‹ Les idées politiques des physiocrates. Avec une préf. de Maxime KovalevskyChapitre 14 sur 19 · PHYSIOCRATIE, REVOLUTION ET DÉMOCRATISME · texte numérisé non relu

PHYSIOCRATIE, REVOLUTION ET DÉMOCRATISME

caggi, des formules de ce genre étaient inscrites dans nombre de cahiers.

Au surplus, même à propos de l'article 2 de la Déclaration, dont le texte pourrait paraître emprunté à des écrits physiocratiquesde beaucoup antérieurs à 1789, M. Giintzberg écrit que l'on aurait tort de vouloir résoudre la question des origines de la Déclaration en se basant sur la ressemblance entre la rédaction de son texte et le langage des physiocrates : pour lui, cette analogie serait une simple conséquence du développement des théories du droit naturel, développement ayant contribué à former une terminologie universellement répandue au xviiie siècle, tant en Europe qu'en Amérique (1). Il n'en reste pas moins vrai que les écrits des physiocrates ont puissamment contribué à répandre la connaissance du droit naturel.

Ne fut-ce qu'à ce point de vue, on ne saurait donc contester leur influence sur la Déclaration. Mais, à force de vouloir établir le « rôle prépondérant » de l'école physiocralique, M. Marcaggi ne se montre pas toujours assez circonspect dans le choix de ses arguments (2).

11 est bien obligé de reconnaître que la liberté individuelle était, pour les physiocrates, surtout la liberté du travail. Mais il croit pouvoir ajouter : « Quoi d'étonnant si ceux-ci négligent un peu les déductions pour ainsi dire purement philosophiques de leur doctrine : n'ont-ils pas parmi leurs contemporains des hommes de génie qui ont pris à cœur de les suppléer dans cette tâche. C'était en effet l'époque où Voltaire

(1) B. GuNTZBERO, op. cit.j p. 143.

(2) C'est ainsi qu'il rappelle, pour justifîtr sa thèse, les lettres de Turgot sur la tolérance, en oubliant que ces lettres ont été écrites en 1753-1754 et qu'elles sont, par conséquent, antérieures au mouvement physiocratique, dont le début date seulement de 1756.

Gheinisse H

et les Encyclopédistes se faisaient les apôtres de la liberté sous toutes ses formes. Les Physiocrates pouvaient donc, dans une certaine mesure, se tenir à l'écart du domaine philosophique puisque les Philosophes proprement dits, d'un ton résolument agressif, battaient en brèche les vieux préjugés et les vieilles institutions » (1). J'avoue ne pas comprendre cette sorte de division tacite du travail que suppose M. Marcaggi et qui aurait permis aux physiocrates de s'en remettre à d'autres du soin de développer les conséquences politiques de leur doctrine.

Mais voici un autre argument sur lequel croit pouvoir s'appuyer M. Marcaggi. « Tout concourt, d'ailleurs » , écritil, « à mettre en pleine lumière le rôle des Physiocrates puisqu'il appartenait, comme nous le verrons, au fils du précurseur de Quesnay, à Mirabeau, d'être le principal rédacteur de la Déclaration de 1789 » (2). M. Marcaggi reconnaît, il est vrai, qu'ici, moins que partout ailleurs, on ne saurait conclure des idées du père à celles du fils, mais il estime que le comte de Mirabeau a, dans une large mesure, subi l'influence de son père.

Eh bien ! 11 est vraiment regrettable que M. Marcaggi n'ait pas eu connaissance de la critique de la Déclaration des droits de Virginie, rédigée par le marquis de Mirabeau.

Quoique incomplet, ce document montre combien les idées de la liberté politique et de la souveraineté nationale étaient étrangères à son auteur. A propos de l'article P"" de la Déclaration, il écrit : « Je demande si ce n'est pas se dévoyef dès le début... que de dire tous les hommes naissent également libres et indépendants * (3). L'article 2, qui proclame le prin-

(1) Margàgôi, 2® éd., p. 142-143.

(2) Marcaggi, p. 166.

(3) Dans une lettre à son frère, le bailli, datée du 26 avril 1788

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