‹ Les idées religieuses de Plutarque [microform]Chapitre 14 sur 20 · C.IIAPIiJlK VIII l'afoiogéiiql'f de fll-tarque · texte numérisé non relu

C.IIAPIiJlK VIII l'afoiogéiiql'f de fll-tarque

LES OliJKCTIONS A LA RKIIGION GRECQUE. lA RÉFrTATI(;N

« Brasidas, dit-on, ayant retiré la lïOche donl il a\aiL Hé blessC* s'en servit pour frapper son agresseur, et l'en tna (1).» Cette liennMiso riposte excite cà juste titre l'admiration de Plutarcjne ; aussi nai^uat-il pas autreuR-nt que Brasidas ; car il retournera le plus sr>uvent possible contre ses adversaires les arguments qu'on oppose à sa foi

sans nuages.

Que l'histoire des dieux soit un tissu de faits cou(lauinai)les et d'inventions fort éloignées de la vraisemblance, Plutarque n'en disconvieitt pas. 11 serait d'ailleurs bien empêché de le contester, puisque son amour de l'archéologie l'a j)oussé précisément à colliger uiille récits où les dieux déllorent les vierges, poussent à Finceste pères et fdles, mères et Ji!s, sanctifient la mauvaise foi, réduisent leurs victimes au désespoir, au suicide, à la folie. Il n'ignore pns que l'initiation, (pii vaut aux hommes tant de faveurs célestes, n'est j)as une preuve de vertu (2), ni que les dieux compromettent souvent récfuilibre mental de leurs favoris en leur insoirant une fureur (pii, pour être sacrée, n'en est pas moins dangereuse. i:i pourtant il croit, il ne peut pas ne pas croire, puisque Phébus, le dieu de I^elph(^s, a marqué sa puissance en rendant au sanctuaire proj)héti(juc sa splendeur d'autrefois.

Comment donc concilier la raison et la foi ? u Facile entreprise! ont dit certains modernes, puisque la foi n'a point revêtu che?: les anciens une forme immuable et dogmatique. » Ils oublient (pu\ dans la pensée des Grecs et des Romains, comme dans leur vie, la tradition s'était fait la part du lion. La foi des pères, l'anciennt foi, termes dangereux, armes sûres contre quicontuie veut humaniser

(1) De sera ntim. vind., I, 548 B.

(2) De Audiendis Poetis, IV, 21 E.

la religion. .( Tu me parais, Pen»ptide, attaquer une question importante et épineuse ; ou plutôt tu veux remuer ce qui est immuable en nous demandant compte en détail de notre opinion sur les dieux. La foi de nos pères, l'ancienne foi, nous suffit ; on ne peut découvrir un argument j^lus puissant qu'elle... C'est le fondement, la base comnume de la piété. Si, sur un seul point, elle vacille et s'ébranle, c'est le i)loc entier qui chancelle et devient suspect (1). »

Mais cette tradition vénérable, impossible de lenqilo^'er telle (pu'lle. Sous Couleur de l'interpréter, il faucha l'épurer. Treizième travail d'ilercule ! L'allUix des divinités orientales n'était pas pour le rendre plus aisé. Leur naturalisme cynique, leurs ])roportions démesurées, leur amour (Ui sang, devaient éloigner les artistes et faire rougir les sages. Plutarque les renie, s'en écarte avec dégoût; il invective contre « ces imniigrés, produits d'une superstition barbare, conur.e les nommés Alys et Adonis, qui, se glissant chez nous par la complicité des femmes et des androgynes, recueillent indû- Uient des honneurs (2) ». Depuis longtemps Thanmiouz. le monstrueux dieu solaire aux deux sexes, à la fois < frère et sœur (c)), » auiolli jus(ju'à rle\enir un fade sou|»irant, le bellâtre pleuré î)ar les femmes, jouissait, sous le nom d'Adonis, de l'adoration des cités greccpies. Dès le (piatrième siècle, on menait son deuil à grand bruit dans les rues d'Athènes, et l'on avait tiré un fâcheux j)résage de la coïncid( nce de «^a fête avec le départ de la Hotte pour l'expédition malheureuse de Sicile (]). Plutarcpie, cependant, refuse de reconnaître un dieu si po|)ulaire et si séduisant ; cette légende scabreuse et ce culte elléminé l'indignent.

Un letrouve dans \v mvthe d'Atvs la grotte fameuse d'Adc nis ; et ses amonis avec la mère des dieux rappellent celles du dieu de Byblos avec Aplirodite. Mais son histoire se sent davantage encore de la barbarie orientale. Pour se punu' d'avoir tiompé la déesse, il se nudile et en nîeurt. Plutarque paraît ignorer cette tradition ; il connaît un Atvs, et même deux Atvs, tous deux, tomme Adonis, tués j>ar un sanglier (5). L'un de ces Atys paraît être ce fils de Crésus dont un excès de précaution causa la perte (6).

Plutarfpie ne s'arrête j-as aux fables orientales. Il ne s'efforce point, comme fera plus tard Julien, de donner un sens allégorique

(1) Amalorius, MI, 750 A.

(2) Aniatorius, XIIÎ, 756 G.

(3) Cf. Cii. Vlllay, le Culte et les fêtes d'Adonis Thammou^ dans l'Orient antique. Paris, Leroux, 1904.

(4) Mêlas, III,532BC.

(5) Sertorius, I, 508 G.

(G; Cf. Vai.kuk-Maximk, I, 7, 4 (Élrangers).

à tant crohscénités (1). Il ira(lof)lo fronclieirîent ciuc les dieux du cycle osirien, parce ((u'il respecte Tf^î^ypte, iustiUiInce des s'ii,u»s, et parce que leur culte lui paraît liautemeid moral. Kt leurs noms mèines, au reste, ne sont-ils pas grecs (2) ?

I^ompant ouvertement avec les immigrés dont la clientèle ne s'accroît (pie trop, Plularque défend ses dieux a lui, les dieux de ses pères. Il y met une ardeur toucliante et une Ix.niie toi qui force le respect. S'appuyant sur deux ou trois idcc. , (pill su,i>;^ère plutôt qu'il ne les expose, transcription inolTensi\e et, si l'on pvwi dire, orthodoxe, de systèmes proposés avant lui par des (sprits plus libres, il ne laisse pas de tâtonner dans la solution des diflicullés (pi'il aborde une par une. Systématicpie plus qu'on ne l'a dit, mais dépourvu d'une méthode sûre, parce qu'il n'ose jaîîiais se placer au cœur du problème, il revient souvent sur les mêmes objections ; mais il est rare (pi'il les réfute à deux reprises de la même façon ; et, chez lui, l'abondance des réponses traduit l'embarras j)hitôt (pie l'assurance. Ce n'est pas un esprit très lin ; il ne veut rien comprendre h demi-mot. Pour venir à bout de ses adversaires, il alTecte de prenche au sérieux toutes leurs assertions ; il confond une boutade avec une délinition, un apologue avec un théorème. Il abuse de la Iooi(|ne, mais non pas toujours pour son usage personnel. Il s'en sert pour mener à des fins étrangères les raisonnements d'antrui plus souvent que pour établir les siens propres. Mais, comme il a beaucoup lu. son argumentation laborieuse, assez souvent s'égaie d'une anecdote aimable, d'un trait de jua-urs curieux, d'un joli v^ts.

« Pn-mièrement,... dit-il, deuxièmement .. ; troisièmement... » S'y retrouvera-t-il lui-mèine ? La démonstration commence devant un cercle d'amis respectueux. « Partons, dit-il, de ce principe... » On l'écoute, mais il ne veut pas laisser perdre un niot plaisant d' Anstodème. Le mot lui rappelle l'histoire d'une jeune fille d'Élide, et il en vient à quelque rite nuptial des Luganéens. Mais il repn-nd : « Comme je vous l'avais dit... » Le temps man(|ue. La discussion languit, et bientôt tourne court. Il donne gentiment congé. L'on se retire, légèrement étourdi, charmé parfois, convaincu rarement. On admire son érudition, tout en se déliant de sa dialecticpie.

« Si les dieux font le mal, ce ne sont pas des dieux ! » Or ils 1(> font ; comment en doîiter ? Nous nous en remettons au témoignage des poètes. Mais les poètes « se servent du nom des dieux tantôt pour rapi)li(pier aux dieux iiK^nes, tantôt pour désigner certaines facultés dont les dieux sont les dispensateurs et les guides (3) ».

(<)Cf. Paul Allahd, op. cit.

(2j Cf. supra.

(3) De Audiendis Poctis, VI, 23 A.

LA REFUTATION

Plularque suppose donc assez ingénieusenicnt que rindig(>nce du vocal)ulaire priiiiitif a causé des méprises fâcheuses. D'abord l'action (hs dieux, et plus spéciale]nent de Zeus, a été confondue avec celle de la fortune ou du destin, « où réside l'élément de la cause qui ne peut être soumis au raisonnement et ne dépend pas de nous (1) ». Les dieux sont des forces raisonnables et bienveillantes ; la fortune est aveugle, et le sens de ses caprict^s nous écliappe. (Jn doit, en consé(iuence, rapporter au destin tout ce qui n'est pas susceptible d'une explication favoralde. « Partout où la morale, la raison et la vérité sont respectées, il faut entendre le nom des dieux au sens littéral (2). ^ Ainsi donc, si le i)octe nous montre Zeus préparant la gU'Tre entre Crées et Troyens. entendons-le de la fortune. S'il nous di(, plus loin, que Zeus n'aime pas la présomption, c'est l)ien de Zeus qu'il s'agit. Le ])rincipe une fois admis, l'application n'en est que trop facile. L'un des motifs pour lesquels la religion grecque ne pouvait satisfaire l'esprit était justement l'indétermination des rapj)orts de Zeus et des autres dieux avec la fortune. Phitarque, en voulant prévenir une confusion, ne fait ici qu'accuser une lacune. .

Encore les dieux, si leur action ne diiïère point de celle du destin, restent-ils transcendants, distincts du monde et de l'iiumanitè. Mais à force de parler i)ar images, les j)oètes ont pris au sérieux leurs propres métaphores. Ils veulent, — peu s'en faut, — que chacun de nous j)orte en soi ses dieux. Nos passions, nos désirs violents, nos qualités aussi, sans doute, et nos aptitudes, voilà les dieux. Ares, souillé de sang, excite à la lutte. Les sto'iciens, qui l'ont lu dans Homèn\ essaient de donner à cette assertion blas])hématoire une aj)|)arence scientifique, en l'expliquant par l'étymologie du nom : dvx'.pctv est parent d'Ares évidemment. Mais chacun n'a-t-il pas dans son âme un aiguillon, un stimulant, (jui le pousse à com- Ijattre (.i) ? Cet instinct de lutte est précisément, d'après une autre • école, ce (pi'on appelle Ares. De môme Aphrodite sera le désir, et, fort heureusement, Athèna, la sagesse. Msus a déjcà dit : « Sont-ce les dieux (pii m'insj)irent cette ardeur, Euryale ? Ou bien chacun se fait-il un dieu de sa propre passion (4) ? »

Encore (jn un langage j)areil soit pour indigner Plularque, ses propres doctrines sur ce point sont bien flottantes. Diviniser nos passions, c'est le fait d'un athée. Donc Ares n'est point la colère,

(i) De Andiendis Poelis, VI (l>) Ihid., Vl,24l^ (3j Ainalorius, XII. 7 7 A.

(4, l'Jnéide, IX, 18i-185.

l'ardeur belliqueuse. En revanche, il est le dieu préposé à cette passion qu'il peut régler, mais aussi enllamnier (1). Pure querelle de mots ; il faut l'avouer.

L'origine des passions est tellement obscure, et leur vivacité si soudaine; elles ont tant de suites effroyables, qu'on peut les comparer h ces grandes catastrophes où le vulgaire, en livniblnnt, reconnaît la main divine. Mais les poètes ne peuvent parvenir à distinguer la cause de l'effet. Ils tombent dans le même paralogisme à propos des révolutions naturelles et même du jou normal des saisons. Parce que la Providence divine veille à notre subsistance, on ne la sépare point de ses dons. « Sans s'en apercevoir, on identifie les vents, les rivières, les semences, le labour, les transformations de la terre et les changements de saisons avec la divinité, que Ton détruit ainsi (2). >> Pour faire court, Dionysos est le vin ; Iléphaïstos la flamme, et Déméter, le blé ; tout de même que l'on dit : un Platon, et non pas un ouvrage de Platon (3) : une Pnllns, el non pas une statue de Pallas (4).

Ici encore, les stoïciens, et surtout Cléanthe. ])rétent le flanc à l'accusation d'impiété. Plutarque montre fort bien, et d'ailleurs à peu de frais, comment leur système contredit aux données essentielles de la plus simple théologie : « C'est répandre des opinions dangereuses et impies que d'attribuer le nom (\v dieu à des objets insensibles, inanimés, qui disparaissent nécessairemenl du fait de nos besoins... Dieu n'est pas un être inintelligent, inanimé, à la disposition des hommes (5).

Mais enhn, d'où sortent ces dieux ? Ne les voyons-nous pas encore tout engagés dans la terre ? Et toutes les interprétations condamnées par Plutarque au nom de la raison ne sont-elles pas autorisées par la religion ? Il n'ose pousser si avant son encpiête. Mais il ôtera bien des diflicnltés encore en distinguant l;i tliéolosie de la mythologie. Les poètes ont prétendu bien plus iiuuh eliarmer que nous instruire ; et, en donnant libre carrière à leur goût de l'extraordinaire, ils ont calomnié souvent les dieux et les déesses. « La i)oésie ne fait aucun cas de la vérité ; et, même pour ceux (pii n'oiil dautre occupation que l'étude et la connaissance du réel, cette vérité, comme les poètes l'avouent eux-mêmes, n'est pas aisée du tout à saisir dans leurs œuvres (G). » Il invoque ici le témoignage de So-

(I) Amatorius, XIII, 757 D.

(2i De Iside et ihiride, LXVI, 377 D.

(3 Ibid., LX\, 379 A.

(4) Ibid., LWI, 379 C.

(5) Ibid., LXVI-LWII, 377 E.

(6) De Audiendis Poetis, II, 171).

LA REFUTATION

crate, dont il empruntera bientôt le langage familier et quelque peu méprisant à l'égard d'Homère (1).

Trop l)on (irec pour persévérer dans cette sévérité, Plutarque s'efforce le plus souvent d'interpréter le mieux du monde les passages où le père de la poésie manque de respect aux dieux : « Ce genre de leçons muettes se trouve dans Homère ; et il y a matière à méditations utiles même dans celles de ses fables que l'on blâme le plus. Les anciens les appelaient énigmes ; on les aj)j)elle maintenant allégories ; mais (luekpies-uns en forcent le sens (2)... »

L'interprétation allégoiicpie s'impose donc, et quoi qu'on en ait. Plutarque va-t-il marcher sur les brisées des stoïciens, qui ne voyaient dans In mythologie qu'une cosmogonie parée de noms éclatants ? On peut le croire un moment ; car, à propos d'une sorte de déluge (pii, jadis, éprouva la Béotie, il rapporte que Zens est le feu, et Héra l'air humide ; ainsi l'union de ces deux divinités symbolise la sérénité de laLmosphère, tandis que leur désaccord représenterait le trouble des éléments (3).

Mieux vaut encore admettre cette hypothèse que d'imaginer que Zens, pour picfuer la jalousie de sa femme, se fit une hancée de bois, (priléia reçut à grands éclats de rire (4). ]\lais c'est en passant que Plutarque propose cette explication naturaliste d'une fable burlesque. Malgré ses prétentions à l'universalité, le système du monde l'intéresse peu. Il no s'(>fTorce guère de comprendre la nature ; et, pas plus ({u'à Socrate, les arbres ne lui aj)prennent quckpie chose (5). Les études solitaires et continues ne sont point son fait ; s'il s'instruit, c'est j)our i)artager avec des élèves respectueux ses connaissances nouvelles, au fur et cà mesure qu'il les acquiert. Tourné constamment vers l'amélioration des honmies, il ne conçoit guère qu'un sage puisse avoir un autre objet en vue. Indifférent à la philosophie naturelle, encore que la tradition l'oblige d'en affecter quelque tein-

(1) De Audiendis Poelis, IV, 20 E : IvjOj;, e: [îoûXei, 7:pô; liç 'Oar.c-./.x; Tôjv Ocôiv C'.^îii;... (( OiaOa xa\ a/.Àov |j.'j9ov àasivova louoc vof^oat »... xai vocï; vr) A''a xat Xs'vc'.; xpitxTOv... /.xÀ. Cf. liêpuldique. Il, 378 D : « ''Hpa; oà Ô£a;j.où;u;:ô uU'oç, xat 'Hçoc^'aTOu f l'Ict; unô ::aTpoç, où ;:acao£xT£Ov... )) ci République, X, 599 D: « ^iicp''X£ "OjJ.r,pc... "/c'yc f,jj.rv,T''; twv -oÀsojv otâ as [îiÀTtov f*ô/.r,aîv,,. » Cette sévérité à l'égard des poètes, et surtout (rilonière, était à la mode. Cf. Dion, \1 {<Jue Troie /t'a pas élc prise), où l'auteur déelare qu'il veut rélablir riionneiir (les (lieux compromis par les fictions [)oéti([ues (IS-iU), etsiirloiit, dans l'Olympique (Mh, les remar(pies ironirpies sur la sa'i^csse divine d'Hoiuère (212 1) I et l'apostrophe de Phidias au grand poète (215 C).

(2) Ibid., I\, 19 K.

(3) llîpt T'ov £v IIXaTa'.ai; AaiîâXojv, \ 11.

(4) Ihîd., \ 1.

(5) Phèdre, 2;^U 1) : rx [xàv ojv /yyp'OL /tat ta oivopa oùoev a' lùiXii oi6âay.£iv...

ture, il consentira que les dieux symbolisent des idées morales, ou, si Ton veut, des forces spiritiu^llc^^. Tl redoutera toujours de les mettre en rapport trop intime avec la matière.

A d'autres de supposer qu'Athèna représente l'air, dont les profondeurs bleues lui valent ré[)ithète de Glaucopis (1), dr [uendre Ares pour une planète, lléphaïstos pour le feu. Ce qu'établissent les amours d'Aphrodite et d'Ares, n'est-ro pns le danger d'uiu' musique langoureuse et la fâcheuse inlluence sur les minirs tliin ;iit hoj) relâché (2)? L'on veut ([u'IIarpoerate, le doii^l sur la bouche, soit im dieu enfant et jiersonnilie la végétation commençante {'A). Non ! cette pose indique tout simplement les avantages du sileiiee et de la discrétion (4). De même, si Cécrops est figuré comme un dragon a face humaine, ce n'est pas que les Athéniens aient jamais vu jxaii- prince un pareil monstre ; cette forme contradictoire est le signe de la conversion de ce roi (pii, de vulgaire tyran, devint juste et saint {?)).

Plutarque sourit de la subtilité qu'on a dépensée pour expliquer rationnellement la querelle d'Osiris et de Tvphon. Typhon, pour les commentateurs, c'est tout à tour r()nd)re de la terre sur la Inné, la sécheresse, le vent, la mer. Aucune de ces thèses, prises en soi, n'est satisfaisante. Tyj)hon, c'est le mal, la destruction (G).

Bien des gens, enlin, prennent A[)ollon pour le soleil, qui n'est que son image imparfaite. C'est diminuer singulièrement sa puissance (7). 11 est vrai que l'éclat et la bienfaisance de cet astre nous donnent cpielque idée de la majesté, de la gloire et de la bonté divine. Rien de plus. Car les vicissitudes perpétuelles de la nature, sa mort apparente et ses renaissances successives, ne peuvent convenir à l'immortalité, pas plus qu'à lincorruptibilité divine.

Plutarque s'attache donc à maintenir la réalité des personnes divines. Les Olympiens ne sont ni de simples appellations, ni des forces purement naturelles, ni des princi[)es abstraits. Ils sont, dans toute la plénitude du terme; ils existent par eux-mêmes ; ils ont une vie indépendante du inonde, auquel, d'ailleurs, ils s'intéressent. Bien disposés pour nous, ils veulent et assurent le bonheur des hommes. Mais comment concilier ces vues avec la tradition (pii si souvent y contredit ?

(1) Cf. DioDOiu: DE Sicile, I, L2, 8. ci) De Audiendis Poelis. IV. IDE.

(3) Ces deux interprétations ne sont pas forcément complémentaires, comme senil)l(; rin(li([ii(^r IMulai'ipie. (i) De hide et Osiride, L\\ lii, ;n8G.

(5) De sera num. vind., VJ, 551 E.

(6) De hide et Osiride, \LV. 369 A.

(7) De El apiid Delphos, \XI, 31i3 Cl).

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