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(6) Contrat Social, Tbidem.
qu il avait pénétré avec toute sa sympathie É était le génic des œuvres plutôt que leur logique ; c'était le vent de liberté qui souffle dans le « Discours sur l'Inégalité »; c'était l esprit qui soulève les pages du « Contrat Social» plutôt que leur enchaînement rationnel. Dans l’exaltation du sentiment individuel, dans ces cris d’ indépendance qui s'élèvent çà et là de l'œuvre de ROUSSEAU il a puisé l'inspiration qui le poussera vers les forêts américaines et qui traversera se vie de cette flamme inquiète, de cette sourde révolte contre tout ce qui fixe, tout ce qui arrête, tout ce qui contraint, ne lui laissant de certitude et de dogme ici-bas que celui de la Liberté.
Par là, en fait et, quoi qu vil en dise, toute sa vie, il restera fidèle à l'esprit du Contrat Social. Il peut renier sa jeunesse, il peut désavouer les pages des Essais sur la félicité des sauvages, sa liberté restera la liberté des bois « ce droit naturel » que « chaque homme a reçu en naissant sous le nom d'indépendance individuelle » et qui est le même sous tous les climats. C’est bien la Liberté, celle de Rousseau, dont il dira à la tribune de la Chambre des Pairs qu’elle « ne vient pas du peuple ni du Roi » « qu’elle ne sort pas du droit politique, mais du droit de nature ou plutôt du droit divin ». Absente de son origine, absente de son développement la société n’a rien fait pour elle et ne peut rien contre elle. Qu'elle s’appelle liberté de marcher, ou liberté d'écrire, elle appartient tout entière à l'individu. La liberté de la presse elle-même est un don de Dieu. Attenter à cette liberté ce serait aller contre Dieu même « qui livre l’homme à son franc arbitre », « qui ne mit point de conditions à la parole lorsqu'il donna la parole à l’homme, laissant aux lois le droit de punir cette parole lorsqu'elle faillit mais non le droit de l’étouffer » (7).
(7) Opinion sur le projet de loi relatif à la police de la presse,
On s’expliquerait mal l’attichement passionné de Cna- TEAUBRIAND à la liberté de la presse si l’on ne voyait qu'elle est à ses yeux une forme de cette Liberté première qui est consubstantielle à l'individu et antérieure aux lois, tellement prépondérante dans son esprit qu’il lui sacrifie son loyalisme monarchique et qu’il lui fait hommage d’une révolution dont il déplore par ailleurs toutes les conséquences (8). Pour elle, n’en doutons pas, il accepterait la République.
Mais plus purement épris que ne le fut RoussEAU il se refuse à toute combinaison dans laquelle il entrerait autre chose qu’elle même; il ne l’associe à aucune forme de Gouvernement; il la veut indépendante de la souveraineté du peuple comme de celle du Roi, sans compromis avec l'Etat, seule et maîtresse de son but qui est la grandeur de lindividu, la sécurité des personnes; il ne l’engage dans aucun contrat dont elle risquerait de faire les frais. ROBESPIERRE a prénoncé pour toujours la séparation de la Liberté et de l'Etat; et Mme RoLLaAND proclame ce divorce lorsque rencontrant la Liberté sur l’échafaud elle lui adresse le cri fameux: « Liberté, Liberté ! que de crimes on commet en ton nom ! »
Désormais la souveraineté du peuple est aussi suspecte aux libéraux que la souveraineté du Roi et quelles que soient les variations de sa pensée CHATEAUBRIAND demeure fixe sur un point: la Liberté de l'individu indépendante de
page 480. J’indique dans ma bibliographie l’édition des œuvres de Chateaubriand à laquelle se rapportent les références.
(8) Lettre à Augustin THIERRY (11 septembre 1830) « Je m'en vais du moins, Monsieur, avec la paix d’un honnête homme. Je crois avoir un peu contribué à la liberté de mon-pays. La presse me doit peut-être quelque chose et c’est elle qui vient d’affranchir ma patrie; mes doctrines triomphent et ma chétive personne périt. Qu'importe alors ? »
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l’organisation du pouvoir, en dehors et au-dessus des-con-. tingences de l’ordre politique. Qu'il en soit l'ennemi, qu’il en soit l’auxiliaire, l’État reste distinct de la Liberté. Du septicisme des Essais au dogmatisme des Etudes historiques, c’est le même principe qui se déroule: en 1797 sous l’impression des excès de la Terreur il lui semble que la Liberté aura toujours à souffrir du gouvernement: en 1827 guéri de son ancien pessimisme il pense qu’elle peut se concilier toutes les formes de l’autorité. Mais que le pouvoir lui soit dur ou généreux, jamais elle ne se donne à lui: elle ne lui doit rien, elle ne lui est rien, elle ne lui demande que le respect: « Aucun prince, aucune assemblée ne saurait vous donner ce qu’il n’a pas ni vous ravir ce qui est à vous ».
Et c’est par ce respcci qu'il rend à la Liberté que le prince ou l’assemblée se rendent à leur tour respectables. « Il n’y a qu’une constitution pour tout Etat: Liberté n’importe ie mode » (9). Dans cette formule laconique qui prêterait à bien des contre-sens, il faut entendre que le respect de lindividu est la maxime fondamentale de la Société. Ce qui juge un gouvernement, ce n’est pas l’ordre et la sécurité qu'il procure, la justice qu'il rend, ce n’est pas la prospérité des campagnes et le luxe des villes, c’est seulement et par dessus tout son égard à la liberté de chacun. C’est de n'avoir ni emprisonné ni confisqué ni exilé ni séquestré si ce m'est dans l’intérêt même de la Liberté.
(9) Etudes Historiques: introduction, page 102.
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