‹ Les Idées Sociales de Georges SorelChapitre 32 sur 47 · AE · texte numérisé non relu

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Contre cette théorie des mythes sociaux, « si curieuse, si ingénieuse, si intelligente » (2), on a élevé diverses objections.

M. Guy-Grand (3) l'a discutée d’un point de vue philosophique et, si l’on peut dire, antibergsonien. « Est-il possible, a-t-il demandé, d'éviter ce contrôle de l'intelligence que l’on voudrait à toute force écarter ? » ou encore : « Les philosophes syndicalistes, ces ennemis de toute utopie, sont-ils sûrs d’en être bien purgés, sont-ils absolument fidèles à leur doctrine ? »

Le seul fait d'entrevoir un ordre nouveau après la catastrophe révolutionnaire, si sommaire qu'en soit la description, serait, suivant M. Guy-Grand, une construction intellectuelle.

(1) M. Guy-GRanD (La philosophie syndicaliste, p. 37) fait justement remarquer que « l’opposition du moi superficiel et du moi profond, du mécanique et du vivant, M. Sorel et ses disciples la trouvent en économie, dans le contraste entre l’échange et la production ; en science sociale, dans l’opposition entre l'utopie et le mythe ; en pes dans lantagonisme entre le réformisme et la

évolution totale, ‘entre la démocratie et le socialisme. »

(2) GUuy-GRAND : La Philosophie syndicaliste, p. 4. (3) V. cette discussion, ibid., p. 84 et suivantes.

Et n'est-ce pas précisément cette construction intellectuelle, l'espérance de cet avenir qui soutient le prolétariat dans la lutte ? Car, enfin, il ne combat pas pour le plaisir de combattre; la grève générale n'est pour lui qu'un moyen et non pas une fin. « C’est son but seul qui rend admissible la violence prolétarienne ». Le mythe, ici, bien loin de s'opposer à l'utopie, se trouve donc subordonné à une utopie.

Donc, malgré l’habileté de M. Sorel, l'examen de sa théorie aboutit à cette conclusion « intellectualiste » « qu’il est impossible d'éliminer, non seulement l'intelligence, mais la finalité de l’activité humaine. »

Sorel répondrait sans doute à l'objection, qu’il a énoncé sa théorie de la grève générale sans garantie de réalisation, et que, s’il lui est arrivé d'exprimer ses idées sur la société future, il l'a fait avec une extrême prudence, en présentant sa conçeption sous une form: hypothétique. Dès lors, on ne pourrait le qualifier d’utopiste, le propre de celui-ci étant de prendre ses rêves pour la réalité prochaine.

Mais la critique de M. Guy-Grand garde toute sa valeur, si l’on considère, non plus le théoricien qu'est Georges Sorel, mais les militants syndicalistes.

1 suffit de lire leurs tracts et leurs bulletins de propagande pour se rendre compte qu'ils estiment la grève générale parfaitement réalisable. Ils se livrent, d'autre part, à des descriptions détaillées, à de véritables plans d'organisation de la société régénérée par la Révolution. Chez eux, le mythe se confond étrangement avec l'utopie, au po qu’on n’aperçoit plus guère que celle-ci.

Le

Sur cette question du mythe, nous relevons done une première divergence entre les militants et les philosophes de la « Nouvelle Ecole » (1).

. Mais alors, Georges Sorel et ses disciples ne se sont pas conformés à leur mission, qui était de traduire le plus exactement possible les aspirations de l'âme révolutionnaire ? On peut retourner contre eux le reproche que Sorel adressait lui-même aux Intellectuels : de « penser pour le prolétariat ».

On a adressé à Sorel un autre grief, d'ordre pratique. On lui a dit : si la grève générale est seulement un mythe Mi] peut se faire parfaitement qu'elle n’arrive jamais, et que le prolétariat soit déçu dans son attente, comme les premiers chrétiens qui croyaient à la fin prochaine du monde et à l'avènement du royaume des cieux.

Enfin, même en admettant que la Révolution se réalise sous la forme espérée, il se peut encore, puisque, d’après Sorel, l'avenir est imprévisible, qu'elle ne se termine pas par une victoire, mais par l’écrasement des prolétaires.

« Jouer ainsi, à pile ou face — que dis-je, avec une chance sur trois, — le sort du prolétariat, afin de conserver à Marx son rang de prophète dans la théologie socialiste, c’est jouer plus que légèrement avec le pain, da vie et les espérances des travailleurs !»

(4) M. MuLrer signale cette divergence dans sa thèse, p. 188-189. Nous en retrouverons d'autres, Cf. Infrà : La société future.

Mais M. Fournière, qui a poussé cette apostrophe indignée (1), n’a pas compris le caractère essentiellement moral de l’œuvre sorélienne. Nous avons, à plusieurs reprises, insisté déjà sur ce point. Nous serons amenés, dans la suite de cette étude, à y revenir encore. Le but n’est rien, pour notre auteur, le mouvement seul importe. Le mouvement, c’est-à-dire l’action, la lutte d'où nait le sublime.

Il le proclame hautement : « Quand l’idée de grève générale n'aurait pour résultat que de rendre plus héroïque la notion socialiste, elle devrait déjà, par cela seul, être regardée comme ayant une valeur inappréciable. » (2)

On a vu dans les mythes la mystique nouvelle d’un prolétariat qui a perdu la foi dans les vieilles divinités et l’on en a fait grief à Georges Sorel, surtout dans le parti socialiste réformiste. Jaurès l’a traité ironiquement de « métaphysicien », ce qui, dans son esprit, était le synonyme de « clérical ».

Quant à la pensée des démocrates, elle a été exprimée par M. Bouglé (3) avec une netteté dépourvue d'artifices : « Il est bon, pour le socialisme aussi, que le peuple croie. M. Sorel vous démontrera complaisamment — en invoquant l'autorité de M. Bergson, qui n’en peut mais — que ses mythes sont le nécessaire alcool du prolétariat. Y aurait-il done,

(1) Dans-la Revue socialiste, 1909, t. 49, p. 97 et suivantes.

(2) Réflexions, p. 202.

(3) Syndicalisme et démocratie, p. 93-94,

parmi ces apôtres du néo-syndicalisme, des transfuges du catholicisme ? Toute cette mythologie sent son cierge. » (1)

Georges Sorel a protesté avec beaucoup d'énergie contre cette interprétation de sa doctrine (2). Le syndicalisme révolutionnaire n'a pas, a-t-il dit, le caractère d’une religion. La confusion créée par ses adversaires vient de « l'emploi laïc et défectueux » du mot « mystique ».

Les militants du prolétariat sont sans doute des mystiques (3), si l’on entend par là des « individus désintéressés, enthousiastes, prêts à faire le sacrifice de leur vie ». Mais ce ne sont pas des mystiques au sens religieux du mot, ils ne pratiquent pas les « états d’'oraison », qui sont pour les théologiens la caractéristique du mystique (. Il faut se méfier des rapprochements artificiels « de cette critique concordiste qu'affectionne beaucoup notre monde universitaire » (5).

Malgré tous les plus subtils arguments, « aucun dialecticien ne pourrait persuader à nos socialistes qu'ils sont « des chrétiens sans le savoir ». Or, c’est surtout l’idée que les hommes se forment de la nature vraie de leur rôle, qu'il importe de connaître pour comprendre l’histoire. » (6)

.() La même idée est exprimée par Fournière dans l’article déjà cité sur les « Illusions de la Violence ». Revue socialiste, 1909, p. 108.

(2) Cf. Matériaux, p. 309 et suivantes. « Le caractère religieux du socialisme ».

(3) Matériaux, p. 355.

(4) Matériaux, p. 356.

(6) Matériaux, p. 352.

(6) Matériaux, p. 352,

Certes, « dans bien des cas, des institutions religieuses et des institutions socialistes peuvent avoir sur le monde des réactions assez semblables pour qu'il y ait intérêt à se servir de l'expérience déjà longue du catholicisme pour éclairer l'expérience toute jeune du prolétariat, mais de ces comparaisons établies entre des réalisations, il faut se garder de conclure à l'identité des forces intérieures » ().

En ce qui concerne spécialement les mythes sociaux, Georges Sorel a précisé la question dans des termes qu’il importe encore de noter (2) : « J'ai dit que la révolution prolétarienne apparaît aux ouvriers actuels comme toutes les grandes révolutions apparurent à leurs promoteurs : comme un drame dont les péripéties ne sauraient être prévues, mais dont l’ensemble est clairement figuré. Lorsque nous avons à nous déterminer dans la vie commune, nous procédons aussi en nous représentant l'avenir sous une forme dramatique capable de diriger nos sentiments. Ces constructions sont de la même nature que les mythes sociaux, mais elles s’évanouissent avec rapidité, tandis que ceux-ci peuvent acquérir une solidité qui leur donne une apparence d’historicité. I m'avait paru naturel de donner le nom de mythe à ces constructions, par analogie avec les mythes platoniciens qui ne sont pas non plus des œuvres religieuses, mais où l’on est d'accord pour trouver l'expression la plus ASIE de la pensée du philosophe. »

(1) Matériaux, p. 258-259.

(2) In Mouvement socialiste, p. 28 et suivantes, article primitif sur « Le caractère religieux du socialisme » (critique de l’ouvrage de M. Dolléans).

La cause est donc bien entendue : faire du socialisme une nouvelle religion, ce serait tenter une résurrection ridicule des mascarades saint-simoniennes, ou reprendre les idées ultra-intellectualistes d'Auguste Comte. Sorel s'y refuse absolument. Ses théories sont purement laïques. Leur grande élévation ne saurait en changer le caractère (1).

B) Rôle du mythe de la grève gérérale

Cet examen critique de la théorie des mythes sociaux va nous permettre de comprendre les développements fournis par Sorel à propos du rôle idéologique du mythe par excellence, celui de la grève générale.

« L'adhésion à la grève générale serait, d’après lui, le « test » au moyen duquel le socialisme des travailleurs se distingue de celui des révolutionnaires amateurs. » (2)

« Les grèves ont engendré dans le prolétariat les sentiments les plus nobles, les plus profonds et les plus moteurs qu’il possède ; la grève générale les groupe tous dans un tableau d'ensemble et, par leur rapprochement, donne à chacun d'eux son maximum d'intensité; faisant appel à des souvenirs très cuisants de conflits particuliers, elle colore d’une vie intense tous les détails de la composition présentée

(1) SoREL renvoie d’ailleurs la balle à ses adversaires démocrates et accuse la démocratie de copier le catholicisme au point « qu'on a pu confondre avec la religion le socialisme politique ». (Matériaux, p. 361-362.)

(2) Réflexions, p. 169.

à la conscience. Nous obtenons ainsi cette intuition du socialisme que le langage ne pouvait pas nous donner d’une manière parfaitement claire, et nous l’'obtenons dans un ensemble perçu instantanément. » (1)

Dans cette image dramatique, « tous les éléments de la lutte reconnus par le socialisme moderne » sont concentrés, les thèses capitales du marxisme y trouvent leur justification (quoi qu'en aient dit longtemps les « représentants officiels » de cette doctrine).

Cest d’abord l'idée de la lutte de classe que la grève générale porte à sa perfection. Elle scinde la société « en deux camps, et seulement en deux, sur un champ de bataille » (2).

Elle fait de cette scission un état permanent. « Elle entraîne dans le sillage révolutionnaire tout ce qu’elle touche (3), les incidents « les plus minimes de la vie journalière » en sont pour ainsi dire colorés.

Enfin, elle s'oppose à « toutes les réformes, même les plus populaires, comme ayant un caractère bourgeois ». Elle rend impossible toute politique sociale. » (4)

La grève générale correspond exactement à la révolution catastrophique annoncée par Marx.

Cette révolution, Marx souhaitait qu’elle se produisît, nous le savons, seulement dans une période de prospérité économique. Mais c’est justement le fait des grèves de choisir les moments de haute pro-

(1) Réflexions, p. 182.

(2) Réflexions, p. 191.

(3) Réflexions, p. 193.

(4) Réflexions, p. 195.

duction pour éclater, car elles possèdent alors les plus grandes chances de réussite, « en sorte qu’on peut dire que le seul fait d'identifier révolution et grève générale éloigne toute possibilité de concevoir qu'une transformation essentielle du monde puisse résulter de la décadence économique » (1).

Marx défendait les constructions utopiques sur l'avenir. La grève générale, qui ne comporte pas de projet de meilleure organisation de la production, mais seulement la cessation momentanée du travail, répond au vœu du grand socialiste.

Marx avait insisté sur le caractère irréformable de la Révolution, après laquelle s’ouvrirait réellement une ère nouvelle de l’histoire : « Avec la grève générale, ils devient impossible de ne pas voir qu'une sorte de flot irrésistible passera sur l’ancienne civilisation. » (2)

Mais, pour posséder ces caractères et ces vertus, la grève générale doit être pure de toute influence politique. Les prolétaires ne doivent pas interrompre leur travail pour obéir aux ordres d’un état-major d’intellectuels intrigants dont le seul but est la conquête de l'Etat. La Révolution politique n’aboutit qu'à une transformation gouvernementale, Or, le prolétariat ne veut pas seulement changer de maître, il veut supprimer les maîtres. La nouvelle société doit être une société « d'hommes libres ».

La grève générale économique seule peut aboutir à ce résultat.

Elle est, en effet, un mouvement à la fois collectif

() Réflexions, p. 201, (2) Réflexions, p. 198.

et individualiste (1) qu'on peut comparer avec les guerres de la liberté (2.

L’admiration de Sorel pour les soldats de l’an IT rappelle tes strophes du Victor Hugo des « Châtiments » (3).

Chaque combattant de ces guerres avait conscience de l'importance de son rôle, et les batailles étaient essentiellement des « aceumulations d’exploits héroïques accomplis par des individus qui puisaient dans leur enthousiasme les motifs de leur conduite »(4),

De même, dans « les groupes ouvriers qui sont passionnés pour la grève générale, on retrouverait, d’après notre auteur, ce caractère individualiste, « chacun marchant avec le plus d’ardeur possible, opérant pour son compte, ne se préoccupant guère de subordonner sa conduite à un grand plan d’ensemble savamment combiné » (6).

Les socialistes parlementaires combattent cet epsrit d'indépendance des syndicats. Ils les ‘accusent de : tendances anarchistes, mais ces tendances mèneront

(1) V. Réflexions, p. 375.

(2) La légende des guerres de la Révolution a fait sur Sorel une grande impression. Il le reconnait lui-même, en parlant du rôle idéologique des guerres et des Révolutions : « Elles nous frappent si fortement qu’elles nous enlèvent presque toute liberté d'appréciation ; pour la majorité des hommes, l'histoire se réduit à ces légendes qui s’impriment dans la mémoire depuis la plus tendre enfance avec un ton de sentiment si fort qu’elles ne peuvent plus être déracinées par la raison quand on arrive à l’âge mûr. » (Insegnamenti, P. 95.) — Dans le même ouvrage, Introduction, p. 45, il dit des guerres de la Li- -berté :- & Ces -luttes, auprès desquelles pâlissent les -plus glorieuses expéditions de nos anciens Rois... »

(3) V. Huco : Les Châtiments : « Sur l’obéissance passive ».

(5) Réflexions, p. 375.

le prolétariat à la victoire, comme elles ont permis aux sans-Cculottes « de rosser si copieusement et contre toutes les règles de l’art, les armées de la coalition » (1).

Les exemples choisis par Sorel dans l’histoire religieuse pour appuyer sa théorie générale des mythes, Jui avaient valu l'accusation du mysticisme le plus réactionnaire. Ses comparaisons de la grève générale ‘avec la bataile napoléonienne et de l'esprit des militants syndicalistes avec l'enthousiasme des soldats de Hoche et de Marceau lui ont attiré, de la part -des mêmes adversaires, les épithètes péjoratives de « belliciste » et de « militariste ».

Il faut reconnaître, sinon le bien-fondé de la critique, du moins l'exactitude du fait.

Notre auteur, poussé par son goût de l’héroïsme, souscrit entièrement aux éloges décernés, après J. de Maistre, par son « maître » Proudhon, à la guerre. Dès le début de sa carrière d'écrivain, dans le Procès de Socrate, Sorel reproduisit, en les faisant siennes, les phrases enthousiastes de l’auteur de La Guerre el la Pair. « La guerre, c’est notre histoire, notre vie, notre âme tout entière, c’est la législation, la politique, l'Etat, la patrie, la hiérarchie sociale, le droit des gens, la théologie. » (2)

Et, en 1901, il répond à un lecteur de la revue Pages libres, qui attaquait Proudhon à ce sujet : « Défions-nous du fanatisme pacifique, comme de tous les fanatismes. Ne rejetons pas les grands poètes qui ont chanté la guerre et les héros sous prétexte que leurs œuvres ne sont pas pacifiques. Je me défie

(2) ProupHox : La Guerre et la Paix, L. I. chapitre IX.

beaucoup de la littérature pacifique actuelle; elle ressemble trop à celle des révérends pères; elle a trop d’onction, elle ne respecte pas assez la vérité. Soyons vrais et le reste viendra à son heure, » (1)

, Dans les Réflexions sur la violence, Sorel revient sur cette question et développe son point de vue (?) : « La guerre peut présenter deux aspects opposés. Elle peut avoir un but politique : dans ce cas, elle est odieuse, car elle aboutit à un renforcement de l'Etat au profit d’un parti pour lequel le peuple n'est que de « la chair à canon ». Mais elle offre un autre aspect que les pacifistes ne veulent pas voir, elle développe le sentiment de la gloire, « que Renan a si justement regardé comme une des réactions les plus ingénieuses et les plus puissantes du génie humain, et qui s’est trouvé être d’une valeur incomparable dans l’histoire ».

Toute la brillante civilisation des grecs n’a-t-elle pas une origine militaire ?

Ce sont ces deux aspects de la guerre que Proudhon a distingués dans son livre sur La Guerre et la Paix.

Si Proudhon a exercé sur Sorel, dans cette question de la guerre, une influence certaine et reconnue par notre auteur lui-même, il nous paraît exagéré de voir en Nietzche, comme on l’a prétendu, « le plus authentique maître de Sorel » (3).

Autant Proudhon est cité souvent par Sorel, autant, dans tout le cours de son œuvre, il est peu question

(1) « À propos de Proudhon », par G. Sorel. — Pages Libres, n° 23, de 1901, p. 504.

(2) V. Réflexions, p. 247-251.

(3) Cf. Pirou in Proudhon et notre temps, p. 200.

de l’auteur de L'Origine de la Tragédie et du Gai savoir. Sorel, à notre connaissance, n’en parle qu'à deux occasions (1). |

Certes, on peut relever entre Sorel et Nietzche des affinités nombreuses (2) : ils manifestent notamment le même culte pour la force et le même pessimisme, mais, sur les questions capitales, ils sont d’un avis diamétralement opposé.

Nietzche mettait la physiologie au-dessus de la morale et « n’entrevoyait de vraie culture que celle dont le peuple serait exclu ».

Les préoccupations morales les plus hautes dominent au contraire toutes les conceptions de Sorel, son idéal est celui d’une société sans maître et d’une culture fondée sur le travail des hommes libres et vertueux.

Les développements qui vont suivre mettront mieux encore en lumière ces caractères essentiels.

(1) V. Réflexions, p. 356 et suivantes. V. aussi Indépendance; 12072: AS

(2) M. GUY-GRAND (La Philosophie socialiste, p. 79 et spaniee) établit un intéressant parallèle entre Nietzche et Sorel.

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