EN QUES
1849, p. 181). La première chose à remarquer dans le système de Sue tel qu’il l’applique à la manufacture de M. Hardy, est l’association du capital du travail et du talent (Id., p. 62). Voici la première formule du socialisme phalanstérien. (Considérant, ouvrage cité, p. 56 et Fournier, Le Nouveau Monde Industriel, p. 10). Briancourt dit : < Nos travailleurs seront des associés, des propriétaires, et non des domestiques » (Organisation du Travail, 1845, Lib. Sociétaire, p. 30). Les ouvriers de Sue demeurent dans une maison commune, à la portée de leur travail. Ceux de Briancourt aussi (id. pp. 33-36), de même que ceux de Fourier (Fourier : Le Nouveau Monde industriel. Exposé et notions préparatoires, p. 5). Sue montre les bienfaits de la mise en commun de toutes les ressources. Voici ce que dit Fourier : (id., voir plus haut). « Une grande réunion n’emploierait dans diverses fonctions que le centième des agents et des machines qu’exige la complication de nos petits ménages. Au lieu de 300 feux de cuisine et 300 ménagères, on n’aurait que quatre ou cinq grands feux préparant des services de divers degrés. Il suffirait d’une dizaine de personnes expertes pour remplacer les 300 femmes qu’emploie le régime civilisé. Le peuple dépenserait bien moins pour faire bonne chère, qu'aujourd'hui pour vivre pitoyablement. L’épargne de combustible serait immense. Le travail de ménage serait tellement simplifié que les 7/8 des femmes de ménage et des domestiques deviendraient disponibles et appliquables aux fonctions productives >». De même pour toutes les autres nécessités. Fourier cite comme exemple une réunion monastique, une chämbrée militaire, l’association des paysans du Jura, pour faire le fromage de Gruyère. Même théorie chez Briancourt (Ouvrage cité, pp. 35-5). « Il faut établir une cuisine unique, dans laquelle on préparera le manger sur une vaste échelle. La majorité des femmes débarrassées des détails de leur ménage, prendront part aux travaux du jardin... Il y aura des appartements commodes, pourvus de choses qui rendent les habitations confortables, chauffés
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en hiver en utilisant le calorique perdu de la cuisine... parfaitement éclairés avec de nombreuses et hautes fenêtres.…, gaz pour illuminer les cours (id., p. 36), des salles de réunion, etc Au lieu de procurer les nécessités par fractions, l’association ferait de grands approvisionnements en s'adressant aux producteurs ». (id., pp. 40-41).
« Rendre le travail attrayant » est le grand principe de M. Hardy. C’est ici que Sue s’est mépris sur Fourier. Par le travail attrayant, Fourier voulait dire l'emploi utile et libre de tous les caractères, et la direction spontanée de chacun dans la voie de ses véritables aptitudes, et la gravitation spécifique de chaque individualité dans chaque groupe (Fourier, Théôrie harmonienne, Cf. Considérant, Ouvrage cité, p. 57).
Selon Sue, le travail est attrayant si les récompenses sont suffisantes. La théorie de Briancourt sur l’attraction est celle de Fourier (Ouvrage cité, page 71). « L’attraction est la seule force à laquelle obéissent les éléments. Dieu nous a donné l’amour du groupe, donc les travailleurs doivent être réunis en groupes. Ayant à choisir entre l’attrait et la contrainte pour faire exécuter ses ordres, le Créateur devait opter pour l'attrait » (id., p. 121). Mais plus tard, Briancourt semble employer le mot dans le même sens que Sue quand il nous conseille de « rendre le travail plus attrayant » (p. 127). Fourier emploie le terme « industrie attrayante >» (Le Nouveau monde industriel, p. Il), qu’il qualifie par association naturelle qui est formée selon sa théorie harmonienne. Briancourt explique la phase de deux façons. Sue s’en sert dans son sens littéral. Il affirme que l’homme a droit à exiger. du travail et un salaire proportionné aux besoins de sa condition >. Fourier demande le libre accès de tous à toutes les fonctions, (Considérant, Ouvrage cité, p. 56. Le Nouveau monde Ind. de Fourier, p. 4) et la répartition à chacun des bénéfices communs au prorata des droits individuels (Fourier, Le Nouv. Monde, Ind., p. 10). Dans le système de Briancourt, chaque ouvrier doit recevoir un dividende proportionnel
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à son travail et à sa condition (Ouvrage cité, p. 54). D’après les termes de Sue, « les ouvriers en recevant une part dans les bénéfices ont avantage à la prospérité de l’établissement et travaillent avec zèle. Chez Briancourt, nous lisons : « Nos ouvriers, intéressés à la bonne et prompte exécution de nos travaux, travaillent avec ardeur » (id., p. 31). La donnée de Fourier n’est pas tout à fait pareille. Il demande seulement des « rivalités émulatives, ardentes, en toutes fonctions et en même temps, de la masse associée avec tous ses membres et avec elle-même. Dans la manufacture modèle de Sue, il y un système d'éducation et d’amusement pour développer la santé et l’intelligence des associés, et les facultés physiques morales et intellectuelles des enfants. Selon Fourier, l'humanité doit créer la grande industrie, les hautes sciences et les beaux arts, ces ressorts étant nécessaires à l’établissement du régime sociétaire qui est incompatible avec la pauvreté et l'ignorance. » (Le Nouveau Monde Intr., pp. 1-9). Briancourt établit aussi des bibliothèques de bonne littérature avec un entier développement des beaux arts (ouv., cité, p. 44).
Sue a un comité consultatif des chefs d’atelier et des meilleurs ouvriers (Avec M. Hardy ou les représentants du Capital) pour régir les affaires de l’établissement. Fourier propose une « régence, chargée de diriger les affaires courantes et pourvoir au service général... qui est une autorité d'opinion; elle se compose : 1° Des chefs de chaque série d'industrie ou de plaisir, 2° des trois tribus de révérends, vénérables et patriarches, 3° des magnats..., de la phalange (Le Nouveau Monde industriel, p. 113). Chez Briancourt, il y a la même sorte de comité (Ouvrage cité, p. 34, 27), composée des chefs d’atelier et des meilleurs artisans.
Sue voulait former son association pour abolir la misère, l’indigence, le manque de travail, l'incertitude des ouvriers dans leur emploi. Le plan de Fourier doit entraîner la disparition complète de la misère et de son vieux et fatal cortège de vices et de crimes (Le Nouv. Monde
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Ind., pp. 3-4. Considérant, ouvrage cité, p. 57). Briancourt dit qu’une très grande partie des forces physiques et intellectuelles des peuples se trouve perdue, sinon employée à détruire dans tout milieu inorganisé; mais avec l’organisation qu’il a indiquée, la misère qui est la cause de mille douleurs, ne peut pas exister (Ouvrage cité, p. 168).
Après avoir considéré ces points que Sue a traités, nous ne voudrions pas déterminer l'inspiration directe de Sue. Nous voudrions suggérer seulement que le système de Sue comme il l’expose se trouve également chez Fourier et chez Briancourt.
Passons maintenant à la ferme communale du comte Duriveau (Misère des enfants trouvés). Petit Pierre explique à Régina que tous les « travailleurs de l’établissement sont des associés-propriétaires (Mis. des Enf. trouvés, chap. 90). La proposition du comte Duriveau au sujet de la mise en commun de toutes les ressources du domaine, et de l’association entre le propriétaire et les ouvriers est celle de Briancourt (Ouvrage cité, pp. 29-33), qui dit : « Tout le territoire de la commune doit être cultivé comme s’il appartenait à une seule personne ». « L’association des parcelles de terrain de la commune réunira évidemment les avantages inhérents à la grande et à la petite propriété, sans en avoir les inconvénients ». (Cf. Sue. Mis. des Enfants trouvés, ch. 90. « Les parcelles de terre que vous joindrez à celle que je mets en commun vous reviendront dans deux années »). Il y a un germe de Fouriérisme ici quoique Fourier n’ait pas donné des indications précises. « Depuis cent ans qu’on commence à s'occuper de l’industrie, on n’a pas songé à inventer un mécanisme opposé au morcellement, aux petits ménages de famille; on n’a pas même proposé la recherche d’un régime d'industrie combinée en fonctions domestiques et agricoles » (Le Nouveau Monde Industriel, p. 9). Briancourt, comme nous l’avons vu, est plus exact. Sue explique comment il y a une étable pour tous, un grenier pour tous, un foyer pour tous. Briancourt dit « Nous n’aurons besoin