CHAPITRE V
Les marifestatiors de la violerce
Il faut tout d’abord se garder d’une erreur : on pourrait craindre « que la violence ne gêne le progrès économique et ne soit dangereuse pour la moralité lorsqu'elle dépasse une certaine limite » (1).
Mais qu'on se rassure. Un grand développement de la brutalité n’est pas nécessaire pour que la violence accomplisse son œuvre. Si les ouvriers sont bien préparés à leur rôle, si leur conscience de classe est tenue en éveil par l'attitude énergiquement défensive des patrons, la violence prolétarienne n'aura besoin, pour s’exercer, que d'incidents peu graves, mais dont l’importance sera immédiatement amplifiée par les esprits surexcités des militants (2).
La violence n’est donc pas tant pour Sorel un état de guerre externe, « qu’une guerre interne, accompagnée de manifestations extérieures, seulement dans la mesure où celles-ci sont nécessaires pour prouver, développer et intensifier celle-là » (8).
(1) Réflexions, p. 273.
(2) V. Réflexions, p. 273-279. Mais Sorel a soin d’ajouter que la violence augmente au contraire devant les platitudes des Intellectuels ; les prolétaires répondent à leurs politesses par des coups de poing et, par la plus vigoureuse propagande antipatriotique, à leurs théories sur la solidarité. (Réflexions, p. 280-283.)
(3) Prrou : Thèse, p. 97.
Nous nous demanderons d’abord quelles sont ces manifestations extérieures de la violence, pour l’étudier ensuite à un point de vue interne et subjectif, comme un « sentiment » de l’âme prolétarienne.