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sée: elle est dictée, non par l'amour, mais par la peur du prolétariat. Il appelle la philosophie de la solidarité, la « philosophie de l’hypocrite lâcheté » (1),
Mais ce que Sorel redoute surtout, c’est l'influence débilitante de ces doctrines bourgeoises sur le prolétariat. Il attend du prolétariat les plus grandes actions; mais, pour qu'il entraîne l'humanité décadente dans le saut révolutionnaire dont elle se relèvera régénérée, il est indispensable que le prolétariat possède un sentiment juridique assez développé (2).
Or, « la démocratie moderne s'efforce d'empêcher ce mouvement vers le droit, en lui opposant sa doctrine du « devoir social » (8).
Jadis, les devoirs sociaux existaient également, mais la charge en était imposée aux faibles par les forts. Ces derniers seuls avaient des « droits ». C'était, au point de vue politique, les devoirs des sujets visà-vis du droit absolu du souverain; au point de vue social, les privilèges de certaines classes par rapport à la condition inférieure des autres.
Mais il arrive que des devoirs deviennent trop lourds à supporter : on veut passer du système de devoirs à un système de droits (4) : c’est là le but de toutes les révolutions. Sorel choisit dans l'histoire deux exemples de cette transformation.
(1) Révolution Dreyfusienne, p. 21.
2) Sur la nécessité du développement du sentiment juridique dans le peuple : « Voir Introduction à l'Economie moderne, p. 80-81, et aussi p. 122 : « Les sentiments juridiques doivent occuper chez le travailleur moderne la place des sentiments religieux chez les anciens moines. »
(3) Insegnamenti, p. 35.
(4) Insegnamenti, p. 39 et suivantes. — Les droits acquis de Lassalle (Mouvement socialiste, 1906, t. SD 476) Illusions, p. 316,
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D'abord, ce qu’il appelle « la Révolution du xv* siècle », révolution pacifique, due à l'introduction du droit Romain, et dont le résultat a été la création du droit absolu des souverains, auxquels, jusque-là, l'Eglise avait imposé des devoirs vis-à-vis de leurs sujets. |
Sorel cite ensuite la Révolution de 1789, avant laquelle « les classes dirigeantes n’acceplaient pas le devoir social pour elles, mais prétendaient l’imposer dans toute sa rigueur aux classes inférieures ; à la veille de la catastrophe, les seigneurs devenaient plus attachés à leurs prérogatives qu'ils ne l'avaient été quelques années auparavant ». Les assemblées révolutionnaires prétendirent faire disparaître ce régime (1), « La force nouvelle supprima les devoirs Sociaux qu’on avait imposés au Tiers-Etat ‘par la force, et le droit civil demeura seul pour régler les relations » (2)...
Les classes dirigeantes d'aujourd'hui ont cru tirer habilement une leçon de l’histoire, et réussir à écarter le péril révolutionnaire en renversant les rôles: nous les avons vues s'imposer à elles-mêmes des devoirs, s’instituer les bienfaiteurs des pauvres et s’efforcer de « racheter leur supériorité sociale » (3). « Elles croient que la révolution prolétarienne devient ainsi impossible puisqu'elle n’a plus pour objet de repousser un joug imposé par une dure hiérarchie. » Mais, dit Sorel, « les sectateurs du devoir social s’illusionnent ».
(1) Insegnamenti, p. 42.
(2) Zllusions, p. 316.
(3) Voir à ce sujet Insegnamenti, p. 44-45, et Illusions, p. 316-317, €
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La notion du devoir est, en effet, « quelque chose de complètement indéterminé » (1). Les concessions faites par les patrons pourront toujours être jugées insuffisantes par leurs bénéficiaires, les ouvriers, et cela d'autant plus, que ces concessions mêmes, qu'ils ont fini par accorder, avaient été proclamées tout d’abord impossibles par les patrons. Ceux-ci apparaissent donc aux ouvriers comme des ignorants ou des menteurs (2). Les conciliations deviennent des encouragements pour les prolétaires à qui le capitalisme apparaît comme étant libre (3). « Ainsi s’introduit la notion de l'infinité de la production, qui est un des postulats de la théorie de la lutte de classes dans le socialisme de Marx. » (4) Le patron semble le dispensateur de toutes sortes d'avantages dont il pourrait se dépouiller, puisqu'effectivement, il en abandonne une partie, mais qu’il garde autant que possible par devers lui.
« Les ouvriers estiment donc qu'ils seraient dupes s'ils n'exigeaient pas tout ce qu’ils peuvent obtenir; ils considèrent le patron comme un adversaire avec lequel on traite après une guerre. Il n’y a pas plus de devoir social qu'il n'y a de devoir international. » (6)
I ne faut pas, si l’on veut avoir une idée exacte des choses, les envisager d'un point de vue objectif, et, par exemple, s’extasier avec les démocrates sur les résultats déjà obtenus par l'application des idées
(1) Réflexions, p. 83.
(2) Ibid., p. 88.
(3) Ibid, p. 88.
(4) 1bid., p. 88-89.
(5) 1bid., p. 89,