‹ Les idées politiques des GirondinsChapitre 14 sur 37 · CONDORCET HOMME D'ACTION · texte numérisé non relu

CONDORCET HOMME D'ACTION

Cet homme de méditations et de travail solitaire fut dès le début de la Révolution l'un des guides les plus écoutés de l'opinion. Comme nous l'avons dit, il ne fut pas député aux Etats-Généraux; mais il donna pendant quelque temps un compte-rendu des séances de l'Assemblée dans la Chronique de Paris, Il devint ensuite le rédacteur principal de la Chronique du Mois et l'un des rédacteurs du Patriote Français,

Les caractères de son talent de journaliste sont la netteté et Tart d'enchalaer les idées ; il avait aussi une sorte d'ironie froide, mais il manquait de chaleur et d'éclat. S'il fut quelquefois acerbe envers ses ennemis politiques, c'est qu'il avait à un très haut degré la passion de ses idées. D'ailleurs il fut lui-même, soit de la part des monarchistes (1), soit de la part de certains démocrates, l'objet d'attaques parfois odieuses.

Il fréquenta assidûment la Société de 1789, les Jacobins et le Cercle social. C'est dans ce dernier club qu'après Varennes il se déclara pour la RépubUque. Cependant, élu à l'Assemblée Législative, il ne fit pas d'opposition systé-

(1) Les Actes des Apôtres le comparaient à Cartouche, et l'accusaient de vendre sa femme; tout cela en vers, mais quel vers !

« Enfin c'est un salmis de vices et de crimes ».

matique à la Monarchie. Il fut à cette assemblée rapporteur du comité des finances et du comité de l'instruction publique. S'il ne prit pas une part active au 10 août, du moins en comprlt-ll la nécessité. 11 en publia une habile défense destinée surtout à être lue à l'étranger*

Sa vie publique fut donc bien remplie ; et cependant il n'était pas un homme d*action. Il lui manquait ia qualité qui semble indispensable dans les assemblées parlemeotaires, il n'était pas orateur. Sa voix était faible et son allure timide*

Il n'était pas non plus un homme de parti. Les Révolutionnaires se défendaient tous d'appartenir à un parti, et uï

jamais les luttes entre les groupes politiques ne furent ^

aussi violentes- Mais Condorcet était sincère. Pendant -5

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longtemps on ne sut où le classer. Ses votes et son attitude 3

sont d'un Girondin ; d'un autre côté, il a chez les Montagnards des amis et de nombreux admirateurs. Il conserva toujours son estime à Danton. Cette situation aurait dû lui donner une influence bienfaisante. S'il avait eu quelquesunes des qualités de l'iiomme d'action, il aurait été le lien qui a manqué entre Danton et la Gironde. Malgré son amitié pour Brissot, il n'eut jamais d*autorité sur les Girondins, particulièrement sur les amis de M°it- Roland. Celle-ci le juge avec une extrême malveillance, a Son esprit sera toujours au niveau des plus grandes vérités, mais son caractère ne sera jamais qu'à celui de la peur. On peut dire de son intelligence, en rapport avec sa personne, que c'est une liqueur fine imbibée dans du coton. On ne lui appliquera pas le mot que, dans un faible corps il montre un grand courage; ii est aussi faible de cœur que de santé ; la timidité qui le caractérise et qu'il porte même dans la société, sur le visage et dans son attitude, n'est pas seulement un vice de tempérament; elle semble inhérente à son âme, et ses lumières ne lui fournissent aucun moyen de la vaincre : aussi, après avoir bien déduit tel principe, démontré telle vérité, il opinait à l'Assemblée dans le sens

contraire, quand il s'agissait de se lever en présence des tribunes fulminantes, armées d'injures et prodigues de menaces. Il était à sa place au secrétariat de l'Académie (1).» Mme Roland est parfaitement injuste. Sans doute, Condorcet fut souvent hésitant à la Convention. Le tumulte de l'Assemblée, les cris des tribunes le troublaient. Au lieu de la République fraternelle qu'il avait rêvée, c'était la lutte sans merci. Mais il fut brave, tranquillement et sans affectation. Après la chute des Girondins, le respect dont il était entouré assurait sa sécurité. Il crut devoir donner son avis sur la Constitution de l'an II ; il le fit en termes très vifs. Il n'hésita pas un instant, malgré les dangers qui l'attendaient.

Dans la petite maison de la rue Servandoni, alors que chaque pas qu'il entendait pouvait être celui du gendarme chargé de l'arrêter, il ne se laissa pas aller au désespoir. Il écrivit le livre qui est resté son premier titre de gloire, VEsquisse du tableau des progrès de Vesprit humain. Cette sérénité dans le malheur et devant la mort ne saurait être d'un lâche. Il ne perdit jamais, comme certains Girondins et comme Manon Roland elle-même, la foi dans la Révolution.

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