‹ Les Idées Sociales de Georges SorelChapitre 14 sur 47 · NAT · texte numérisé non relu

NAT

Qu'est-ce, en effet, que le « Contrat social », sinon la « suppression de la volonté particulière » sous-la règle de la cité ?2(1) pi

Quant à Fourier, malgré ses airs libertaires, son œuvre renferme « beaucoup de passages qui montrent que l’appui de l'autorité ne lui aurait pas répugné. Nous savons, d’ailleurs, que dans toutes les organisations sentimentales, une discipline de fer s’impose d’elle-même; c'est ce que nous montrent les corps monastiques, les bandes sauvages, etc. »(2).

Enfin, l’utopie saint-simonienne reposait tout entière sur la toute puissance de l'Etat, et mettait à la tête de la production des « hommes généraux ». Son but était de transformer l’industrie selon un plan unitaire, « napoléonien » (3).

Aussi, retrouvons-nous dans ces trois utopies intellectuelles le fond étatiste et autoritaire que nous avons signalé dans les utopies socratiques (#.

HAN ee Se 6 ee Se ee ee ce sers os ee

Critique de l’utopie économique de Saint-Simon, Sorel devait tout naturellement critiquer la philosophie du plus fameux disciple de Saint-Simon, Auguste Comte, le père du positivisme et le fondateur de la sociologie.

(1) Insegnamenti, p. 201.

(2) Préface à Pelloutier, p. 36.

(3) Insegnamenti, p. 201.

(4) Nous verrons plus loin les reproches adressés par Sorel aux Saint-Simoniens, et surtout à Fourrier, sur la question morale. Rappelons, pour en finir avec ce reproche d’étatisme et d’autoritarisme, qui tient tant à cœur. à Sorel, qu’il avait critiqué le despotisme économique des Physiocrates : « Leur mépris des libertés politiques et leur souci d’une stricte administration en vue d’une grande prospérité économique, conduit au despotisme et fait prévoir l’Empire. » (Jllusions, p. 108.)

Pour notre auteur, nous le savons, « croire à l’existence d’une physique sociale est, de toutes les illusions, la plus dangereuse ». Nous l'avons montré combattant aux côtés de Bergson pour le triomphe de l'esprit métaphysique sur l'esprit positiviste.…

Mais Sorel, polémiste autant que philosophe, n’est pas resté sur le terrain spéculatif et doctrinal, il s’est emparé de chaque occasion favorable pour ridiculiser Auguste Comte et ses disciples. Par exemple, Auguste Comte proposait à ses fidèles d’adorer la Terre, l'Espace, l'Humanité, et Sorel d'ajouter : « 11 aurait pu tout aussi bien proposer à leur adoration la vapeur d’eau, les plaques photographiques et la Blibliothèque Nationale. » (1)

Auguste Comte, enfin, n’a pas failli à la tradition de despotisme étatiste que Sorel avait critiqué chez les autres intellectuels ses prédécesseurs. N'’a-t-il pas, dans ce sens, écrit la phrase fameuse : « Il n’y à pas de liberté de conscience en géométrie. »(2)

be au ee te leo refaite one ces ee ele ee ne eine de ed tue ee eus es au.»

Le dilettantisme intellectuel de Renan ne pouvait que trouver son compte dans « l'exploitation des producteurs par l'Etat ». Sorel et son disciple Berth l’attaquent violemment (3).

eo ere lare) stels aiaue) sn le se at 0 at eu le cle tie ss + een ee de te

(1) V. Mouvement socialiste, 3 série, 1907, t. 1, p. 13 et suivantes. Georges SOREL : La crise morale et religieuse.

(2) Nous devons noter que Proudhon, le maître de Sorel à tant de points de vue, était cependant rationaliste et peste (V. Prrou, thèse, p. 247 et suivantes, et aussi

irou, in Proudhon et notre temps, p. 197-198.) Sorel déplore d’ailleurs le rationalisme de Proudhon : voir notamment sa Préface aux Méfaits des intellectuels de Berth, p. XXXVII.

(3) V. Soret, article sur « Les cahiers de jeunesse de Renan », Mouvement socialiste, 1907, t. 21, p. 456, et Berth, article sur le « Système historique de Renan », par Sorel.

Mais c’est surtout sur les personnes des Intellectuels contemporains que s'exerce la verve de Georges Sorel.

Les plus cruellement et fréquemment touchés sont précisément ceux que leurs opinions politiques inclinent vers le socialisme. Sorel les accuse de se servir de la classe ouvrière pour conquérir l'Etat qu'ils confisqueront ensuite à leur profit exclusif.

[1 supplie les prolétaires de ne pas se laisser hypnotiser par des titres universitaires sans valeur, ou par des formules d’une éloquence creuse. Les Intellectuels ne veulent pas l'avènement de la « dictature du prolétariat », mais de la « dictature représentative du prolétariat » (1).

Ils « ne sont pas, comme on l’a dit souvent, des hommes qui pensent : ce sont des gens qui font profession de penser et qui prélèvent un salaire aristocratique en raison de la noblesse de cette profession » (2).

Ils se valent tous :

Chefs du parti socialiste, qui ont fini par constituer une espèce de « clergé politique aussi nuisible au socialisme que le cléricalisme à la religion » (8).

Mouvement socialiste, 1907, I, p. 179. À propos de Renan, on peut citer une phrase d’Anatole France qui justifierait les critiques de Sorel contre l’auteur de la Vie de Jésus en particulier, et les intellectuels en général : « J’ai remarqué chez les hommes les plus savants et les mieux avertis que j’aie connus, Renan, Berthelot, une tendance marquée à jeter au hasard de la conversation des utopies rationnelles et des prophéties scientifiques. » Sur la pierre blanche, p. 145.

(1) Matériaux d’une théorie du prolétariat, p. 94,

(2) Réflexions, p. 240.

(3) SoREL : Revue politique et parlementaire, 1898, t. 18, page 597 et suivantes.

LG =

qui confondent la lutte de classe avec-la plus basse démagogie et ne tendent qu'à un but : « Se faire (à tout prix) une clientèle électorale. » (1)

Jaurès, que sa duplicité paysanne à fait justement comparer à « un merveilleux marchand de bestiaux » (2).

Vandervelde, « personnage encombrant, s’il en fut jamais, qui ne peut se consoler d'être né dans un pays trop petit pour son génie » (3).

Francis de Pressensé, « médiocre barbouilleur de lourdes chroniques, parvenu, grâce à des côteries protestantes, à une situation qui était hors de proportion avec son petit talent » (4).

Benoît Malon, « homme très médiocre », et Rouanet et Fournière, « journalistes comme on en rencontre par centaines, absolument dépourvus de cuiture et n'ayant de remarquable que leurs prétentions » (5).

MM. Millerand, Viviani et Briand ne bénéficient pas d’une plus large indulgence.. (6).

Littérateurs Dreyfusards : Zola, « petit esprit (7) ridicule, qui a parlé des ouvriers avec la stupidité d'un reporter de police » (8).

(1) Sorez : Mouvement socialiste, 1906, 18, p. 195. L dèclin du parti socialiste international.

(2) Réflexions, p. 108.

(3) Réflexions, p. 67 en note.

(4) Révolution Dreyfusienne, p. 26.

(5) Confession, p. 10.

(6) Cf. contre Millerand, article sur « L'Esprit petit bourgeois » in Matériaux, p. 145 et suivantes. Contre Briand, v. Illusions, p. 275. Contre Viviani, Réflexions, . 30 et 31. Contre Viviani et Briand, Indépendance du + mars 1910.

(7) Révolution Dreyfusienne, p. 35.

(8) Indépendance, 1911, p. 232.

Anatole France, « délicat amuseur des boudoirs de la plaine Monceau, transformé par quelques badauds en oracle du socialisme, .s’étonna d’abord beaucoup de cette métamorphose, mais a fini par se demander tout de bon si, vraiment, en contant ses petites drôleries aux belles dames et aux gentils messieurs de la finance, il n’avait pas découvert l'énigme de la question sociale » (1).

Page 1