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renseignements au profit de l’ordre de la Compagnie de Jésus. De plus, ces femmes commettent des crimes de toutes sortes à l’instigation des jésuites pour expier leurs propres fautes. C’est la thèse de Michelet (Le Prêtre, la Femme et la Fam., p. 40), qui cite comme autorité le récit de Léger. Au sujet de l’espionnage des jésuites, Quinet s’écrie : « Quel spectacle hideux : Toute une nation comme une communauté de jésuites, c’est-à-dire tous occupés à se dénoncer l’un à l’autre ». (Les Jésuites, 1843, Introd. : Did):
Dans le Juif Errant, Sue tâche de nous dépeindre toujours sous de sombres couleurs les conflits et les conditions qui existent dans des pays tels que l’'Epagne et l'Italie, sous la domination catholique et jésuitique. Quinet exprime les mêmes idées dans son livre l’Ultramontanisme (1843).
A propos des moyens à employer afin d’attirer dans la Compagnie de Jésus les personnes à exploiter, Sue cite Demazy (Le jésuitisme vaincu par le socialisme, 1845), pour le passage suivant : « Pour attirer quelqu'un dans la Société, il ne faut pas agir brusquement, il faut attendre quelque bonne occasion, par exemple que la personne éprouve un violent chagrin, ou encore qu’elle fasse de mauvaises affaires ». Nous n’avons pas trouvé ce passage chez Demazy : mais il existe dans le livre de Michelet et Quinet (Les jésuites, p. 90. Lévy 1843). IL faut noter ici la date de ce livre qui est antérieur à celui de Demazy. Nous voulons suggérer l'hypothèse que c’est dans le livre des jésuites que Sue a puisé ses idées sur cette question.
De plus, si nous substituons M. Hardy à la victime des jésuites, dans le livre de Michelet, et d’Aïgrigny et plus tard Rodin à l’instructeur, nous aurons précisément l’histoire de sa conversion avec les mêmes méthodes employées. (Le Juif Errant, t. XVI, ch. 29 et suivant. Voir aussi t. 11, ch. 4, la conversion de Gabriel).
Rodin dit (I. t. XIE, ch. 3) : « L'on ne saurait avoir trop d'horreur contre la liberté de la presse ». À ce propos, Sue donne la note suivante en disant qu’il cite le pape
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Grégoire XVI (Lettre encyclique du pape Grégoire XVI aux évêques de France). « Là se rapporte cette liberté funeste et dont on ne peut pas avoir assez d'horreur; la liberté de librairie, pour publier quelque écrit que ce soit, liberté que quelques-uns osent solliciter et étendre avec autant de bruit que d’ardeur ».
Nous allons suggérer en conclusion que Sue a pris très probablement ses renseignements au sujet de la correspondance des Jésuites dans Libri. Voici ce qui confirme cette hypothèse : chez Libri on trouve ce passage : « Les Jésuites sont contre la liberté de la presse. Dans le bulletin de la censure, publié par des curés de Paris, sont mis à l'index les ouvrages qui ne plaisent pas aux jésuites ». Libri. Lettres sur le clergé, 1844. Introduction).
La correspondance des jésuites et leurs méthodes d’enregistrement dont Sue a beaucoup à dire surtout dans le cas de Rodin et de d’Aigrigny sont bien résumés chez Libri (Id. p. 67. Libri était membre de l’Institut). « La correspondance des jésuites, si active, si variée et organisée d’une manière si merveilleuse a pour objet de fournir aux chefs tous les renseignements dont ils peuvent avoir besoin; chaque jour le général reçoit une foule de rapports qui se contrôlent mutuellement. Il existe dans la Maison centrale à Rome d’immenses registres où sont inscrits les noms de tous les jésuites, de leurs affiliés et de tous les gens considérables, amis ou ennemis, à qui ils ont à faire. Dans ces registres, sont rapportés sans altération, sans haine, sans passion, les faits relatifs à la vie de chaque individu (Le Juif Errant, p. 29. L'enregistrement des descendants de Marius Rennepont). C’est là le plus vaste recueil bibliographique qui ait jamais été formé. La conduite d’une femme légère (id.), les fautes cachées d’un homme d’état (id.), sont racontées dans ce livre avec une froide impartialité. Rédigées dans un but d'utilité ces biographies sont nécessairement exactes. Quand on a besoin d’agir sur un individu, on ouvre le livre et lon connaît immédiatement sa vie, son caractère, ses qualités ses défauts, ses projets, sa famille, ses amis, ses liaisons
les plus secrètes, c’est un immense livre de police qui embrasse le monde entier ». (Les méthodes de Rodin dans le Juif Errant).
Louandre remarque le même fait (Rev. des Deux Mondes, 1841 Enseignement des jeunes filles par les nonnes) : —— « Les noms des jeunes filles qui seront utiles plus tard sont envoyés à Rome par les nonnes. La centralisation de tels renseignements privés sur les filles des familles importantes du monde catholique doit faciliter beaucoup d’intrigues et être d’une grande utilité à la politique ultramontaine ». Michelet cite Louandre dans « Le Prêtre, la Femme et la Famille » (p. 233, édition citée).
La formule « perinde ac cadaver » se trouve dans bien des passages des œuvres de Sue. Thiers, Libri, Michelet, Quinet, Genin, emploient l’expression aussi souvent. C’est une formule qu’admet Veuillot, mais il explique que St Ignace l’emploie ainsi pour indiquer la promptitude et la simplicité de l’obéissance du jésuite envers les préceptes de son ordre. [(L’Univers du 1* mai 1845). Dans toutes les éditions des Constitutions des jésuites, depuis 1627, jusqu’à 1810, on lit : perinde ac ut cadaver.….|.
Il y a encore une chose à considérer dans la compilation des matériaux dont Sue a pu se servir. C’est l’invective de certains écrivains. Nous avons vu comment Sue” traite de jésuites tous les prêtres, et déclare qu’ils arrivent à leurs fins — per fas aut nefas — expression célèbre de Thiers. Or le Journal des Débats était de tous les journaux le plus acharné contre les jésuites et de tous les rédacteurs de ce journal, Cuvillier-Fleury montrait le plus d’acharnement. Dans un article du 12 avril 1845, il écrivit ainsi « Le pays s’est insurgé contre les ordonnances. Qu’était-ce que les ordonnances ? Le jésuitisme qui ressuscitait par un Coup d’Etat inspiré par les confesseurs de cour, prophétisé par M. de Quelen, destiné à rétablir l’influence sacerdotale au-dessus de tous les pouvoirs et à cacher le manteau du roi constitutionnel sous le cilice du pénitent humilié. Le gouvernement, fondé par les Ordonnances eût été une théocratie de moines tem-
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pérée comme au bon temps par des mousquetades; une St Barthélémy à l’état chronique. La France a fait une révolution contre ces prétentions, stupides et furieuses ».… Cuvillier Fleury déteste « les jésuites, les confesseurs, les abbés de cour, les hypocrites patentés, les marchands d’indulgences, les pourvoyeurs d’absolution, les colporteurs de pieuses calomnies ». Il attaque « cette superfétation honteuse qui s’attache à la religion et pour en dénaturer l'esprit et pour en souiller la morale ». L’expression varie, mais la pensée reste la même. Genin (Les jésuites et l’Université, 1844) fut l’auteur des plus violents et des plus injurieux pamphlets que l’université ait lancés contre le jésuitisme. Dans toutes ses productions, traductions, réimpressions, compilations, Genin se propose d'établir que les jésuites sont tous ignorants, méchants, avares, fanatiques, féroces, corrompus, bêtes et néanmoins très adroits; et que la religion, défigurée par eux, n’est plus aujourd’hui qu’un ensemble de supercheries grossières dont le clergé se sert pour escroquer l’argent de ceux qu’il abrutit. Ces lignes résument Genin et Sue. Dans les passages qui précèdent, nous avons cru trouver assez de matériaux pour suggérer la source probable du roman et surtout des invectives de Sue, le journalisme et ses profits mis à part. Tous ces écrits datent en général de 1842, moment où Sue a commencé les feuilietons du Juif Errant. Quelques articles de journaux apparaissent peut-être au courant des livraisons des feuilletons. Mais Sue admet lui-même qu’il écrivait au jour le jour et qu’il trouvait quelquefois son inspiration de jour en jour entre la publication de chaque feuilleton. Au sujet des calomnies de Rodin. Libri, Lettres sur le clergé, page 75, en parlant des calomnies des jésuites, cite la 15° Provinciale, « Ce n’est qu’un péché véniel de calomnier et d'imposer de faux crimes pour ruiner de créance ceux qui parlent mal de nous. Il n’y a point de péché mortel, à calomnier pour conserver son honneur ».