‹ Les idées religieuses de Plutarque [microform]Chapitre 15 sur 20 · LA DOCTRLNE DE PLUTARQUE LES DIEUX · texte numérisé non relu

LA DOCTRLNE DE PLUTARQUE LES DIEUX

Ce qui fait de Plutarque, en dépit de ses petitesses, un des esprits les plus sincèrement et les plus profondément religieux qui aient parn, eest l'empire qu'eurent sur lui les préoccupations morales. 11 fait donc un grand effort, iniiniment touchant, pour concilier les caprices et certains privilèges de ses dieux avec cette morale (pi'il a tellement à cœur. Mais il ne veut pas avouer que la conception rationnelle de la théologie a forcément évolué. De là des contradictions. 11 assure (]ue les récits des poètes sont faux, puis il y cherche une âme de vérité. Tantôt il ne voit dans les descriptions des enfers que contes de bonnes femmes, tantôt il renchérit sur leur horreur. Parfois il projette au dehors la confusion de son esprit et prétend que, sous les noms des dieux, on veut désigner tantôt les dieux mêmes, et tantôt ce (pii dépend d'eux.

Ce n'est donc pohit une shnple formule de modestie dont il se sert ; mais il exprime un sentiment bien sincère en déclarant qu'il faut chercher « un moyen de ])uritication » dans la pieuse retenue des académiciens et qu'il est dangereux, n'étant |(iu'un homme, de |)rétendre pénétrer les choses divines (1). Aussi nous laisse-t-il dans l'incertitude, ijeut-ôtre pour y être resté lui-même, sur un point essentiel : l'unité de Dieu. Car, sans doute, il emploie le singulier avec une comj)laisance mar(puV% cpiand il parle de la divinité ; il afiirme même à diverses reprises avec énergie qu'il ne peut y avoir (pi'un dieu (2). Mais ailleurs il fait allusion aux prérogatives que les dieux se sont partagées et paraît considérer Zeus, Ares, Apollon, comme autant de ])ersonnalités distinctes (3).

(1) De sera nnm. vind.. IV, 549 E.

(2) De Iside et Osiride, LX\ 11, 377 F ; De d apud Delphos, XX, 393 C,

(3) De Tranqiiillitate aninii, \U. 47':^ A.

On peut afTirmer, tout compte fait, que, de façon générale, la tendance monothéiste l'emporte dans son esprit. « Une raison unique, dit-il, organise le monde ; une Providence unicjue veille sur lui, et des puissances subalternes y sont préposées (1). » I/intellioence, la raison de Dieu a été déterminée par le mouvoment à la production du monde, comme le fait entendre la fable égyptienne, qui représente Isis rendant à Zeus la liberté de ses jambes auparavnîif collées à son corps (2). On peut dire avec Platon, par niélaj)h()re, (pie le monde est né de Dieu, non que Dieu Tait eni^endré lui-même ou tiré du néant, mais en ce sens (pi'il Fa formé d'uiu^ matière préexistante (3). L'ordre établi dans ce chaos s'esL manifesté par hi naissance de la terre, de la mer, du ciel, des astres, des planètes, des animaux, bref des êtres et des objets de toute espèce (1).

Plutarciue n'ajoute rien, sans doute, à l'énumèraticui des j)erfeclions (Uviues que Phiton nous a laissée. 11 répète, aî)rès lui, que Dieu, père et créateur cki monde et de tout ce qui naît, est lui-même éternel et non engendré (5). Mais il parle de Dieu plus tendrement : il se sent plus près de lui et retrouve plus volontiers sa maiu dans les moindres détails. Cette (htTèrence d'accent est touchante et «louue à rexj)ositi()n de sa doctrine assez de v^ie.

Commeon voit, il emploie sensil)lement les mêmes termes (pi'Anaxagore pour dèlinir les rapports de l'intelligence divine avec le monde : ivoç Àôyou xotij-oOvto;... vouç xai Inyo; tou Osoîî. Sans nous perdre dans les dissertations matliènuiticpies où Plutanpie se révèle le dii^ue élève du maître de l'Académie et le disciple enthousiaste des pythagoriciens, retenons (jne Tessence mênu' de la divinité est la perfection do Têtre. « Tu es ! ». C'est le salut (pie lua adresse au dieu de Delphes en reconnaissance de son sage conseil : yvÔjOt '7ao-:ôv(6).

Dieu seul est ; car « nous ne participons pas réellement à l'être ; toute substance mortelle, placée entre la naissance et la mort, ne produit ([u'un fantôme, une apparence obscure et incertaine... On ne peut pas plus la saisir deux fois dans le même étal cpie se baigner deux fois dans le même lleuve, suivant le mot d'Heraclite (7). » Notre vie n'est qu'une suite de changements ou plutôt de morts perpétuelles. PliysiquenuMit, on est entant, adolescent, jeune homme, homme fait, vieillard, et chacun de ces états enq)iète sur le suivant.

{{) De Ulde cl Osiriilc, L\Mi, ;{T7 F.

(-2) Ibid., LXII, :^TGC.

(3) De anim:c ftrocreatione, \, lOllA.

(i) Ihitl., M, 1014 i:.

(IS) Symposiacii, VIII, 1, 3, 7 ISA.

(6) De d apud Delplios, W II, 'MH A.

(7) Ibid., Wlll. 39t>IJ.

LES DIEUX

en sorte qu'il contient son contraire par avance. Moralement, on aime aujourd'hui ce (ju'on détestera demain.

11 faut, j)our avoir une idée de Dieu, concevoir le contraire de cette existence prétendue. « Qu'est-ce qui est réellement ? L'être éternel sans commencement et sans fin, pour qui le temps n'amène aucun changement (1). » On reconnaît tout de suite l'esprit de Platon dans cette distinction, établie avec tant d'insistance, entre rapparence et la réalité, comme dans l'assimilation de l'être pur à iunitè. Dire à Dieu <( Tu es ! », c'est le définir sulTisamment. Mais oa pourrait aussi lui dire, comme quelques anciens : « Tu es un ! ». Cnr " il faut nécessairement cfue ce qui est soit un, et que ce qui est un soit (2). »

On pourrait ajouter : « Ce qui est un ne peut pas ne pas être heureux. » Dieu est toujours heureux parce qu'il contemple toujours ic> icalilés éternelles. Tel est le sens de la formule platonicienne, d'après laquelle il s'occupe toujours de géométrie. Car l'objet propre dr la géométrie n'est autre que ces substances spirituelles dont la contemplation constante fait de Dieu un être divin (3). Science et mouv^ement. Dieu possède éminemment ces deux attributs, dont il liie son appellation même (4). Heureux par sa science, il Test encore par son activité bienfoisnnte. Plutarque, à la vérité, n'approfondit pas ce dernier point, encore ((u'il ne fût pas malaisé de le rattacher à la doctrine de l'Académie ; mais il l'indique dans une intention pliitôl morale (pu' mètaphysicpie (5).

Il ne s'agit |)as, comme on voit, dètahlir l'existence de Dieu, mais plutôt de prévenir ou de réfuter certaines erreurs relatives à sa nntnre et à ses mnnifestations. Plutarque, en elïet, ne paraît pas se soucier beaucoup du péril de rathéisme proprement dit. La beauté et Tliarmonie du monde attestent trop évidemment une cause intelligente, cause eHiciente et linale à la fois, comme le veut encore Platon. Si tt)uL nest j)as parfait, tout est pour le mieux : « Ne voyant rien à reprendre dans le ciel ni dans les astres, rien d'excessif on de discordant dans les saisons, dans les révolutions de la lune ou dans les mouvements du soleil autour de la terre, qui produisent le jour et la nuit, dans la croissance des animaux ou la production des fruits, les hommes ont condamné l'athéisme (6). »

(1) De il apud Delphos, \IX. 392 1).

(2j Ihid., IWMl W Cf. .1. Cm VALiKR, op. cit., p. 97. (3) Symposiaca, Mil. 2, 1, 718 Cl).

{A) De Iside et Osiride, L\, .375 G : ... wittes to!; OcoT; rÎTiv àr:ô Ôucîv ypa{A[xiTojv tou GaaToû xaï to'j Oiovxo; éar'tv ovo;j.a xotvov...

(5) Ad Prinripcin Inrrndiium. III. 781 A.

(6) De Superstitione, Ml. 171 A.

Dieu, créateur et conservateur du monde (1), y fait régner Tharmonie. Il l'a disposé de la façon la meilleure et la plus proj)re à garantir la conservation de tout ce qui naît (2). Les hommes ne peuvent être exclus de cette bienveillance universelle, puisqu'il se dit leur ami ; et non pas celui des oiseaux ou d'autres animaux (.'5). Pour marquer les privilèges qu'ils doivent à cette alTection pati'rnelle, Pliitarque suit de préférence Xénoi)li()n, (|ui excelle à nous inspirer, par des arguments faciles cà saisir, une piété familière et douce. « Dis-moi, Eutliydéme, t'est-il arrivé déjà, disait Socrate, de réfléchir au soin que les dieux prennent d(> Thnmanité ? » Et, sur la réponse négative de son interlocuteur, il lui montrait comment le retour des saisons régit notre existence, comment, dans la nature, tout est disposé pour notre bien-être et notre commodité, comment tout nous sert, des astres aux animaux (4). 11 faisait voir en la Providence la créatrice de l'ordre civil, et il insisfaif sur cette sollicitude perpétuelle dont elle nous donne des manjues frécpientes, en nous révélant, par exemple, l'issue des entre|)rises où nous désirons nous engager. lui même temps, il mettait en garde celui (|u'il voulait convertir contre le péril de s'arrêter aux choses visibles et de ne pas s'élever plus haut pour contempler, au delà de ces images imparfaites, leur modèle et leur auteur, accessible à la seule intelligence (5).

Plutarque, esprit d'ailleurs plus gracieux et plus orné que Xénophon, avait des afïinités évidentes avec celui-ci. Leur caractère commun est de redescendre volontiers sur la terre ; ils ne s'abandonnent guère aux spéculations que le tenqis d'en tirer une leçon de conduite pratique.

Les idées exprimées dans le chapitre des Mrinorablcs (pie nous venons de résumer se trouvent développées cent fois dans les cruvres de Plutarque, avec l'abondance d'exemples habituelle à notre auteur. « La divinité, dit-il, est portée, par sa nature même, à nous faire plaisir et à nous aider ; la colère et la malfaisance ne sont point son fait (()). » Aussi les dieux ont-ils reçu les api)i>lla lions de Donateur, de Propice, de Préservateur (7), de Sauveur. Lnn, par son patronage, ennoblit l'hospitalité ; l'autre descend du ciel en personne pour faire régner Tordre sur terre ; l'autre rend le sol ïcr-

(l) Qim'sliones platonicT, II, 1, 1000 K.

{"1) De animx procrealione..., XWIII, lO.'IOC.

(8) De Genio Socralis, Wlll, 5îK-{ A.

(4) Mémorables, IV, il

(o) lhi(L, IV, :L

(()) Non posse siiaviter vivi..., XML 11():>E.

(7) If>iil.

LES DIEUX

tile. Dans les enfers même, c'est la douceur et l'humanité d'Hadès qui retiennent les âmes (1). ■ '

11 fut un temps où les dieux s'intéressaient particulièrement aux rois ; c'est alors qu'Homère appelait les princes nourrissons de Zeus et Minos, son confident (2). Alors aussi les oracles ne daignaient guère répondre cpf aux hommes constitués en dignité, qui venaient les interroger sur de hauts intérêts d'État (3). Mais aujourd'hui les j)lus humbles citoyens vont consulter Phébus sur l'achat d'un cheval, d'un l'sclave, ou la conclusion d'affaires d'aussi peu d'importance (4). Un lui pose même parfois des questions fort indiscrètes ; et, par exemple, on lui demande si l'on ne va pas découvrir un trésor ou faire un héritage : voire, on veut l'intéresser à des unions illégitimes (5). 1ant de simplicité ne l'offense pas ; il persévère dans sa complaisance et sa longanimité.

11 sulhl donc de regarder autour de soi pour voir à l'œuvre cette Providence (pii, comme une mère attentive et tendre, fait tout pour nous. Alors, on s'a|)ercevra qu'on ne saurait avoir assez de reconnaissance envers le dieu qui nous a donné la naissance, la nourriture, l'être et la raison (0). Les barbares adorent par crainte ce qui peut leur nuire (7) ; ainsi font les Médes et les Assyriens (8), les Juifs et les Syriens (0). Les hommes civilisés rendent premièrement à Dieu son amour. Mais il est inq)()ssible de connaître Dieu directement, aussi bien que de regarder le soleil en face sans en être ébloui. Nous devons donc mettre à jirofit tous les intermédiaires qui nouspermettent de nous en faire une idée approchée.

Parmi ces intermédiaires, il faut ranger d'abord les astres et les planètes. Pliilanpie croit, avec Platon, que chaque monde est animé. Autant d'àmes, par conséquent, auxquelles il est légitime de rendre un ciille. Il se fâche contre les stoïciens, qui semblent méconnaître le caractère divin de la lune v[ le respect qu'on lui doit (10). « Le nom (\v la terre est cher et honorable à tous les Grecs, et c'est une tradition pour nous de la vénérer comme une autre divinité. Mais il s'en faut de beaucoup que nous considérions la lune, cette terre céleste, connue un corps sans âme, sans intelligence, hidigne de

{{) De Superstilione, XIII, 171 D ; cf. Cratyle, 403-404. (!2) Pfùl. esse cuni Principilxis, 1. 776 K.

(3) De l'ythue Oracalis, \\\\. 4(17 i).

(4) Ihid.

(5) De Defectu oraculorum, VII, 413 D.

(6) Ihid., VII, 413 G.

(7) De Facie in orbe Lana\ \\I. 035 lî.

(8) Ibid.

{9) De Stoicoriim Uepinj., WWTIl, f0:;iE; De Supersfitione, \. 170G. (lOj De Furie in orbe Lame, \\1, 035 B.

participer aux biens dont il convient d'offrir les prémices aux dieux. Nous obéissons aux lois en lui rendant les bienfaits qu'elle nous dispense ; mais, comme il est naturel, nous adorons ce qui nous paraît supérieur à elle en vertu et en puissanceet digne de plus d'égards (1). »

On perdra toute envie de railler le culte de Plularque pour les planètes, si Ton se souvient que la Terre, sous le titre de Grand Fétiche, tint plus tard une place dans la religion fondée par Auguste Comte. Mais il ne s'arrête pas en si bon chemin et juslilie même la zoolàtrie. Après en avoir proposé diverses explications historiques, dont l'une serait à rapprocher du système lotémiste (2), il considère l'utilité des animaux et leur caractère symbolique. Le bœuf, la brebis, l'ichneumon, le chien nous rendent de tels services que la reconnaissance à leur égard s'impose. Mais l'aspic, l:i belette et le scarabée sont également adorés des Égyptiens. C'est qne l'on croit voir en eux une image obscure de la divinité, comme un ravon de soleil dans une flaque d'eau (3). L'un ne vieillit pas, ce qui le rend comparable à un astre ; la reproduction des deux autres a quelque chose de singulier qui raj)pelle, soit la naissance de la parole, soit la génération divine elle-même. Il n'est pas juscprau crocodile où Dieu ne se soit peint, })our autant qne, semblable h la raison suprême, il se passe de langue et peut voir sans être vu (4).

On sera tenté de trouver ces rapprochements un non forcés. Mais, si l'on admet, comme font les pythagoriciens, quun nombre, une figure géométrique soit l'image de Dieu, si l'on révère une simple statue, comment se croire humilié d'honorer « une substance qui vit, qui voit, qui se meut par elle-même... et a reçu comme un écoulement et une portion de la raison qui, suivant Heraclite, gouverne l'univers (5) » ?

On ne contestera pas que ce raisonnement comporte quelque puérilité. Plutarque, en outre, sait parfaitement que, loin de s'inspirer de vues si subtiles, la plupart des croyants adorent le chien, le crocodile et la belette sans regarder plus loin. Son idée générale de la divinité, qu'il appelle ô Oeb; ou zo OcTov, n'en reste pas moins essentiellement socratique, c'est-à-dire fort acceptable.

Mais que deviennent ici les dieux particuliers ? Plntar(|ne a-t-il fait autre chose que de juxtaposer à la conception piiilosophique du divin la tradition populaire relative à leur existence ? On sait qu il se méfie de leur biographie, telle que l'ont rapportée les poètes.

(1) De Fade in orbe Lunœ, XXI, 935 B. (i) De Iside et Osiride, LXXII, 379 F.

(3) Ibid., LWIV, 380 F.

(4) Ibid., LWV, 381 B.

(5) Ibid., LXWI, 38:2 A.

LES DIEUX

Pour lui, les équipées de Zeus et ses caprices ne sont que des contea synd)olic[ues. Le vainqueur des Titans, c'est-à-dire des puissances mauvaises (1), est toujours le monarque suprême, le père des hommes et des dieux (2). Il possède une sagesse ])arfaite (3). Son horizon n'est pas rétréci comme celui du Zeus d'Homère, qui ne porte guère ses regards que de Troie sur les peuples nomades de l'Ister ; il contemple les révolnt ions du monde, les travaux des dieux et des hommes, les mouvements des astres (4). Ou l'appelle à juste titre le souverain et le père de tout ; car, encore qu'il ne répugne pas absolument à la raison d'admettre nu dieu pour chaque mcmde, il est plus conforme à la majesté divine de croire tous les mondes réunis sous une senle autorité (5). C'est le {)lus parfait des artistes et des archi- U'L Us (ti), le principe de tous les biens (7). Il est le gardien de la proj)riété (8), le protecteur des villes (9) et le garant de l'hospita- Hté (10).

Tant de beaux titres n'empêchent pas qu'en lait Zeus paraisse assez souvent s'elîacer devant Ajjollon. C'est du dieu de Deljihes que Plutaniue parle avec le plus de suite et de complaisance ; et, dans les dialogues |)ythiques tout au moins, il ne semble pas le considérer comme dilTérent du roi suprême. Apollon, comme Zeus, est éternel et j)aifait (11); comme Zeus, il est géomètre (12); comme Zens, il s'oppose à Pluton(13). Il est l'unité même (14). 11 aime également tous les hommes (l.ô) et guérit leurs maux, physicjues ou spirituels (Ki). Philosophe et prophète, ses surnoms de Pythien, Délien, Phanéen, Isménien, Leschénorien indiquent les divers degrés de la science où il fait avancer les hommes (17). Père du soleil^

(l) De hide et Osiride, \\\\ 300 K.

(t>| De Aiidiendi^ Poelis, M, :13 C.

(3) Ibid., \b 23 1).

(4) De Defectii ordrnhriim, \\.\, 426 CD.

(5) Ibid., \\l\, iJGA.

(G) De racie in orbe Lunrt\ MIT, 927 A.

(7) De Iside el Osiride, \LV1II, 370 C.

(8) De vilando aère aliéna, IF, 830 B.

(9) Coriolan, IN, 214 E; Denielrius, XLII, 909 E.

(10) De Exilio, Mil, 005 A. (Cf. les titres de Zeus, tels que les énumèro Dion (Ml. 210 AD): ratr^, ^oloù.vjc, roÀuû:, çO.toc, éiaifEtoç, '.xc'aio:, ^e'vioç, £;:ty.a&rioç, ôa'îyv.or, oû'zto;.)

a i) De Bi'apiid Delphus, W, 393 C.

(12) Ibid., VI, 3X0 K.

(13) Ibid., \\l. 394A.

(i;) De Iside el Osiride, LWV, 381 F.

(15) Syniposiacn, Mil, 4, 4, lUWJ,,

(16) Ibid., 1, 2, 715D.

(47) De El apud Delplws, II, 585 B.

il ne se confond pas avec cet astre, comme l'imagination populaire incline à l'admettre (1). Il ne faut croire, ni qu'il ait été banni du ciel, ni qu'il ait dû se purifier après avoir tué le serpent ; et les « théologiens )) de Delphes ont tort de tolérer la mise en scène de pareilles extravagances (2).

C'est précisément à propos d'Apollon que PluLarque pose, avec une vigueur assez rare chez lui, le principe de l'unité divine (3). Cette affirmation même et la circonstance où elle se produit, rai)prochées des analogies importantes que nous venons de relever entre Zeus et Phébus, nous autorisent à penser que, pour hii, ces deux noms sont les api)ollations diverses d'une même divinité (1). 1 elle est sa préoccupation de l'unité qu'il veut à Luule iurce confondre Latone avec Héra (5). Phébus est précisément fils de T.ntonc. et Ares d'Héra. u Mais ces deux dieux n'ont ([u'une seule et même puissance ; car l'un s'appelle Ares parce (piil nous secourt dans les accidents causés par la violence et la guerre ; l'autre, Apollon, parce (pi'il débarrasse et délivre riiomme des maladies du corps (6).» N'oublions pas qu'Apollon donne son nom au soleil, et Ares le sien à la plus brillante des planètes.

La tendance de Plutarcfue au syncrétisme s'accuse encore dans l'assimilation ((u'il semble établir entre Artêmis et Atliêna (pii, toutes deux, servent à dénommer la Lune (7). Mais .surtout la phu e centrale qu'il donne à Phébus-Apollon, le dieu par excellence, annonce l'évolution de la religion grecque dans le sens des cultes solaires de l'Orient; évolution dont l'apothéose du Soleil-Roi par Julien sera le dernier terme.

Il serait facile, mais assez fastidieux, et d'ailleurs inutile, de reprendre tous les passages où Plutarque fait mention des autres Olympiens, pour établir qu'Apollon seul, confondu d'ailleurs avec Zeus, jouit de la prééminence. S'il parle d'Aphrodite ou d Hermès, ce n'est point d'abondance. Il fait comme 1. vulgaire et se sert shnplement de façons de dire consacrées i)ar l'usage. L'accent pieux, la ferveur mysticjue, la foi vive et ardent(\ et (pii s'elTorce d'être éclairée, sont réservées cà Phébus. Le reste n'est (ju 'archéologie.

{[) De Pythiœ Uraculis.

(2) De Defectii oracnlonun, \1\ , il? F.

(:-i) De il npiid Delphos, \\, IWA C.

(4) Nous avons retrouvé cette foraiulo, que nous peiisiuus inventer, dans un ouvrage scolaire de M. Gustavk Mkklkt, Etudes lUténiires sur les (jrands classiques grecs. Paris, Hachette, 1888, p. 588, note

(n) \Up\ Twv £v IlXaTa-.a?; AatoaXwv, IV. — Diodore de Sicile appelle, de son côté, la mère d'Apollon, tantôt Latone et tantôt Héra.

(6) llc'pi xfov..., V.

(7) De Fncie in orbe Lunœ, \\IV-\\V, [VAS DE.

LES DIEUX

Que faire, cependant, de tous ces êtres mystérieux qui remplissent de leurs aventures, non seulement la jjoésie, mais l'histoire, qui se manifestent de mille façons inattendues, qui semblent, tantôt végéter dans la disgrâce, tantôt dérober une parcelle de la puissance divine, qui parlent aux hommes, puis leur échappent, qui se plaisent dans les gémissements, et dont la religion s'efforce de calmer, par des cérémonies lugubres, la colère jamais apaisée ? Faut-il en dépeupler, non seulement l'Olympe, mais cette région intermédiaire, entre ciel et terre, où l'imagination effrayée les entrevoit ? Ce serait rompre avec toute la tradition. Plutarque n'en aura point l'audace. Il refusera de suivre Évhémère et Diodore qui veulent que les dieux soient simplement, à l'origine, de grands hommes, des généraux courageux, des rois célèbres. Qu'une pareille altération de l'histoire se soit produite, il ne peut le croire. Nul n'a pris sérieusement pour des dieux les plus fiers conquérants, un Cyrus, malgré sa puissance, un Alexandre, malgré ses travaux inouïs et sa volonté de passer pour le tils de Zeus. Le brave Antigone, dans son bon sens, renvoyait ses adorateurs au valet qui vidait sa chaise percée (1). Ainsi les rois eux-mêmes jiont pas été dupes de leur ])rétendue divinité.

]\îais si Dionysos, Poséidon, Hadès ne sont ni des dieux ni des lionunes, que sont-ils donc ?

(1) De Iside et Osiride, XXIV, 860 G.

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