) Monarchie selon la Charte XXV, 60,
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