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L'ARISTOCRATIE

« Notre place est sur les marches du trône entre le roi et ses peuples» (61), a déclaré CHATEAUBRIAND devant la Chambre des Pairs à l’occasion de la loi dite « du milliard des émigrés ». Cette loi qui était destinée à indemniser les pro- priéiaires spoliés par la Révolution et qui devait rassurer les acquéreurs de biens nationaux était maladroïitement liée à un projet de conversion de rentes d’autant plus impopulaire que les rentiers formaient alors la partie la plus remuante de l’opinion publique. CHATEAUBRIAND ne pouvait manquer cette occasion d'attaquer l'influence de VILLÈLE et de soigner sa popularité; pas davantage il ne voulait refuser une indemnité en faveur des victimes de la Révolution: il adopte l’indemnité, il rejette la conversion des rentes : « L'adoption de la loi de l'indemnité sera pour les garan- 1 ties monarchiques; le rejet de la loi des rentes sera pour les

(61) Opinion sur le projet de loi relatif à la conversion et à l’in- | demnité, page 428.

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garanties nationales » (62). Dans cette double position, CHA- TEAUBRIAND entend concrétiser le rôle de Paristocratie. La Chambre des Pairs lui paraît la gardienne des droits de chacun, placée « entre le roi et ses peuples », c’est-à-dire entre le Gouvernement et la majorité parlementaire comme une sorte d’'Etat-tampon dont la neutralité fait toute la force et qui arrête les empiètements de quelque côté qu’ils proviennent.

CHATEAUBRIAND annonce TOcQUEvILLE lorsqu'il apprécie le rôle de l'aristocratie dans l’ancienne France, et lorsqu'il reproche à la centralisation monarchique d’avoir préparé la Révolution. Il stigmatise l’erreur des rois de France qui ne voyaient dans la féodalité qu’un obstacle à leur pouvoir et ont renversé avec elle la seule barrière qui les séparait des révoltes populaires et qui retenait l’anarchie :

« L'ancienne constitution de la France, dit-il, fut attaquée par la tyrannie de Louis XI, affaiblie par le goût des arts et les mœurs voluptueuses des VaLois, détériorée sous. les premiers Bourbons par la réforme religieuse et les guerres ‘ civiles, terrassée par le génie de RICHELIEU, enchaînée par - Ja grandeur de Louis XIV, détruite enfin par la corruption de la Régence et la philosophie du XVII! siècle ».

« La Révolution était presque achevée lorsqu'elle éclaà ta» ;

Et cest la sagesse de la Charte d’avoir pensé à rendre son pouvoir à la noblesse en instaurant la Chambre des Pairs. - La constitutron nouvelle lui est beaucoup plus favorable que la monarchie de Louis XIV: « Loin de lui rien ravir, elle lui rend cette importance aristocratique qu’elle avait perdue et

(62) Opinion sur le projet de loi relatif à l’amortissement, page

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