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Condorcet fut un physiocrate déterminé. Son esprit logique devait être séduit par rapparerite rigueur du système. D'ailleurs n'avait-il pas avec lui l'iiomme dont l^opinton avait en ces matières le plus de poids, son ami Turgot. Du reste, soit que la pratique des adaires eût adouci son intransigeance, soit que sa situation officielle l'empèch^U de s'expliquer aussi ouvertement^ Turgot fut un physiocrate beau coup moins absolu et beaucoup moins ardent. Peut-être n'aurait-il pas été aussi injuste envers Colbert que Con dorcet a trop rabaissé à cause de son système douanier et des entraves qu'il mit au développement de l'industrie sous prétest te de la protéger.
Economiste, notre écrivain fut donc un libre-échangiste radical, il regarde (' les traités de commerce comme nuisibles en eux-mêmes t), La liberté, l'égalité entre les nations, même à regard de celles qui sont le plus prol\ibilives lui paraît le seul parti rigoureusement juste a puisque tout autre moyen a nécessairement l'eiïet d'obiiger les citoyens ou à vendre meilleur marché ou bien â acheter plus cher, ce qui est égaiement injuste a leur égard (1) >i.
IL consacra une importante brochure au commerce des blés dans laquelle il attaquait particulièrement les idées de Neeker" et il resta constamment Adèle à ces idées. En ildd, des troubles étant survenus au sujet de la libre cir culation des subsistances, il s'etïorçadans la Chronique du Mois de démontrer que la liberté était encore la plus sûre garantie contre la famine.
Une remarque assez curieuse s'impose ici : les principes auxquels obéissaient les physiocrates libre-échangistes du xvni^ siècle sont ceux là môme au nom desquels on
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(1) Lettre R fVnn hourgeoiR de New-Havtmi tome IX, p, 32,
réclame aujourd'hui une protection énergique. Les prohibitifs d'alors reprochaient aux producteurs et aux marchands de blé d'affamer le peuple : ils niaient presque le droit de propriété. C'était pour augmenter, ou plutôt pour régulariser le prix du blé tantôt avili, tantôt exorbitant que les physiocrates réclamaient la liberté du commerce ; ils voulaient que le blé pût sortir du royaume. Aujourd'hui c'est encore pour augmenter, ou plutôt pour régulariser, le prix du blé que les agriculteurs réclament îa protection douanière ; ils veulent empêcher le blé étranger d'entrer. Et certains libre échangistes démagogues les accusent xi'affamer le peuple. Cet exemple qui n'est pas unique nous prouve qu'il faut soigneusement distinguer les principes immuables, mais rares, des procédés d'application, si souvent confondus avec eux, quand ils forment une doctrine, et qui varient selon les nécessités du temps.
Condorcet, est-il nécessaire de le dire, salua d'un cri de joie l'abolition des corvées féodales en 1775, et ne cessa de réclamer la suppression des maîtrises.
Ses études l'avaient particulièrement préparé à traiter les questions financières. Aussi avant même d'être représentant du peuple, il ne manquait pas de donner son avis chaque fois qu'il le jugeait utile. Il combattit énergiquement et habilement la création de deux milliards d'assignats pour acquitter la dette exigible, que soutenait Mirabeau. Après avoir indiqué les dangers de la voie dans laquelle on s'engageait en créant le papier-monnaie obligatoire, Condorcet montrait que les assignats, devant servir à l'achat des biens nationaux, éloigneraient des acquisitions les cultivateurs (( hommes simples mais défiants.» L'histoire lui a donné raison, car la vente des biens nationaux fut une opération mal faite et pour le trésor public et pour la répar-
Ution de la propriété. Député à TAssemblée législati%^e, il revint plusieurs fois sur cette question des assignats et sur les moyens de les retirer de la circulation (1). Dès 1789, il avait proposé d'échelonner la vente des biens nationaux et de baser sur ces biens un empcunt avec liypothoques spéciales ; il espérait éviter ainsi l*avilisseinent des prix,
La disette de l'argent dont il analysait avec sagacité les causes, ramena k s'occuper du problème de la monnaie. La réforme de notre système monétaire lui paraissait la conséquence logique de la réforme du système des poids et mesures à laquelle il prit part. H publia, en i79Û, une série de cinq mémoires dans lesquels la question est examinée* avec les détails les plus miniUieiix. Son étude de? tnconvénients du lii-métallisnieest si précise et si complète qu'on n'y saurait presque rien ajonler aujourd'hui. Enfin il appelait de tous ses vœux une union monétaire entre les g^rands pays de l'Europe et particulièrement entre la France et TAngleterre-
Commissaire delà Trésorerie Nationale, en 1791, il avait étudié les problèmes de la perception des recettes publiques et de la comptabilité, mais ses idées sur l'organisation et Tadministration du trésor public se rattachant étroitement à ses théories politiques, c'est avec elles que nous les étudierons.