‹ Les Idées Sociales de Georges SorelChapitre 33 sur 47 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

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La conception sorélienre de la société future

Ce titre ne plairait guère à Georges Sorel. Aussi bien ne l’employons-nous que sous réserve d’une observation préliminaire essentielle.

Nous avons précédemment indiqué que, pour notre auteur comme pour Bergson, l’avenir est imprévisible (1). ee

À la maxime comtiste, dont trop longtemps la sociologie. s'était inspirée, Sorel propose de substituer un principe opposé : « Chercher à connaître rigoureusement le présent et refuser de traiter Pavenir sous une forme scientifique. » (2)

On ne peut espérer voir le mouvement révolutionnaire suivre sans déviation une « direction convenablement déterminée d’avance » (3) ; encore moins est-il possible de dire quelle société sortira de cette révolution. Au professeur autrichien, Anton Menger, qui, dans son livre Le droit au produit intégral du travail, avait reproché à Marx et à En-

(1) SOREL renvoie aux développements donnés par M. Bergson sur ce point dans l’Evolution créatrice DAS 369) et il ajoute : « Bergson compare notre personnalité à « une pointe qui s’insère dans l'avenir en l’entamant sans cesse (p. 219); cette belle image montre bien comment la prévision est impossible pour notre intelligence. » (Décomposilion du Marxisme, p. 66-67, en note.)

(2) G. SorEL : Les théories de M. Durkheim, in Devenir social, 1895, I, p. 163.

(3) Décomposition du Marxisme, p. 66.

gels de ne pas avoir décrit le monde dont ils recherchaient la réalisation, Georges: Sorel répond dédaigneusement qu’ « il n’existe aucun moyen de produire un pareil tableau d’avenir sans tomber dans les fantaisies ou même dans Fabsurde. » (1) Les prolétaires mènent contre les institutions existantes une guerre sans merci. Ils se soucient fort peu de les critiquer et de transformer la lutte de classe en une stérile discussion idéologique.

Cette critique des institutions existantes, Sorel a cependant été amené à la faire malgré lui. « Pour ne pas faire de philosophie, il faut encore philosopher ». Pour inciter les ouvriers à la guerre sociale et condamner, dans leur esprit, le régime à supprimer, Sorel a dû fournir des raisons.

Nous l’avons, au cours de nos explications sur la Révolution, entendu dénoncer l’aveulissement de la bourgeoisie et les méfaits de la politique démocratique de paix sociale au double point de vue économique et moral.

Pour préparer le prolétariat à sa mission révolutionnaire, nous l’avons vu préconiser la violence éclairée par le mythe de la grève générale. Cette critique, ces conseils, ont amené Sorel à formuler ses préférences, à indiquer quel serait son idéal social.

En détruisant sans le vouloir, il a construit lui aussi. Mais, étant donné le caractère inconscient de cette construction, il ne faut pas s’attendre à la voir se présenter sous la forme majestueuse d’un édifice conçu suivant un plan déterminé ; elle aura plutôt, selon l’expression même de Sorel, l'aspect

(1) Décomposition du Marxisme, p. 3.

de « matériaux » assez disparates et qui jurent un peu d’être réunis.

Son unité sera artificielle, beaucoup de questions s’y trouveront à peine traitées ou même complètement négligées, mais des aperçus, originaux souvent, d’une grande élévation de pensée toujours, en rendront l’étude intéressante pour le sociologue et utile pour le politique.

Nos explications à cet égard comporteront deux parties successives :

1° La société civile rêvée par Sorel ;

2° La société économique.

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