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SES IDÉIBS «-INSTRUCTION PUBLIQUE

Pour atteindre cet idéal, Condorcet savait que Téducation des enfants doit être au premier rang des soucis de rhomme public. L'organisation de rinstruction publique le préoccupa toujours. l*endant longtemps, la réalisation de ses vues sur cet objet ne lui avait semblé possible que dans un avenir indéterminé. Mais, nons dit-il lui-même : H Un heureux événement a tout k coup ouvert une carrière immense aux espérances du ^enve liumain. Un seul instant a mis un siècle de distance entre riiomme du jour et celui du lendemain » (1). Aussi se décida-t-il à coordonner ces idées sur cet important sujet et publia-t-il, de 1790 à 1792, cinq longs mémoires dans la Bibliothèque de l'homme public. De plus, au nom du comité de l'Instruction publique, il présenta à l'Assemblée législative, les 20 et 21 avril 1792, un rapport et un projet de décret sur Torganisation de l'enseignement, dans lesquels il reprend les idées déjà exprimées dans les Mémoires,

La société doit rinstruction au peuple. C'est un moyen nécessaire d'établir l'égalité parmi les hommes. S'ils ont reçu la même éducation, le riche et le pauvre se trouveront rapprocliés ; de plus, il est contraire à l'égal i té que rigûorant soit à cause de son ignorance dans la dépendance du savant ou du jurisconsulte.

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(i) Mém offres X if r l'InHrHclîon publique Œuvres, tome VII,

Il importe que tous les citoyens soient capables de rem^ plir les fonctions publiques, pour éviter qu'elles ne deviennent une sorte de profession et que les titulaires ne forment une aristocratie.

L'instruction mise à la portée de tous hâtera le perfectionnement de l'espèce humaine, en permettant à tous les hommes bien doués de se développer complètement. Elle préparera les nations aux changements inévitables que l'avenir réserve et que ignorantes, restées routinières, elles eussent combattu. Enfin Condorcet, devançant la science de son temps, prévoit la théorie de l'hérédité des qualités acquises. « Il n'est pas chimérique de penser, dit-il, que le perfectionnement dans les facultés des individus est trans missible à leurs descendants. » On obtiendrait donc par l'instruction l'amélioration de la race elle-même.

Instruire l'homme pour développer et meubler son intelligence ne suffit pas, il faut encore le mettre en mesure de gagner sa vie sans trop de peine. On lui donnera donc une instruction professionnelle.

D'où la nécessité de diviser en trois parties l'instruction publique :

1° Une instruction commune à tous ;

2° Une instruction professionnelle;

3° Une instruction supérieure.

L'enseignement commun à tous ne comprend pas seulement l'instruction primaire, puisque Condorcet le distingue en trois degrés. Il est commun en ce sens que tous pourront y prétendre et non que tous le recevront.

Condorcet entre dans les plus modestes détails de l'instruction primaire. Il se préoccupe des contes moraux par lesquels on forine la raison et le cœur des enfants. Un enseignement ne sera fructueux que si le maître connaît par-

faileaient ses élèves et si les élèves sont soumis à la môme méthode pendant tout le cours des études. Aussi deraande^ t-il que cliaque maître soit capable de professer tous les cours d'un tnétiie degré et que chaque année il suive ses élèves. L*enseignoment doit intéresser lesenlanls, on ne craindra donc pas d'aller de Tavi^nt, on évitera de les dégoûter en les traînant trop longtemps dans les mêmes ornières. Ils progresseront alors, surtout s'ils trouvent des encouragements à la maison. L'approbation paternelle sera la récompense des écoliers.

L'enseignement commun qui sera donné dans trois ordres d'établissements, aura un triple but :

\^ Apprendre à chacun suivant le degré de sa capacité et la durée du temps dont il peut disposer, ce c[u'il est bon à tous les hommes de connaitre quels que soient leur profession et leur goût ;

2*^ S^assurer un moyen de connaître îes dispositions particulières de chaque sujet, aiin de pouvoir en proliter pour l'avantage général;

3" Préparer les élèves aux connaissances qu'exige la profession à laquelle ils se destinenL

En fait, dans cet enseignement, les sciences mathématiques et physiques devaient occuper une place sinon prépondérante, du moins très grande. Leur étude semblait à Condorcet très propre à former le jugement. Les langues anciennes étaient sacrifiées : l*étude du grec et du latin ne durait que deux ans. Un homme sachant lire les textes les plus faciles de ces langues est suffisamment armé pour tirer des livres des anciens auteurs tout le profit qu'un moderne en peut espérer. Une étude approfondie des ouvrages qu'ils nous eut laissé paraîtrait à Condorcet plus nuisible qu'utile. Il est vrai, qulls forment le goût ; u mais, dt Ml sagement j le goût porté à ce degré où Ton a besoin de comparer les productions des dilTércnts siècles et des langués diverses, ne peut-être un objet important pour une

nation entière (1) ». Ajoutons que former le goût des innombrables écoliers qui peuplent les établissements secondaires est une entreprise dont Texpérience quotidienne prouve la vanité.

Une importance considérable est donnée en revanche à renseignement des mathématiques appliquées aux sciences morales.

L'enseignement professionnel trouve sa place dans Tinstruction commune. Ainsi à propos des principes de la mécanique, les élèves analysent les machines et apprennent à en construire de très simples. Cet enseignement ne se confondrait pas avec l'apprentissage. Il donnerait aux enfants les connaissances utiles aux professions qu'ils veulent exercer, dessin, chimie industrielle, etc. ..

Condprcet distingue les arts mécaniques des professions qui ont pour ainsi dire un caractère public, comme l'art militaire et l'art de guérir.

Tous les citoyens apprendront l'art militaire, soit avant le régiment, soit pendant le service, pour que tous puissent devenir officiers.

Il ne voit aucune raison d'écarter les femmes de la médecine : et le nombre des femmes qui exercent utilement cette profession croît, en effet, tous les jours.

Une instruction spéciale serait donnée aux architectes et aux ingénieurs. Mais l'enseignement de la jurisprudence qui rend nécessaires les hommes de loi est supprimé. « Un des premiers devoirs du législateur, dit naïvement Condorcet, est de faire assez bien les lois pour qu'elle cesse d'être une science nécessaire ».

Le dessin qui permet de mieux goûter les arts plastiques, et la musique « qui rapproche les hommes en les réunis-

(1^ Premier Mé7noire. Œuvres, tome VII, par 279.

-gisant dans des plaisirs communs j>, ne seront pas Fobjet d'enseignements spéciaux, ils seront appris k tous les enfants.

L'enseignement supérieur des sciences est destiné aux futurs professeurs, et « à ceux qui sont appelés â augmenter la masse des vérités par des observations ou par des découvertes^ à préparer de loin le bonheur des générations futures )h

Condordet parle peu de l'enseignement des sciences mathématiques qui lu! semhle à peu près libéré de « l'esprit de l'école ». Mais il demande la réforme de renseignement de rhistolre et surtout de l'enseignement des sciences morales qu'il voudrait réduire ^ à des vérités positives appuyées comme celles de la physique sur des faits généraux et des raisonnements rigoureux ^,

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îl est curieux de remarquer combien le vaste plan d'études rêvé par f^ondorcet est pratique. Il a certainement inspiré les réformes de l'enseignement moderne en France. Les études spéculatives n'étaient cependant pas sacrifiées* Le rapporteur du Comité de l'instruction publique les défendait en ces lermey devant l'Assemblée législative : « Si par des vues étroites on voulait exclure les sciences qui paraissent de pure curiosité ou séparer dans chacune ce qui est utile de ce qui ne l'est pas, on nuirait à cette utilité môme pour laquelle on aurait voulu tout sacrifier ; et on verrait bientôt qu'au lieu d'avoir écarté des spéculations, on n'a tait que consacrer des erreurs ou des routines imparfaites. Les ennemis des théories auraientils deviné que*rétude des ga? nous révélerait l'art de blanchir les toiles ; que l'examen des phénomènes que présente un morceau de verre frotté avec la main nous apprendrait à nous préserver de la foudre ïk Le siècle suivant devait

enrichir d'exemples innombrables la collection de faits apportée pour justifier l'utilité des sciences spéculatives.

Condorcet se rendait compte que l'instruction donnée aux enfants serait pour la plupart insuffisante. Il demande donc renseignement des adultes. Cet enseignement sera d'abord le complément de celui qu'ont reçu les enfants. Il mettra les hommes en état de juger des questions politiques et sera un continuel excitant moral . Grâce à lui, les agriculteurs substitueront dans l'économie rurale à une routine aveugle, une pratique éclairée par l'observation. Il apprendra aux hommes à lire avec profit et leur donnera ainsi le goût de la lecture.

I^ liberté absolue de l'enseignement n'a pas de partisan plus déterminé que Condorcet. Il s'est expliqué sur ce sujet à plusieurs reprises et avec tant de clarté, que son opinion n'est pas douteuse II distingue nettement l'instruction qui se borne à l'enseignement de vérités de fait et de calcul, de l'éducation qui comprend l'enseignement des opinions politiques, morales et religieuses. L'instruction publique ne donne pas une éducation complète ; elle se limite à l'enseignement scientifiqueet littéraire, respectant pour tout le reste le droit des parents de diriger, comme il leur plaît, leurs enfants. Sanctionner telle ou telle opinion politique, morale ou religieuse serait contraire à la liberté de penser. On n'enseignera donc pas la religion à l'école. De même la puissance publique n'établira pas un corps de doctrine à Tusage des élèves. Ceci serait d'autant plus dangereux que (( les dépositaires de la puissance publique resteront tou-

jours à une distance plus ou moins grande du point où sont parvenus lés esprits destinés à augmenter la masse des lumières (1) ». La Constitution môme qui régit TEtat ne peut être enseignée que comme un fait.

Mais la neutralité doctrinale de TEtat ne suffit pas à sauvegarder la liberté de l'enseignement. Si le choix des maîtres appartient au Gouvernement, il lui sera facile d'imposer indirectement ses opinions. Condorcet ne tient pas en haute estime la culture des hommes politiques ; il n'a pas davantage confiance en leur impartialité. « En général, tout pouvoir, de quelque nature qu'il soit, en quelque main qu'il ait été remis, de quelque manière qu'il 3

ait été conféré, est naturellement ennemi des lumières. On le verra flatter quelquefois les talents, s'ils s'abaissent à devenir des instruments de ses projets ou de sa vanité : mais tout homme qui fera profession de chercher la vérité et de la dire, sera toujours odieux à celui qui exercera l'autorité (2) ».

La nomination des maîtres sera donc indépendante de la puissance publique « afin de lui enlever le moyen d'étouffer dès leur berceau les vérités qu'elle peut avoir intérêt de craindre ». Condorcet avait indiqué dans les Mémoires un système de nomination assez compliqué. Les listes dans lesquelles les professeurs pouvaient être pris, étaient formées parles sociétés savantes des départements. Le choix était fait ensuite par les municipalités ou les pères de famille. Le projet présenté à l'Assemblée législative prévoyait un mode différent. Dans ce dernier système, l'enseignement supérieur disposait de neuf lycées (universités). Condorcet avait auparavant indiqué que Paris suffirait à l'enseignement supérieur ; mais il revint sur cette opinion parce que il ne voulait pas laisser cette supériorité à une ville, qui en avait déjà tant d'autres, et

(1) Premier Mémoire.

(2) Mémoires sur l'Instruction publique. Tome VII, page 420.

que régalité doit régner entre les villes et les régions comme entre les citoyens. Ce que nous appelons aujourd'hui renseignement secondaire comprenait les Instituts ; il y en aurait eu un environ par département. Le projet prévoyait une école secondaire par district (notre enseignement primaire supérieur) et enfin une école primaire par commune.

Les professeurs des Lycées sont nommés par la Société Nationale des Sciences (à peu près rinstitut actuel) et les autres maîtres sont choisis par les conseils généraux des communes, les corps municipaux ou les pères de famille sur des listes dressées par les professeurs du degré immédiatement supérieur. Le système était bon, car il permettait de s'assurer des hommes non seulement compétents mais encore, comme le demande Condorcet, convenant à leurs postes « par des circonstances personnelles et locales ».

Les professeurs étaient payés non par les élèves mais par le Trésor public. L'enseignement était donc gratuit et la Nation se chargeait d'entretenir auprès des Instituts ou des Lycées un certain nombre d'enfants pauvres : les élèves de la patrie.

Toute liberté était d'ailleurs laissée pour le choix de l'institution dans laquelle, à défaut des parents, l'éducation des élèves serait complétée et leur subsistance assurée. Ces institutions pouvaient créer des cours particuliers comme aussi des professeurs indépendants pouvaient s'installer à côté des professeurs officiels.

L'enseignement devait être une profession permanente : les professeurs ne formaient point un corps spécial.

Tout le monde peut donc enseigner, sauf une exception, le professorat est incompatible avec les fonctions ecclésiastiques. Ce n'est d'ailleurs que l'application de la règle qui interdit au maître toute autre occupation; caries prêtres qui ne seraient pas chargés d une fonction ecclésiastique seraient admis à professer à condition de ne point former unecaste. Les moines étaient donc aufondseulsécartéspour le cas où ils se seraient reconstitués en Congrégations.

On voit combien sont intéressantes les idées de Condorcet en cea matières. Tout ce que Ton tente aujourdMiui est Tapplication de ses théories. Sur un point même Fécrivain est encore très en avance : réducatiou des femmes. Condorcet est un ardent féministe, puisque il se prononce pour l'admission des femmes au droit de cité. Dès 1788, dans son important Essai sur les Assemblées provinciales, il disait à propos de l'organisation de Tinstruction publique : € On propose une éducation commune aux hommes et aux femmes, parce que on ne voit pas de raison pour la rendre diiïé rente ; on ne voit pas par quel motif Tun des deux sexes se réserverait exclusivement certaines connaissances; on ne voit pas pourquoi celles qui sont utiles généralement à tout être sensible et capable de raisonne^ ment ne seraient pas également enseignées à tous ».

Condorcet voyait surtout cet avantage que les mères de famille pourraient, en l'absence du père occupé au dehors, surveiller l'éducalion des enfants. En général^rinstriiction primaire suffira à ce rôle, La troisième République a ilonc réalisé sur ce point les désirs de Condorcet, et l'expérience semble prouver que, tout au moins dans les campagnes, les lillettes profitent mieux de l'école que les garçons.

Les femmes ne suivront tiabituellement que les cours de Técole primaire. Mais il faut qu'il soit permis à celles qui seraient heureusement douées de parcourir le cercle entier des connaissances. L'écrivain avait auprès de lui le vivant exemple de ce que peut rintelligence féminine. Nous avons déjà dit que la Marquise de Condorcet avait une culture supérieure. Elle fut pour son mari une précieuse collaboratrice dans ses travaux littéraires et politiques. Elle publia après sa mort de curieux travaux sur la philosophie d'Adam Smith. Et cependant les réela-

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mations de Condorceten faveur de llnstructioa supérieure des femmes sont fort modérées. Il n'a jamais soutenu l'égalité intellectuelle des deux sexes. Les femmes instruites, même si elles ne sont pas capables des découvertes qui exigent « une longue méditation et une force de tête extraordinaire », pourront s'occuper « de ces observations qui demandent une exactitude presque minutieuse, une grande patience, une vie sédentaire et réglée. » Peut-être aussi seront-elles plus aptes que les hommes à composer des livres élémentaires, « plus disposées par leur aimable flexibilité à se proportionner à Tesprit des enfants qu'elles ont observé dans un âge moins avancé et dont elles ont suivi le développement avec un intérêt plus tendre ». L'auteur prévoit d'ailleurs toutes les objections, même celles de l'ordre physique le plus délicat (1).

Il importe que la femme soit instruite, non seulement pour qu'elle surveille l'éducation des enfants, mais aussi pour que l'égalité règne dans la famille, entre le frère et la sœur, le mari et la femme, la mère et le fils. « L'égalité est partout,mais surtout dans la famille, le premier élément de la félicité, de la paix et des vertus ». De plus, si l'homme trouve dans sa femme une compagne qui s'intéresse à ses travaux intellectuels et à ses lectures, il n'oubliera pas ce qu'il a appris à l'école.

L'éducation commune,telle que la comprend Condorcet, est aussi l'éducation en commun. Il la croit profondément moralisatrice. « Cette réunion des deux sexes ou en public ou sous les yeux d'un maître est le seul moyen de détruire les habitudes honteuses qui souillent les mœurs de presque tous les peuples (2) ». Il revient dans le premier Mémoire, sur cette raison de moralité. D'ailleurs la séparation ne serait pas possible pour les écoles de village, les enfants se

(1) Esquisse. — Œuvres, tome VI, page 632.

(2) Essai sur les Assemblées provinciales. — Œuvres, tome VIII, page 474.

or

retrouvant et se mêlant après la classe. Et si Ton s'effraie de cette promiscuité, nous dit Condorcet, bon psychologue, c'est moins par crainte d'une dépravation des mœurs, que pour éviter des alliances inégales, suites des liaisons formées à l'école.

L'écrivain pensait que l'éducation commune aux enfants des différentes classes est un bon moyen de plier les mœurs aux habitudes égalitaires ; cette idée est reprise aujourd'hui par de nombreux pédagogues. Or il n'est pas douteux, et Condorcet l'a très fmement remarqué, que la tentative sera vaine si elle ne s'exerce pas sur les femmes. Leur influence sur les mœurs est prépondérante ; et plus fréquemment que les hommes elles ont sur les inégalités sociales des idées ridicules et parfois odieuses. ^

Mais <( l'instruction nécessairement prolongée au-delà de co

l'enfance ne sera-t-elle pas écoutée avec trop de distraction "^

par des êtres occupés d'intérêts plus vifs et plus touchants, ^

se demande le bon Condorcet ». Il est confiant. « Si ces S2,

distractions sont un mal, il sera plus que compensé par c^

l'émulation qu'inspirera le désir de mériter l'estime de la S

personne aimée, d'obtenir celle de sa famille ». Il serait ijl.

peut-être imprudent de trop compter sur les succès scolaires pour emporter le cœur des jeunes filles et Técri- h^ vain s'illusionne sans doute. L'amour des belles irait bien ^ quelquefois aux paresseux et aux imbéciles. i*f

Les idées de Condorcet, sur ce point, n'ont pas gagné S

beaucoup de terrain depuis cent ans. Lorsque des éduca- •^

teurs hardis ont essayé de les appliquer, ils n'ont rencontré 3^

que des railleries môme dans les rangs des partis avancés. ^~

L'éducation en commun fonctionne cependant dans un très grand nombre d'écoles américaines et donne de bons résultats .

Le rapport à l'Assemblée législative est d'ailleurs beaucoup plus timide que les Mémoires ; il se borne à demander que dans les villages où il n'y aura qu'une seule école, les enfants des deux sexes y soient admis. Lorsqu'il sera pos-

sible d'avoir deux écoles, Tune d'elles sera confiée à une institutrice et les enfants des deux sexes seront séparés. « Telle est, dit Condorcet, la seule disposition relative à l'instruction des femmes qui fasse partie de notre travail ». La question devait être examinée de nouveau ; il est probable que les idées de notre écrivain n'avaient pas encore triomphé à la Commission ; mais il ne les avait pas personnellement abandonnées puisqu'il y revint encore dans V Esquisse des Progrès de l'Esprit humain écrite pendant sa proscription (1).

CONDORCET ECONOMISTE

Condorcet a souvent abordé les problèmes économiques ; il y était d'ailleurs singulièrement préparé. Sa compétence en matière financière était réelle. A plusieurs reprises il fut chargé de travaux importants qui lui donnèrent le sens de la pratique des affaires . C'est ainsi qu'il prit une part active à la réorganisation du système des poids et mesures. Il fut appelé avec quelques-uns de ses collègues de l'Académie des sciences à donner son avis sur la réforme du cadastre de la Haute-Guyenne et il rédigea le rapport de la commission. Loin de vivre enfermé dans des études abstraites, Condorcet s'est toujours intéressé à leur application aux travaux publics. En 1780, il publia une critique du canal de Picardie, canal souterrain alors en projet, où il mettait le public en garde contre les charlatans qui cherchent à l'éblouir par des travaux difficiles plus que par des travaux utiles (2).

(1) Esquisse. Œuvres, tome VI, p. 264.

(2) Les adversaires du projet étaient accusés dans les feuilles du temps d'être des traîtres vendus à l'Angleterre . Déjà!

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