‹ Les Idées Politiques de ChâteaubriandChapitre 70 sur 91 · NOR · texte numérisé non relu

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« 11 ne doit de compte de sa volonté et de ses actions qu’à Dieu ». |

Et CHATEAUBRIAND énumère les attributs de sa toute puissance. 11 a d’abord dans ses mains toutes les forces morales : ie

« Il est le chef ou l’évêque de l'Eglise Cale Il: est le père de toutes les familles particulières.en les rattachant à lui par l'instruction publique ».

Il a la plénitude du pouvoir législatif : Fe

« Seul, il rejette ou sanctionne la loi: toute oi « émane de lui. Il est donc souverains législateur. >

Il s'élève même au-dessus de la loi, car « lui ul De faire grâce et parler plus haut que la loi ».

JT a tous les droits de l’exécutif: nds ,

« Seul il nomme et déplace les ministres à sa volonté, sans opposition, sans contrôle, toute l'administration découle de lui; il en est donc le chef suprême.

« L’armée ne marche que par ses ordres.

« Seul il fait la paix ou la guerre ».

Et CHATEAUBRIAND récapitule ainsi cet examen des prérogatives royales :

« Le premier dans l’ordre religieux, noel et politique, il tient dans sa main les mœurs, les lois, l'administration, l'armée, la paix et la guerre.

S'il retire cette main royale, tout s ni

S'il l’étend, tout marche ».

On croirait entendre Bossuet (57)

(57) Bossuet comparant la majesté divine et la majesté royale dit: « Que Dieu retire sa main, le monde retombera dans le néant; que l’autorité cesse dans le royaume, tout sera confusion ». Politique tirée de l’Ecriture Sainte. Livre V, article IV, première proposition.

Evo

CHATEAUBRIAND avait-il autant de puissance d’illusion sur lui-même que sur ses lecteurs”? S’était-il tout à fait convaincu de la supériorité de la puissance de Louis XVIII sur celle de Louis XIV? Il est permis d’en douter. Le roi en concédant la Charte avait pensé sacrifier quelque chose de son pouvoir: il serait difficile de soutenir qu'il ait voulu y ajouter. Sans nul doute il y avait vu une soustraction et non une addition. Seulement la soustraction n’était que, posée.

Devant le pouvoir nouveau qu’elle avait consacré, la monarchie n'avait rien abdiqué d'elle-même. Elle avait fait des concessions: elle ne s'était rien retranchée.

Elle gardait l'initiative et la sanction des lois, le choix et le contrôle des ministres. Le développement du régime des assemblées n’avait pas encore consacré l’omnipotence du Parlement. Le principe de la séparation des pouvoirs laissait croire à une sorte de division du travail dont les membres loin de se gêner les uns les autres se seraient entr’aidés. Les Chambres, le Roi devaient toujours aller de pair et s’ils venaient à s'opposer, ce serait juste le temps de faire voir qui à raison puisque de la discussion naît toujours la lumière. :

FÉNELON avait formulé cet optimisme en disant : « le Roi peut tout sur ses peuples; les lois peuvent tout sur lui ». Deux omnipotences qui se combinent au lieu de s’opposer,

“quis ajoutent au lieu de s’annuler. Avec une par eille con-

fiance, on peut armer le Parlement de teus les droits sans enlever à la Monarchie une parcelle de son pouvoir.

. Ni Louis XVIII, ni CHATEAUBRIAND De partageaiïent cette confiance. Seulement CHATEAUBRIAND fait comme s’il la partageait: il veut la Chambre toute puissante comme le roi. Louis XVIII au contraire se méfiant du pouvoir qu’il

innove, lui cède peu; il refuse aux Chambres l'initiative des iois et laisse dans l'ombre la responsabilité ministérielle. Il pose la soustraction mais ne la chiffre pas ou la chiffre faiblement.

CHATEAUBRIAND, au contraire, chiffre fort. Seulement, il n’est pas très sûr de son opération. Des deux termes posés, Hoi et Chambres quel est celui qui retranche et celui qui est retranché? II hésite. L’un ou l’autre doit disparaître dans l'opération, mais lequel? Tantôt il penche d’un côté, tantôt de l’autre; tantôt il demande aux Chambres de « s'attacher au roi », tantôt il conseille au roi de suivre les institutions » (58). Mais un pouvoir constitué renonce difficilement à ses droits: cela ne va pas sans lutte, sans conflit.

C’est ce dont s'inquiète CHATEAUBRIAND (59). Lui aussi il préférerait que la soustraction restàt en suspens, qu’elle agit seulement comme une menace, et que le roi supportât les Chambres par crainte d’une révolution, les Chambres respectant le roi de peur d’un coup d'Etat. Et cela ne lui semble pas impossible. Plutôt que de tout perdre, les anta-

gonistes subiront quelques retranchements; on vérifiera une

fois de plus la maxime de Joseph de MAISTRE: « Tous les

(58) Dans le premier cas ce sont les Chambres qui s’inclinent: « les Chambres doivent s'attacher étroitement au roi afin que le roi soit plus libre d’exécuter les projets qu’il médite pour le bonheur de son peuple ». Réflexions politiques, conclusion, page 114. Dans le deuxième ‘cas, c’est le roi qui se soumet aux Chambres « Que l’on suive les institutions et je répondrai sur ma tête d’un avenir de plusieurs siècles; que l’on viole et que l’on tourmente ces institutions et je ne répondrai pas d’un avenir de quelques mois ». Note au comte d'Artois. Mémoires d’Outre-Tombe, XIII.

(59) Monarchie selon la Charte.

pouvoirs de l'univers se limitent naturellement par leur résistance réciproque (60) »

Seulement, entre le roi de France ct le roi d'Angleterre, il y à une frontière de part et d’autre de laquelle ils peuvent exercer leur action en toute indépendance; entre le Pape et le Roi, si la limite est moins nette, il y a tout de même la démarcation naturelle du temporel et du spirituel; entre les Chambres et le Roi, il n’y a rien. En admettant la distinction de l'exécutif et du législatif on est bien forcé de reconnaître que ces deux attributs se rapportent au même substantif, s’exercent sur le même point. En cas de conflit, la Chambre et le Roi se retrouvent face à face instantanément; ils évoluent sur le même terrain. Quel arbitre pour les départager ? Qui s’interposera pour détourner les coups ?

(60) Du Pape. art

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