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l « Evangelical Magazine », de 1832, en Angleterre... « Quinet believed that a religious revolution in France is essential for the preservation of the benefits arising from the political revolution. He called upon all to leave the Church of Rome and not to allow it to employ the forms of liberty for the destruction of liberty. His testimony against spiritual tyranny is a word in season for us »).
Les jésuites accusent Quinet et Michelet d’avoir insulté Péglise, pour conserver le monopole de l'éducation secondaire. Quinet et Michelet le nient emphatiquement (Les jésuites, 1843, p. 52). Ils demandent la vérité, la liberté, et la moralité en religion (Id). Beaucoup de journaux se sont déclarés en faveur de Quinet et de Michelet, notamment le National et le Constitutionnel du 5 mai 1842. Le Journal des Débats du 13 mai 1842, la Revue des Deux mondes du 15 mai 1842, le Courrier du 17 mai 1842, la Revue Indépendante du 25 mai 1842. Le Siècle a publié les conférences universitaires. Le Journal de Rouen, l'Echo de Vérone, le Courrier de Lyon, l’Espérance, l’Hel- . vétie, le Courrier Suisse, ont publié des extraits. En 1843, les partis se forment et se rangent. En 1844, on livre bataille, et jusqu’en 1845 le combat est furieux. D’un côté nous avons Michelet (Du prêtre, de la femme, et de la famille, 1844), Quinet (L’Ultramontanisme, 1843), Des Jésuites, 1843. — Lettre sur le clergé et sur la liberté d’enseignement, 1844), Cousin (Défense de l’Université), Villemain, Ministre de l'instruction publique. (Rapport au roi, 1843), Génin (Les jésuites et l’université), en littérature; Thiers en politique, et les journaux, le Constitutionnel, la Cloche (rédigée par Ulbach), La Gazette d’Augsbourg, la Liberté (Girardin), L’Indépendance belge, Le Moniteur, la France, la Gazette de France. Il y faut ajouter Dupin, Manuel du Droit public, ecclésiastique français; Troplong : Du pouvoir de l'Etat; Thiers : Discours.
De l’autre côté le clergé, Veuillot (Mélanges, 1845-7, Le Parfum de Rome, La liberté du concile), les petits
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journaux de province, rédigés par le Clergé, l'Univers, Nettement et Villeneuve-Bargemont. Aux journaux il faut ajouter aussi l’'Ami de la Religion et la Gazette du Midi.
Le Constitutionnel était alors placé sous la haute direction de Thiers. Ce journal donne au gouvernement l'avis qu’on va lire (le 10 janvier 1844) : « Une des questions qui ont le plus vivement préoccupé les esprits dans la commission de l’adresse, c’est celle de la présence des jésuites en France, et de l'influence déplorable qu'ils exercent sur une partie du clergé séculier. Le Ministère interpellé avec instance par quelques-uns des commissaires a été, dit-on, amené à avouer qu’il y avait actuellement 205 jésuites reconnus comme tels, vivant en communauté dans plusieurs villes du royaume. Ils ne remplissent pas les fonctions ordinaires du ministère sacerdotal : ils s’occupent surtout de la confession et de la prédication en attendant que l’enseignement leur soit livré. Presque tous, en effet, se préparent au professorat. On en compte vingt dans la maison de la rue des Postes qui vient d’être réorganisée d’après les instructions du général, le père Roothan !, résidant à Rome. Ils ont pour procureur le père Bigot et pour supérieur le père Guidée. Ils sont représentés dans les affaires civiles par un laïque demeurant avec eux, M. Laffenaër. Le ministère connaît ces diverses associations, et il les tolère; cependant il avoue que les lois existantes lui donnent le droit de les dissoudre; mais il recule devant l’exécution de la loi, de peur, dit-il, de transformer les jésuites en martyrs. Il ajoute que si l’on dispersait leur communauté, ils seraient individuellement recueillis dans des maisons particulières, et de là continueraient à correspondre, à conspirer d’une maniere secrète, Nous nous rappelons qu’au temps qu’il s'agissait de disperser les associations politiques, les mêmes objections ont été faites contre la loi proposée. Certes, ces objections étaient sérieuses et vraisemblables
(1) Peut-être le prototype du personnage principal du Juif Errant. Rodin.
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en matière de conspiration politique; la loi d’ailleurs était à faire et cependant le ministère d’alors a passé outre et la chambre l’a suivi. Aujourd’hui, à l’égard des jésuites, la loi existe : ils la violent avec audace; leur seule force est dans limpunité, et le ministère se retranche derrière des raisons puériles pour ne rien faire. C’est plus que de la faiblesse, c’est de la complicité. De quel droit exigerat-il, d’ailleurs, le respect des lois, s’il en est quelques-unes qu’il laisse volontairement outrager ? »
Peu de temps après, les feuilletons du Juif Errant commencent à paraître. Nous avons vu de quelle manière Sue traite les jésuites et l’église catholique. Il ne faut pas oublier non plus que Thiers dirigea le même journal (Le Constitutionnel). En même temps, il y avait toute une polémique dans les journaux entre les deux partis opposés, qui dura jusqu’au discours de Thiers du 2 mai 1845 à la Chambre. La Gazette des Tribunaux (11 mars 1845) dit que si l’on poursuit les jésuites, « ce n’est pas opprimer qu’opprimer en justice ». Le Siècle (15 mars 1845) veut ‘ détruire l’ultramontanisme en même temps qu’il le méprise. « Ce pauvre catholicisme tenait si peu de place en France que ce n’était pas la peine de déployer contre lui tant de vigueur ».
L'Univers (14 avril 1845) veut pétitionner contre l’ouvrage de Michelet — Le Prêtre, la Femme et la Famille — Il cite les mots de Tascher à la Chambre : « Nous avons lu le livre de M. Michelet malgré le dégoût qu’il inspire ». Il cite aussi le discours prononcé, selon lui, par Cousin à la Chambre : « Il faut chasser les jésuites. Le monopole impose aux catholiques un enseignement détestable..., les professeurs du Collège de France font des cours dangereux pour la paix publique et pour la religion : ils écrivent des livres qu’on ne peut pas lire sans dégoût. Tout le monde le reconnaît, personne ne le conteste. Donc, il faut chasser les jésuites ».
Cuvillier-Fleury dit dans le Journal des Débats (15 avril 1845) : « Les religieux, déserteurs de la vie sociale,
énervent le pays par le célibat et Pascétisme. Que m'importe que les moines de la rue des Postes soient des saints, s’ils cachent dans les plis de leur robe d’innocence le fléau qui doit troubler VEtat ? Qu’ai-je à faire de vos vertus si vous n'’apportez la peste ? Si nous avons fait une révolution pour avoir un peu plus de jésuites en 1845 que nous n’en avions en 1826, nous avons fait une sotte chose ». Dix jours avant l’audience de Rossi à Rome (26 juin 1845) le Saint-Office avait censuré les livres de Dupin (Manuel du droit public ecclésiastique français) et de Cousin (Défense de l’université). Le Constitutionnel, le Courrier français, le Commerce, la Réforme, le National, étaient tous pour Thiers et son projet du 2 mai contre les congrégations des jésuites. La Réforme reproche à Thiers de n’avoir pas toujours persécuté les jésuites. « M. Thiers n’a-t-il pas toléré autant que ses successeurs les envahissements de ces sociétés religieuses contre lesquelles il invoque maintenant nos anathèmes légaux ? >», et plus loin : « Ces jésuites, ces ordres religieux, contre lesquels vous implorez la sévérité de nos Codes, sont l’âme de la vieille servitude morale de lEurope ». Le Constitutionnel affirme que « les Ultramontains prétendent que la charte donne au pape le droit d'encourager la violation de nos lois ».
Le Courrier convoque l’opposition pour le discours de Thiers du 2 mai. Et c’est ce discours de Thiers que nous voudrions résumer d’abord pour en dégager l’opinion publique, et montrer comment Sue est l’écho de l’opinion populaire de l’époque et aussi le publiciste du parti Thiers. Trois jours avant le discours de Thiers à la Chambre, le National dit au gouvernement (29 avril 1845) : « Rendez-nous les armes que vous avez brisées dans nos mains, et nous aurons bientôt fait disparaître ces réacteurs (les jésuites) qui se croient si forts », « … si les congrégations des jésuites sont permises, il faut rouvrir les clubs; il faut permettre les associations politiques. ».
Veuillot, quoique partisan de Rome et des jésuites ré-
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sume très fidèlement les diverses opinions contre Rome (L'Univers, 1* mai 1845) : « La persécution affecte de ne voir dans la compagnie de Jésus qu’une sorte d’association publique, révolutionnaire selon le Journal des Débats; meurtrière de l’esprit de vie et de la raison selon Michelet; immorale, selon Véron (rédacteur du Constitutionnel) ; hostile à l’indépendance de l'esprit humain selon le Siècle; attentoire à l'intégrité de la couronne de France dans l'intérêt du pape qui est un souverain étranger selon Dupin ». On ressuscite l’édit de 1764 : le Parlement déclare : « L'Institut des jésuites inadmissible dans tout Etat policé, contraire au droit naturel, attentatoire à toute autorité spirituelle et temporelle et tendant à introduire dans l'Eglise et les Etats. un corps politique dont l’essence consiste dans une activité continuelle pour parvenir par toutes sortes de voies. d’abord à une indépendance absolue, et successivement à l’usurpation de toute autorité. »
Selon Calmon (Membre de l’Institut, éditeur des discours de Thiers), l’existence en France, contrairement aux lois, de plusieurs maisons de jésuites sous la direction de deux provinciaux résidant à Paris et à Lyon, la constatation judiciaire au cours d’un procès criminel, (Les jésuites avaient été volés par Laffenaër, leur gérant, et lui ont intenté un procès le 11 juin 1845), des ressources considérables dont elles disposaient, la propagande faite ouvertement à leur profit en faveur de la liberté d’enseignement par toutes les nuances de partis hostiles aux institutions légales, avaient vivement ému l’opinion publique. Le gouvernement, inquiet lui-même, et répugnant cependant à user pour fermer ces maisons, des moyens que lui donnait la loi, avait pensé qu’il serait possible d’arriver à l’amiable au même résultat par une entente avec le Saint Siège. En conséquence, M. Rossi, pair de France, avait été envoyé comme ambassadeur extraordinaire à Rome avec la mission de demander au pape d’user sans retard de son influence et de son pouvoir pour que les
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jésuites fermassent leurs maisons de noviciat et autres établissements qu’ils avaient en France, et s'ils voulaient continuer d'y résider, qu’ils y vécussent à l’état de simples prêtres, soumis, comme tous les membres du clergé inférieur, à la juridiction des évêques et des curés. M. Rossi, arrivé à Rome au commencement d’avril 1845, venait d’y présenter ses lettres de créance au pape Grésoire XVI, lorsque le 22 du même mois, Thiers, pressé par le sentiment public, demanda à la Chambre l’autorisation d’interpeller le Garde des Sceaux sur l’exécution des lois à l’égard des congrégations religieuses. L’interpellation fut fixée au 2 mai, sur la demande du Ministre de la justice : et, au jour fixé, Thiers prononça le discours dont nous allons donner le résumé (Discours parlementaire de M. Thiers. Publiés par Calmon, Sénateur, Membre de l'Institut, 1867. Calman-Lévy, t. VI, p. 619). « Il s’agit d’un devoir grave et difficile. J’ai pour l’auguste religion de mon pays un respect sincère et profond, et ce respect je l’exprime parce que je l’éprouve. Mais à côté de ce sentiment, il y en a un dans mon cœur tout aussi puissant, C’est un amour jaloux des droits de l'Etat. Ainsi respect de notre auguste religion, respect des droits sacrés de l'Etat, telle est la double inspiration sous laquelle nous devons penser et parler dans cette question. J’exposerai d’abord les faits et enfin j’examinerai si la politique, la saine politique conseille ce que la loi autorise et commande... Sous la restauration, les jésuites s’introduisirent en France; ils s’y introduisirent d’abord comme individus, puis comme communauté religieuse, et enfin ils cherchèrent à s’emparer de l’éducation de la jeunesse. L’opinion se prononça avec une grande force. Le gouvernement cédant à une opinion dont il avait reconnu la presque -unanimité dans le pays, leur retira l’éducation par les ordonnances de 1928... En 1830, le gouvernement, en présence de la crainte de troubler la paix qui existait entre l’Église et l'Etat, hésita à exécuter immédiatement et rigoureusement les lois. Mais depuis quelques
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années, l'extension de la congrégation des jésuites a été considérable. Je crois être bien renseigné en disant qu'aujourd'hui la congrégation a été assez puissante pour se diviser en deux provinces, province de Lyon, province de France; qu’elle compte 27 maisons, un nombre quatre ou cinq fois plus considérable de profès que celui qui est avoué dans les écrits publics, et que ce nombre tend à s’accroître tous les jours Vous avez acquis la preuve de ces faits de l’autorité étrangère, de l’autorité du général (des jésuites). si. la loi reste muette, vous n’aurez pas seulement toléré la société de Jésus, vous aurez rapporté les lois et édits royaux qui la poursuivaient : vous aurez, en 1845, prononcé le rappel des jésuites en France. Auprès du droit de l’église, il y a un droit aussi sacré et qui n’a jamais été contesté, c’est celui qu’a l'Etat d’examiner si la congrégation à établir est admissible dans le pays, si elle est conforme aux institutions, aux lois, aux intérêts de la société... L'Etat ne peut pas souffrir qu’il y ait un Etat dans l'Etat, qu’il y ait des congrégations dont il n’aurait pas la surveillance, sur lesquelles il n’exercerait pas la faculté ou d’autorisation ou de dissolution.… ». La charte de 1814, et celle de 1830, formulèrent des lois contre les jésuites. C’étaient ces lois que Thiers invoquait et qu’il voulait exercer. Les conclusions de Thiers furent soutenues par Odilon Barrot, Hébert, Dupin, et d’autres. On constata que les jésuites étaient constitués à l’étranger et étant soumis à un chef étranger, recevaient les ordres de l’étranger, et obéissaient à ces ordres d’une facon absolue, car le serment pour eux était sans condition; c'était celui d’une soumission pleine et entière. Il y avait donc intérêt impérieux et urgence pour le gouvernement à ne pas se laisser plus longtemps braver par une congrégation dont les membres étaient profondément hostiles à ses institutions. Selon le Moniteur (6 juillet 1845), la mission de M. Rossi à Rome fut couronnée de succès. On y lit que « la négociation dont le gouvernement avait chargé M. Rossi a atteint son but;
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la congrégation des jésuites cessera d’exister en France et va se disperser elle-même. Ses maisons seront fermées et ses noviciats seront dissous ». Voilà un fait contesté par Veuillot (Mélanges, 1845-47, t. 3, p. 115) qui dit: « Le Saint Siège a refusé d’intervenir en aucune manière et il n’a donné ni ordre ni conseil; il a complètement abandonné la cause au jugement du R. P. général ».
On peut lire à ce propos les Mémoires d’un bourgeois de Paris, par Véron, 1857, t. 3, p. 243 et suivants : qui nous affirme comment il a acheté le Constitutionnel en 1838 pour Thiers et comment c'était l’idée de celui-ci qu’il fallait un journal à un parti politique pour faire sa propagande. De plus, il fallait un feuilleton pour faire vivre le journal. Donc l’auteur du feuilleton doit émettre les idées de son chef de parti et de son journal.
Veuillot était le défenseur attitré des jésuites. Il nous raconte comment il est allé à Rome en 1838 (Préface du Parfum de Rome) et comment il s’est converti en catholique romain enthousiaste. Il était journaliste, mais à son retour, il quitta le service de Guizot et de Thiers. Il reçut une lettre de remerciement du pape Pie IX (3 Mars 1866) « pour avoir si bien rendu manifeste aux yeux des lecteurs l’action bienfaisante du Pontificat, qu’ils sont obligés de reconnaître en lui le magistère et le soutient permanent et puissant de la justice et de la vraie liberté et par conséquent, d’avoir en exécration les abominables machinations par lesquelles on s’efforce d’éteindre et de renverser ce phare de la vérité et de la civilisation ». Veuillot va jusqu’à dire que tous les arguments du parti anti-clérical sont basés sur des livres faux (Mélanges, t. ID.
Dans la conclusion du Juif Errant, Sue dit qu’il veut combattre « les détestables théories >» des constitutions des jésuites et il cite les pages 486-7, et sq. de l'édition de Prague. Nous avons examiné ce livre dans l'édition citée par Sue, datée de 1757, et nous n’avons trouvé que 91 pages dans les deux volumes. D’après Sue aussi, l’Imitation des jésuites est « un livre détestable », mais nous n’avons
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trouvé là-dedans rien qui s'accorde avec les sentiments “exprimés par lui.
Sue affirme que les constitutions des jésuites autorisent le parjure, le vol, l’adultère, les débauches infâmes, mais ces autorisations n'existent pas dans le livre. Où
- donc a-t-il trouvé ces renseignements ?
Louis Veuillot dit (Mélanges religieux, historiques, politiques, litt. Ed. Vivès 1857, T. II, période 1842-4, p. 212- 219), « qu’à force de falsifications, de suppressions, d’interprétations grossièrement erronées, de traductions manifestement fautives, un protestant du Bas-Rhin, Monsieur Busch, entreprit d’établir que les aspirants au sacerdoce apprennent de leurs professeurs à autoriser le parjure, le vol, l’adultère et les débauches infâmes ». Puis « une consultation donnée à Strasbourg par MM. Aubrey, Eschbach, Mayer et Thieret, avocats et professeurs à la Faculté de droit de cette ville, conclut sur de longues et solides considérations, qu’il y a diffamation dans les publications de Busch ». (Publié sous le titre de Compendium de morale par l’abbé Moullet-Fribourg, 1834. Traité de Saettler sur le 6° commandement du Décalogue selon Libri et plus tard, toujours selon Libri, avec des notes et des additions de l’abbé Rousselot. Grenoble 1846).
Nous n’avons trouvé nulle part des traces de ces publications. La seule indication que nous puissions constater est celle de Libri (Lettres sur le clergé. Paulni 1844, Paris, p 77) qui dit que « l’anonyme de Strasbourg a fait connaître au public le Compendium de Moullet et le Traité de Rousselot par ses « Documents d’un bibliophile ou Lettres sur différents points de morale enseignés dans quelques séminaires de France ».
Libri nie en totalité ce que dit Veuillot au sujet de la consultation à Strasbourg et, de plus il affirme le contraire. Sue aussi dit (Juif Errant, conclusion) qu'il est également prouvé que des œuvres immondes, révoltantes, signées par les révérends pères de la Compagnie de Jésus ont été plus d’une foïs mises entre les mains de jeunes séminaristes. « Ce dernier fait établi, démontré par le scru-
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puleux examen des textes, ayant été d’ailleurs solennellement consacré, grâce au discours rempli d’élévation, de haute raison, de grave et généreuse éloquence prononcé par l’avocat général Dupaty lors du procès du savant et honorable M. Busch de Strasbourg ». Les noms cités par Veuillot et Sue ne s’accordent pas. Libri ne cite pas de noms.
Nous voudrions maintenant comparer l’œuvre de Sue avec les livres de Michelet, de Quinet, de Libri, et les articles de Cuvillier-Fleury dans le Journal des Débats pour en dégager des points communs. Nous voudrions conclure aussi que, s’il y a beaucoup de points communs entre ces auteurs et Sue, il est bien probable que Sue n’a jamais lu les publications de Busch, car ces auteurs affirment que les constitutions des jésuites autorisent le parjure, le viol, l’adultère, etc, et le Parlement aussi reproche aux jésuites les crimes de régicide, d’immoralité, de fraude, d’hérésie et de magie (Discours de M. Isambert à la Tribune, selon la Revue Suisse, 1843).
En d’autres termes, si l’inspiration de Sue, dans sa polémique contre les jésuites, se trouve dans les écrits des auteurs cités, il est bien probable que le passage sur l’autorisation du -viol et du parjure provient de la même source, puisque la phrase se trouve dans les livres de Quinet, de Michelet, de Libri, dans le journal des Débats et même dans les discours de Thiers.
Notre point de départ sera le livre de Michelet, « Le prêtre, la Femme et la Famille » (Edition de 1845. Note de la page 199. Trad. de C. Cocks, 1845) où l’auteur nous renvoie au 3° volume du Juif Errant et parle de Sue comme de « notre romancier ». C’est ici la question de la détention illégale d’Adrienne de Cardoville dans la maisons d’aliénés : par le jésuite, le docteur Baleinies. Le livre de Michelet est antérieur (1843) au Juif Errant (1845) mais la note que nous avons indiquée se trouve dans l'édition de 1845 qui fut publiée après les feuilletons du Juif Errant. L'histoire de la vie d’une certaine Mlle 1308 l’amie de Marie Lemonnier, est racontée dans « Le prètre,
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la Femme et la famille » (p. 199 et suivantes de la traduction). Michelet nous informe en note que cette histoire est reproduite chez Sue dans le 3° vol. du Juif Errant, et que lui-même, il l’a prise dans les mémoires de Tilliard. Adrienne de Cardoville fut emprisonnée dans une maison d’aliénés, puis dans un couvent sous les ordres des jésuites. Ni ses amis, ni la police n’osèrent la libérer. Les conclusions de Sue sont identiques à celles de Michelet. Celui-ci dit que les maisons de santé et d’aliénés sont inspectées par la loi, mais les couvents sont hors la loi, la police n’ose pas y entrer. Sue dit que « toute latitude est accordée aux magistrats pour visiter les maisons d’aliénés, mais n’est-il pas déplorable que ces demeures (les couvents) ne soient pas soumises à une inspection, parce qu’elles échappent ‘a la survelilance du pouvoir civil ». Cf aussi à ce sujet, Sutri : Lettre sur le clergé (Paris, Paulin, 1844) p. 64. « Dans les établissements ecclésiastiques l’autorité civile ne peut exercer aucune espèce de contrôle ». (Juif Errant, t. 13, ch. 4). Sue a accusé les jésuites d’avoir excité au régicide, d’avoir causé des guerres entre les petits états d'Allemagne, d’être responsables de la guerre de trente ans et plusieurs autres événements historiques.
La table de ces crimes se trouve aussi chez Michelet (Le Prêtre, la Femme et la Famille, pp. 42-72. Trad. Cf. Le Juif Errant, t. X, ch. 12).
Sue montre comment le prêtre est l’ennemi du mari par le fait du confessionnal, et comment les secrets de la confession ne sont pas sacrés, mais au contraire utilisés pour le bénéfice des jésuites. (Le Juif Errant, t. IE, ch. 4). A ce propos, Sue nous renvoie à Génin (Des jésuites, 1843) : celui-ci ne nous donne rien de précis. Mais chez Michelet (Le prêtre, la femme et la famille, p; 176 de la traduction), on trouve textuellement les mêmes mots. Selon Sue, les jésuites ont leurs espions partout, et ils emploient surtout des femmes; témoin le cas de la femme de Dagobert, de la bonne d’Adrienne, de Mme Grivoise, et de Mlle de St- Dizier. Ces femmes doivent intriguer et ramasser des