‹ Les Idées Sociales d'Eugène SueChapitre 16 sur 43 · LAS EE · texte numérisé non relu

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(Myst. de Paris, t. 8, ch. 14) en faveur des banques des pauvres, suit à peu près textuellement V. Barquemont (Economie Politique Chrétienne, 1837). Nous apprenons chez tous les auteurs que le Mont dé Piété prête à 12 %. Le nombre des gages représente à peu près 30 millions de francs, sur lesquels il prête 20 à 22 millions. Les bénéfices en faveur des hospices s’élèvent à près de 400.000 francs par an. (Il est à noter ici que les chiffres cités par Sue sont ceux de V. Barquemont et de la Revue de Paris du 11 juin 1843. Voir : Du Travail, par Alphonse Esquiros). Mais combien il est douloureux de penser que cette somme, employée à la vérité, à secourir les pauvres, est prélevée sur les besoins de la classe la plus malheureuse de la population. Le taux de l'intérêt est de 12 % à Lille, 15 % à Cambrai, Douai et Valenciennes; 19 % en général dans les autres grandes villes. M. Le Baron, pendant la durée de ses fonctions de directeur du Mont de Piété de Paris, n’a cessé de déployer les efforts les plus soutenus pour arriver à une diminution notable du taux de l'intérêt. Mais les besoins toujours renaissants des hospices ont mis obstacle à l’accomplissement de ses vues généreuses. Comme Sue le dit avec V. Bargemont (Economie Politique Chrétienne, p. 318), le Mont de Piété c’est toujours de l’usure, c’est l’usure autorisée, légale, régularisée.

M. Lestiboudois (Lettre à V. Bargemont, citée, non datée par l’auteur de l'Economie Politique Chrétienne, 1837, p. 332), ami de V. Bargemont et médecin de Lille, juge qu’il faut abolir les Monts de Piété et instituer des caisses d'épargne et de prévoyance. C’est en donnant aux pauvres des habitudes d'ordre, de tempérance, et d’économie, et en leur offrant des secours dans leurs besoins imprévus, qu'on parviendrait surtout à détourner les ouvriers de l’habitude si funeste d'emprunter sur gages. (CF. aussi De la Farelle : Du progrès social au profit des classes populaires, 1839). Emmery (Amélioration du sort des ouvriers dans les travaux publics, 1837) donne les mêmes arguments que Sue. L’ouvrier blessé et malade est bientôt ruiné, s’il n’est secouru, surtout lorsque son im-

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prévoyance l’a empêché de faire des épargnes. Un seul mois de chômage, aggravé par les sacrifices que la maladie exige, force ordinairement la famille à engager ou à vendre à vil prix et pièce par pièce le peu de mobilier qu’elle possède. Et pourtant, une faible indemnité suffirait pour l’en préserver. C’est sur cette observation que sont fondées les Sociétés de Secours Mutuels. La philanthropie des riches que Sue demande si souvent, se trouve dans la doctrine des Saint-Simoniens. Nous allons indiquer entre guillemets les phrases communes à Sue et aux Saint-Simoniens : Le Saint-Simonisme confie à des hommes généreux « la redoutable fonction d’accorder et de répartir des crédits », d'indiquer à « chacun la place qui lui importe le plus d’occuper et pour lui-même et pour les autres », de « lier enfin, dans l’industrie, la production et la distribution des richesses ». Les banquiers seront les intermédiaires entre le capital et le travail, ou encore les divers représentants de l’administration actuelle. Ils seront affranchis des imperfections humaines, et seront élevés jusqu’au sommet de l’échelle sociale, et, véritables demi-dieux, s’imposeront à tous par leur sagesse et par leur autorité; leur sympathie rayonnera autour d’elle, car leur qualité dominante consistera à aimer plus qu'aucun autre « la destinée sociale ». C’est là le critérium qui permettra de distinguer « ces natures d'élite, et de les appeler aux hautes destinées qui les attendent ». (Doctrine Saint-Simonienne. Exposition, 1"° année, 1828-9). Le système de Sue pour établir une banque destinée à prêter sans intérêt à des ouvriers sans travail (Myst. de Paris, t. 8, Ch. 2) est identique à celui de M. Blaise des Vosges. Nous avons comparé le plan passé par Sue avec celui proposé par M. Blaise dans une lettre à Villermé (ouv. cité, p. 338). En voici les termes : « Pour remplacer les Monts de Piété, il faut constituer entre les mains de l'Etat une banque générale de l’industrie avec des bureaux ouverts sur tous les points du territoire. Le Directeur de chaque bureau fera des observations morales sur chaque demandeur, et après, il refuserait ou accorderait

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