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nique nécessaire pour diriger la production en dehors de toute ingérence des intellectuels (1).
Que les travailleurs manuels soient des producteurs et le travail manuel respectable au plus haut degré, personne ne songe aujourd’hui à le contester. Qu'il y ait, d'autre part, une différence d'utilité sociale entre un commerçant et un industriel, en faveur de ce dernier, cela est également certain.
L'admirable organisation technique de l’Allemagne, dont la guerre nous a fait sentir toute la puissance, a démontré la nécessité de développer chez nous l’enseignement professionnel.
Mais c’est, de la part de Sorel et de l’école syndicaliste, une inadmissible exagération que de considérer le travail sous son seul aspect matériel et de dénier le titre de producteur à ceux dont la profession est étrangère à l’économie.
M. Guy-Grand a mis en lumière le caractère psychologique du travail : « Ce qui caractérise le vrai producteur, c’est sa vie intérieure appliquée à son travail. » (2)
On a repris la même critique, mais sous une forme plus philosophique, et qui, certainement, s’il l’a connue, a dû frapper Georges Sorel, car il était mis en contradiction avec son maître Bergson. On a dit : « Bergson n’a-t-il pas distingué la connaissance intuitive, qui s’installé d'emblée dans son objet, d'avec la connaissance intellectuelle qui contemple le sien du dehors et prend sur lui une série de vues super-
(1) Proudhon avait déjà réhabilité le travailler manuel et proclamé sa supériorité sur l’Intellectuel dans des termes lyriques. (V. Prrou, thèse, p. 48-72.)
(2) Guy-GranD : La Philosophie syndicaliste, p. 160.
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ficielles ? Cette distinction étant admise, si l’on essaye de définir la production, ou du moins de s’en faire une idée vraiment, adéquate à la réalité, telles que le sont les notions intuitives, il semble bien qu’il faille envisager l’action productive en soi, non au travers des manifestations spectrales.
C’est que les disciples de M. Sorel n’ont pas compris — ou plutôt n'ont pas voulu comprendre — ceci : qu'en confondant « production » et « manufacture », ils s’attachaient à de simples manifestations spectrales, comme le fait l'intelligence, au lieu d'atteindre la réalité en soi, comme le fait l’intuition; et qu'en identifiant le travailleur manuel au producteur, ils raisonnent précisément — chose paradoxale, mais réelle — comme l’auraient fait des intellectuels et des docteurs en droit positivistes » (1).
Ces critiques justifiées, Georges Sorel, esprit éminemment subtil, n'avait pas pu ne pas les prévoir.
S'il a donc, malgré tout, énoncé sa définition étroite du producteur, c’est qu'il était guidé par un motif supérieur. Il ne faut pas oublier que Sorel, — et c’est une des conséquences de son antiintellectualisme, — n’a pas de prétention théorique : nous l'avons entendu recommander à ses disciples de tout subordonner au but pratique poursuivi.
Qu'importe désormais qu'une thèse soit d'une exactitude discutable si, pratiquement, elle aboutit aux résultats cherchés ? (2) La fin justifie les moyens!
Quelle fin poursuit Sorel ? La suite de cette étude nous l’apprendra peut-être et nous donnera la clef des exagérations voulues de l’antiintellectualisme de notre auteur.
(1) Sergos : Le néo-marxisme syndicaliste, thèse d’Aïix, 1913. Paris, Arthur Rousseau.
(2) Nous aurons l’occasion de revenir sur cette idée pragmatiste de Sorel. Cf. Infrà.