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coûter; alors commence une deuxième phase pendant laquelle la famille jouit de plus d’aisance. Ensuite, vient le temps où elle se disperse : les jeunes gens veulent vivre pour eux-mêmes; les parents dont l’âge a affaibli la force n’ont plus qu’un salaire amoindri et sont exposés aux infirmités; c’est la troisième phase et parfois la plus pénible. Jusqu'à 1857, le salaire avait plus perdu que gagné en puissance d'achat. Corbon en 1853 évaluait à 70 % en moyenne l’augmentation des petits loyers à Paris depuis 25 ans et le renchérissement de la vie ouvrière à 35 % — le salaire à 10 à 15 %. On ne peut, à vrai dire, se rendre un compte exact des conditions matérielles de la vie. Le nombre d’heures de travail de l’ouvrier, le chiffre de son salaire, le prix du pain qu’il achète, définissent sa vie avec assez de netteté. Mais ces éléments très variables sont assez mal connus. D’après beaucoup de livres qui font autorité :
(Statistique de la France, t. XII — (*) Dupin : Recherches statistiques sur la V. de Paris, 1850. — Villermé : Loco. cit. —— (*) Bourgouin : Les patrons, les ouvriers et l'Etat, 1912. — Territoire et population de Paris, 1837) on peut constater qu’il y avait une baïsse régulière dans les salaires industriels de 1814 à 1840, que les heures de travail, et le prix des denrées augmentent pendant la même période. Les salaires montrent une baisse de 22 % depuis 1800, tandis que le prix des denrées monte de 60 % (Table du Ministre du Commerce dans un discours à la Chambre en 1841. Bulletin du commerce). Les ouvriers mousseliniers de la région de Tarare, qui travaillent à domicile en famille, gagnent en 1820, de 40 à 45 sous; en 1840, de 28 à 30. Les 100.000 cotonniers de la Seine- Inférieure ont subi une réduction de salaire qui est de moitié au moins, souvent des deux tiers. Pour certains articles, l’avilissement du prix est incroyable. « Les prix payés à Rouen pour une douzaine de mouchoïrs, va-
(*) Ouvrages couronnés par l’Académie des Sciences morales et politiques.
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riaient, suivant la largeur, de 5 à 30 fr. Ils tombent à 1 fr. 50 et 4 fr. 50. L’ouvrier qui en fabrique de 2 à 4 douzaines par semaine a vu ainsi son salaire hebdomadaire passer de 20 fr. à 6 fr. et de 60 fr. à 9 fr. Les tullistes de Calais qui travaillent à façon ont connu en 1823 des salaires de 15 à 20 fr. par jour. Ils tombent à 1 fr. 50 et 3 fr. Dans le Département du Nord où sur 962.000 habitants (1820) il y a 224.300 ouvriers, les salaires de 6 fr. tombent à 3 fr.; ceux de 3 fr., à 1 fr. 50. Ceux des femmes, de 1 fr. 25 à 60 cent., de 2 fr. 50 à 1,25. Qu'il s'agisse de blanchisseurs de tulle, de constructeurs de machines, de fondeurs de fer, de brodeuses au crochet, tous les salaires sont réduits de moitié. Les 21.700 ouvriers de Ste-Marie-aux-Mines, qui presque tous, travaillent à domicile le tissage du coton, gagnent par semaine, les tisserands de 8 à 10 fr., les diviseurs de 4 à 4,50, les bonnetiers, de 7 à 8 fr. 50. Les enfants touchent de 1 fr. 50 à 3 fr. Dans le Haut-Rhin, à Mulhouse, centre dune industrie de filature, et d'imprimerie d’indiennes, (44.840 ouv. en 1827), les salaires de filatures sont tombés à 35 cent. par jour pour les enfants, 0,75 pour les dévideuses et 3 frs pour les hommes dans les tissages ».
« Ils s’échelonnent de 1,50 à 2,50. Les enfants et les femmes préparant le fil reçoivent de 0,25 à 0,50 par jour. Les chefs d’atelier de Lyon, propriétaires d’un ou plusieurs métiers et qui travaillent à facon la soie fournie par les fabricants, voient le revenu de leur travail diminuer sans cesse. En pleine prospérité, vers 1842, un métier ne rapporte pas plus de 3 frs par jour, mais en 1840, un ouvrier lyonnais ne gagne pas le 1/3 de 1810. D’après Dupin qui s’occupe de la période de 1830-49, les salaires des drapiers d’Abbeville sont de 1,50 à 2 fr. et ceux des femmes et enfants, de 0,60 à O fr. 75 : ceux des Forges et Filatures du Doubs varient de 1 fr. à 1 fr. 50. Les 1.500 horlogers de Besançon gagnent 2 fr. Les papetiers de Pontarlier 1,20-1,50, les forgerons de la Nièvre, 1,50; les faïenciers de Nevers, 1,75; les 8.000 bonnetiers de l’Aube, 1 fr. Le salaire annuel moyen de l’ouvrier français va-
riait, selon Dupin, pendant cette époque entre 492 fr. et b8/ fr. Pour obtenir cette rémunération, l’ouvrier fournit à Lyon 15 à 16 h. de travail, 14 à 15 h. à Sedan, 13 h. dans le Haut-Rhin. Toutes les autorités s’accordent à dire qu’une journée moyenne de 12 h. est très rare. D’après ces faits, il nous paraît que Sue a raison dans ses déclamations contre l’exploitation de la classe ouvrière et sa misère. Obligés à un tel effort et soumis à un pareil tarif, l’ouvrier et l’ouvrière ne gagnent pour la plupart pas assez pour se loger et se nourrir décemment. Un tiers seulement des Français mange de la viande. Voilà un fait remarqué fréquemment par Sue (notamment dans les Myst. de Paris — le Juif Errant — la Misère des Enf. Trouvés) qui, dans une note (Juif Errant, t. 14) sur la question de la viande que doit manger l’ouvrier pour bien travailler, cite Benoiston de Châteauneuf. La citation paraît inexacte, car Benoiston de Châteauneuf parle de la quantité de pain mangée par les ouvriers, comparée avec celle des ouvriers anglais dans une exploitation de machines à vapeur à Charenton, dirigée par Marbly. Les renseignements que donne Sue sont textuellement extraits d’une lettre de Duchâtelet à Viliermé (Villermé, Ouv. cité, t. 2, p. 10). Duchâtelet a eu ses renseignements du sous-préfet de Riom (Villermé : Ouvrages cités, t. 2, 10). Sur les deux autres tiers, l’un mange seulement de l’avoine, du maïs, des pommes de terre. Le pain a coûté à Paris, les 2 kgs (consommation moyenne d’un ménage), 60 centimes en 1815, 81 cent. en 1840.
Blanqui (Des classes ouvrières en France, Vol. 2, 1849. F. Didot) qui cite Villermé, Villeneuve-Barquemont, Dupin, et autres autorités, affirme que la concurrence diminue les salaires. Les causes économiques du malaise dans la classe ouvrière sont la nécessité de produire sur une grande échelle, un excès de protection qui n’assure que le marché national, un abaissement continuel du prix des salaires, en présence du renchérissement lent mais régulier du prix de la vie depuis 1823.
Sue, en demandant l'abolition des Monts de Piété